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Continuité en vue à Madagascar

4 décembre 2006, 00:00

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Il y a cinq ans, devant quelques journalistes étrangers un peu éberlués, Marc Ravalomanana sautillait sur son tout nouveau siège de chef d?Etat en répétant, tout sourire : ?Je suis content ! je suis content !? Content d?avoir conquis le pouvoir, après une lutte de plus de six mois avec son prédécesseur, Didier Ratsiraka, usé par trente ans de pouvoir. Content de pouvoir enfin faire de Madagascar ?un pays qui gagne?. Content aussi certainement de son parcours d?autodidacte, de fils de laitier devenu businessman puis président de la République.

Ce quadragénaire, novice en politique, n?avait comme expérience de la gestion des affaires publiques que quelques années passées à la tête de la mairie d?Antananarivo. En revanche, il avait déjà un don incontestable pour la gestion d?entreprise. Grâce à un des premiers prêts de la Banque mondiale au secteur privé, dans les années 1990, Marc Ravalomanana a créé la société Tiko, devenue rapidement un véritable empire, en tout cas à l?échelle malgache, de l?agroalimentaire.

Après le yaourt, il s?est lancé dans la vente en gros de produits de base. Il possède aussi une petite entreprise de travaux publics, une radio, une chaîne de télévision. Le logo de Tiko, vert et bleu, était déjà diffusé dans tout le pays, ornant les murs des supermarchés comme des épiceries de village. Lorsqu?il a créé sa formation politique, le TIM, Tiako?i Madagasikara (J?aime Madagascar), la similarité entre ?Tiko? et ?Tiako? a permis au parti de se faire connaître très rapidement dans les coins les plus reculés du pays.

Pétri d?ambition, pour lui-même mais aussi pour son pays, M. Ravalomanana est persuadé qu?il peut mettre à profit son savoir-faire d?entrepreneur au service du développement de Madagascar. Déjà, alors qu?il était maire de la capitale, les habitants reconnaissaient sa redoutable efficacité, sa prise rapide de décision et de mise en oeuvre. Les opposants lui reprochaient de tout décider seul, sans consultation, mais tout le monde s?accordait sur les changements majeurs opérés en très peu de temps dans la gestion de la municipalité. Antanananarivo, quasi insalubre, était redevenue vivable, au moins dans la partie haute.

Elu à la tête du pays, son style n?a pas vraiment changé. En cinq ans, on a fait plus pour les infrastructures routières que depuis l?indépendance, en 1961. Plus de 4 500 km de route ont été construits ou réhabilités, un progrès énorme dans un pays où au moins la moitié de la population vivait dans des régions isolées ou difficiles d?accès.

Des centaines de postes de santé primaire et plus de 1 000 salles de classe ont été construits. Le taux de scolarisation des enfants de 6 ans est passé de 68 % à 98 %, selon les chiffres officiels. Le climat des affaires a été amélioré avec l?adoption d?une loi foncière qui sécurise l?accès à la terre, notamment pour les groupes étrangers, et d?un nouveau code des investissements.

Deux grands projets miniers devraient se concrétiser dans les deux prochaines années. L?un d?eux concerne l?extraction de nickel et de cobalt et représente 2,2 milliards de dollars.?Nous avions pour priorité les infrastructures, la réduction de la dette, le développement rural, l?éducation et la santé de base, l?assainissement du climat général. Tout ça, nous l?avons fait?, affirme le Premier ministre, Jacques Sylla.

?C?est un dictateur éclairé?

Il reconnaît que tous ces changements n?ont pas eu ?l?impact immédiat? que les Malgaches attendaient. ?Nous nous sommes attaqués au fondement, à la base ; maintenant, nous pouvons bâtir un développement solide?, argumente-t-il. Dans l?administration, dit-il, le gouvernement a instauré une toute nouvelle ?culture de résultat?.

M. Sylla reconnaît que la vie quotidienne des Malgaches reste difficile. L?inflation n?a pas été maîtrisée (18,4 % en 2005 et 10,5 % prévus en 2006), les salaires ont peu ou pas augmenté. ?On ne mange pas la route?, ont coutume de lancer les opposants du président, qui soulignent qu?une grande partie de la population ne mange toujours pas à sa faim.

Le salaire moyen des Malgaches n?excède pas 33 euros par mois, et à peine 15 % de la population est salariée. Mais c?est sur sa façon de diriger que M. Ravalomanana est le plus critiqué. ?Il se comporte en chef d?entreprise, mais il n?est pas propriétaire de Madagascar. Il gère le pays comme sa boîte, ne consulte pas, dirige de plus en plus seul. C?est un dictateur éclairé.? M. Ravalomanana reste toutefois persuadé qu?il sera réélu dès le premier tour et il a probablement raison...

LES MALGACHES VOTENT DANS LE CALME

■ Les Malgaches votaient hier dans le calme mais sans grand empressement pour élire leur nouveau président parmi 14 prétendants, dont le chef de l?Etat sortant Marc Ravalomanana, donné grand favori après une campagne électorale plutôt atone. Quelque 7 millions d?électeurs, sur une population d?environ 18 millions d?habitants, ont jusqu?à 18h00 locales (15h00 GMT) pour se rendre dans les quelque 17 500 bureaux de vote répartis sur un territoire grand comme la France et le Benelux réunis. Les Malgaches, encore hantés par les violences post-électorales de 2002, ne se sont pas passionnés pour la campagne. Une majorité d?électeurs semble convaincue de la réélection de M. Ravalomanana, crédité de réalisations et qui a séduit avec son discours du ?changement dans la continuité?.

A Toliara (Tuléar, sud-ouest), quelques incidents mineurs se sont déroulés dans quelques bureaux lorsque des personnes ont voulu perturber le vote, avant d?être dispersées par la gendarmerie.

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