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Contrefaçon : l?image du pays est en jeu
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Contrefaçon : l?image du pays est en jeu
La présente agitation autour de l?exploitation commerciale de la marque américaine Ralph Lauren relance le débat autour de la protection de la propriété intellectuelle à Maurice. Aux dires des observateurs avertis, le marché local de la contrefaçon se chiffre à Rs 3 milliards par an.
Les autorités réagissent à ce fléau. Une brigade anti-piratage a été constituée et a déjà à son actif quelques belles réussites, notamment des saisies de CD et VCD piratés. La communauté des affaires s?organise, elle aussi. La Registered Trade Marks Holders and Retailers Association (RTRA) a vu le jour dans le but de combattre la contrefaçon sous toutes ses formes, de même que le commerce déloyal à Maurice. Même si elle n?est pas très connue du public en général, l?association compte sérieusement, dans un proche avenir, prendre des initiatives qui feront prendre conscience de l?ampleur du problème.
La RTRA regroupe à ce jour une vingtaine de membres qui représentent des enseignes très connues à Maurice, dont Microsoft, Harris Wilson, Harpers et Café Coton, entre autres. ?Ce sont des gens qui ressentent une grande difficulté à faire respecter leur propriété à Maurice. En même temps nous voulons montrer aux Mauriciens que la contrefaçon est un fléau qui est en train de détruire l?image de marque de Maurice?, déclare le président de l?association, Charles Piat.
Celui-ci tire la sonnette d?alarme : la situation risque de devenir incontrôlable. ?Un portable sur deux à Maurice est contrefait?, affirme-t-il. Preuve que les produits piratés et vendus à bon marché ont la faveur du consommateur mauricien. De plus, c?est un business qui rapporte gros.
Contrefaçon et contrebande sont indissociables. Les produits contrefaits entrent dans le pays généralement en pièces détachées et sous une fausse identité. Leur mise en vente sur le marché se fait à travers les filières du commerce parallèle, les marchands de rue dans la grande majorité. Les recettes de cette activité sont recyclées dans l?économie informelle, quand ce n?est pas dans la criminalité organisée tout court.
Toutefois, il faut faire la différence entre ceux qui opèrent dans les rues et les magasins Ralph Lauren qui font aujourd?hui l?objet d?un vaste remue-ménage. Ces derniers ont consenti à des investissements et s?acquittent des redevances auprès des autorités, conformément aux lois du pays. D?une certaine manière, ils ont pratiqué la contrefaçon légalement.
Encore du chemin à faire</B>
Il est dorénavant évident que les magasins et fabricants de vêtements portant la griffe Ralph Lauren vivent leurs derniers jours. Ils savent qu?ils doivent rendre leur tablier, même s?ils affirment avoir toujours opéré dans la légalité. Le vide juridique dont les exploitants de la marque américaine à Maurice ont pu tirer avantage ne devra plus durer, Ralph Lauren USA ayant envisagé un exercice de mise en ordre. Celui-ci marquera la fin de leurs activités à moins qu?ils ne choisissent de se recycler dans d?autres filières.
D?ailleurs, ils souhaitent pouvoir obtenir une période moratoire d?une année pour se tourner vers d?autres créneaux. ?Les revendeurs et fabricants reconnaissent qu?ils exploitent une marque qui appartient à Ralph Lauren USA. Mais il faut bien se dire que lorsque les touristes viennent dans les magasins Ralph Lauren à Maurice, ils savent pertinemment bien qu?ils n?y achètent pas des produits authentiques. L?argument selon lequel ils se font embêter ne tient pas?, estime Sudheer Maudhoo, négociateur des exploitants Ralph Lauren à Maurice.
Mais le phénomène Ralph Lauren à Maurice ne se limite pas à une question de contrefaçon et n?a presque rien à voir avec la contrebande, puisque la grosse majorité des produits concernés est fabriquée localement. Il y a un poids socio-économique non négligeable en jeu. Les quelque 300 magasins et 50 usines concernées emploient plus de 6 000 personnes et génèrent des devises étrangères dans l?économie, grâce à une clientèle de touristes principalement. Un éventuel démantèlement de cette chaîne ne sera pas sans conséquences.
Mais la crédibilité de Maurice aux yeux du monde, et surtout des Etats-Unis a un prix. Les lois américaines, dont l?Africa Growth and Opportunity Act (AGOA), sont très sévères à l?égard des infractions aux droits de la propriété intellectuelle, surtout si cela porte préjudice aux intérêts commerciaux américains. A l?heure où le pays met les bouchées doubles pour obtenir des dérogations aux règles d?origine, voire une extension de la loi, le gouvernement ne voudrait pas prendre des risques.
Le problème Ralph Lauren met en exergue la nécessité d?avoir des règles bien claires touchant à la propriété intellectuelle et aux droits de franchise. La prolifération des boutiques Ralph Lauren est la conséquence des manquements au niveau de l?enregistrement des marques déposées. La griffe Ralph Lauren a été déposée à Maurice en 1992. Son exploitation commerciale a lieu de manière agressive à partir de 1997, et cela en toute légalité. Pourtant, tout cela se passe à l?insu des vrais propriétaires de l?enseigne à New York.
Le respect du droit à la propriété intellectuelle a encore du chemin à faire à Maurice. C?est toute une culture que les autorités et autres parties concernées doivent pouvoir inculquer aux Mauriciens. ?La répression est importante, mais il faut commencer par éduquer les gens. Vendre une marque sans l?aval de son propriétaire est illégal. Aussi, en vendant des produits contrefaits, on trompe le client?, note Charles Piat.
Selon lui, la contrefaçon décourage les vrais créateurs qui investissent leur énergie, leur argent et leur temps dans la conception de nouvelles idées. Si les agents agréés de Microsoft à Maurice semblent gagner leur bataille contre le piratage de leurs produits par les revendeurs d?ordinateurs, cela n?est pas sans conséquence pour le pays : il y va de sa réputation. En absence de mesures fortes, Maurice finira par se faire connaître comme une destination de produits piratés.
Les quelque 300 magasins et 50 usines concernés emploient plus de 6 000 personnes et génèrent des devises étrangères dans l?économie, grâce à une clientèle de touristes principalement. Un éventuel démantèlement de cette chaîne ne sera pas sans conséquences.
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