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Contradictions

25 septembre 2005, 00:00

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L?État a un devoir de solidarité. C?est ce qu?une majorité de la population attend de lui. Mais cette population a aussi une autre exigence qui s?exprime de manière moins bruyante. Elle attend de ses décideurs qu?ils identifient un projet qui, irrémédiablement, engage le pays dans la voie de la modernisation. Et cet aggiornamento politique et social passe, lui, par un projet de développement intégré qui prend en compte les besoins immédiats et anticipe sur ceux à venir. Pour pouvoir répondre aux attentes futures, l?État agit dans le long terme.

Depuis quelques années, le pouvoir politique ne tient plus compte de ces impératifs. Il y a eu, sous le dernier gouvernement, un élan de construction et de développement comme on n?en avait jamais vu. Sous l?actuel gouvernement, on assiste à une version inconditionnelle de l?économie solidaire. Dans les deux cas, fait révélateur, on ne parle plus, par exemple, de chômage ou de détérioration du climat socioculturel. La seule constante dans les deux discours, c?est l?emploi systématique de l?expression qui veut que « l?économie vire au rouge ». Et que fait-on face à ce constat ? Du management de crise au mieux et, au pire, cacher son incapacité légendaire à réformer sous le masque de l?activisme ou de l?assistanat social.

Il n?empêche qu?aujourd?hui se manifeste un urgent besoin de rationaliser tout cela. C?est peut-être de bon augure populiste que d?annoncer l?exemption de la taxe pour un certain nombre de citoyens dans le besoin. C?est tout autant de bon ton social que d?offrir le transport gratuit à certaines catégories d?usagers. La première question qui se pose est de savoir si la conjoncture nous le permet ? La réponse est de toute évidence négative, du fait même de la menace qui pèse sur certains piliers de l?économie mauricienne et de la flambée irrésistible du prix du pétrole.

Parallèlement, comme pour mieux enfoncer le clou, on pratique le culte de la fonction publique. L?administration centrale n?a plus aucune obligation de modernisation. Les syndicats peuvent être contents. On traite les corporatismes avec une ferveur totémique. Tout cela rapportera certainement des dividendes électoraux, mais l?honnêteté politique commande pourtant une autre approche. C?est, certes, le rôle de l?État de protéger l?ensemble de sa population, mais cela ne peut pas se faire en prenant une hypothèque sur l?avenir.

Il n?y a pas de réquisitoire contre les droits acquis, contre l?universalité de l?État providence ou contre l?improductivité du service civil. Il y a davantage un plaidoyer en faveur du réformisme, d?une politique sociale qui se signale par son inventivité et d?un marché capable de corriger ses propres excès et ses propres travers.

Jusqu?ici, on n?a rien vu en ce sens. On voit davantage se développer une mentalité de dépendance. Pour un peuple qui s?est forgé une réputation de débrouillardise, c?est bien paradoxal. On célèbre l?esprit d?entrepreneuriat et on infantilise sa population. On annonce le temps des défis et on pousse les gens à se replier sur eux-mêmes. On veut créer un environnement propice aux affaires et on ankylose les règles concurrentielles.

La volonté de combattre certaines fatalités dans le monde des affaires et dans la société est une bien noble intention. Mais aujourd?hui, il importe davantage de faire l?impasse sur la nouvelle conscience « gratis » pour ne pas se retrouver avec la bourse trouée demain. Tout, en fin de compte, est une question de rigueur et de planification soumise à la vision des décideurs.

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