Publicité
Conservatismes bloquants
Il n?y aura pas de miracle. Le remarquable discours du PM à l?occasion de la fête nationale indique la seule voie possible pour forger notre destin commun. Moyennant qu?il soit suivi d?un engagement soutenu, d?une solidarité sans faille et d?un effort dans le travail tout en gardant résolument le cap sur l?essentiel. Comme il l?a fort bien dit, le temps est à la semence. Pour espérer récolter, il faut semer?
Le mouvement autour des frais d?examens illustre notre incapacité à faire évoluer l?État providence et de l?adapter à l?ère de la mondialisation. Nous sommes encore trop nombreux à refuser de mettre dans l?équation, la question des moyens dont dispose l?État, pour ne brandir que les droits et les principes, quand ce n?est des slogans. Alors que partout ailleurs la « sustainability » du modèle et les effets pervers du mécanisme de redistribution sont au c?ur du débat en vue de chercher des solutions concrètes. C?est ce qui fait cruellement défaut à la Plate-forme citoyenne.
Au-delà de l?opportunisme de certaines composantes de cette plate-forme et d?une inquiétante mentalité de vouloir en permanence être assisté sur tout, il y a un problème de fond : le « conservatisme ». On veut s?accrocher à un type d?État pro-vidence qui a fait son temps. Quand ceux-là même qui demandent qu?on taxe la richesse pour financer l?État providence sont les premiers à dénoncer toute politique incitative à la création des richesses, on est en droit de s?interroger sur le bon sens et la logique d?une telle posture.
Le débat sur les nouvelles lois du travail ne peut faire l?économie des nouvelles donnes et exigences de l?environnement socio-économique mondialisé dans lequel doivent opérer les entreprises du pays. Quand pour le mouvement syndical, la flexibilité du marché du travail ne signifie que précarité et que pour le patronat, la croissance de la productivité est réduite au seul facteur travail, le pays ne s?arme pas de moyens pour poursuivre l?adaptation nécessaire de son modèle social. Ici, il convient d?affirmer avec force que, pour garantir à la fois les principes et l?efficacité du nouveau modèle social, il faut intensifier la lutte contre une conception-organisation archaïque de l?entreprise.
En persistant avec un statu quo à la fois coûteux et irresponsable, ce sont les travailleurs mauriciens qui seront les premières victimes. Il y a un urgent besoin de faire évoluer le droit et le contrat de travail par la négociation et la concertation. Avec une réelle ouverture d?esprit. Sur la question du montant d?un salaire minimum, le mouvement syndical doit savoir que toute surenchère a pour inconvénient de freiner l?entrée sur le marché des travailleurs non qualifiés dont la faible productivité rend alors « trop chers » et conduit tout simplement à leur exclusion.
Le changement social en cours et à venir ne saurait se penser sur le mode du retour à l?équilibre d?antan qui conciliait stabilité de l?emploi, régulation étatique forte, construction des compromis sociaux dans un cadre purement national. La mondialisation est venue depuis changer complètement la donne.
Après le tout État et le tout marché, il s?agit de redéfinir le rôle de l?État par rapport au marché. S?appuyant sur une fausse opposition de l?économique et du social, l?inculture économique de nos élites politiques et intellectuelles conduit à penser que raisonner économiquement revient à comploter socialement. Cela constitue un puissant facteur de blocage dans un pays qui doit se réconcilier rapidement avec l?économie. La critique légitime du fonctionnement du marché ? et du secteur privé ? doit être qualifiée, étayée, précisée et non pas seulement postulée, comme c?est trop souvent le cas. La lutte prioritaire contre « l?ennemi libéral » est en train d?évacuer toute critique sociale de l?État qui, on l?oublie, est aussi un formidable producteur d?inégalités sociales, spatiales et régionales. Ici encore, il y a un conservatisme qui cache son nom.
Quand la musique change, la danse doit suivre. À tous les partenaires sociaux de prendre pleinement conscience que ce ne sont pas avec les recettes d?hier, soit les conservatismes bloquants, qu?on parviendra à relever les formidables défis actuels et à venir. Eu égard à un tel enjeu sociétal, on est tenté de crier : au diable la guerre des places avec ses prétendus sauveurs.
Publicité
Publicité
Les plus récents