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Comment vivre la séparation

10 mai 2008, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Grande femme blonde énergique, situation professionnelle épanouie et stable. En apercevant Caroline Sylvana, businesswoman à son propre compte, rien ne laisse présager pourtant que ces dernières semaines ont été les plus éprouvantes de sa vie. Assaillie par les remords d?avoir enfin mis un terme à la relation qui l?unissait à son compagnon pendant plus de 15 ans, elle a pris le risque d?élever désormais ses enfants « seule ».

« Je ne pouvais plus vivre avec le père de mes enfants. Nous n?étions plus sur la même longueur d?onde. Vous savez, quand on commence à n?être d?accord sur rien, c?est mauvais signe. Puis, les sentiments disparaissent, la routine s?installe? jusqu?au jour où je me suis rendue compte que j?avais l?impression de ne plus connaître celui qui partageait mon lit? », explique Caroline, consciente qu?une séparation ne se décide pas à la légère. Surtout quand il y a des enfants en jeu.

C?est donc avec courage et diplomatie qu?elle et son concubin ont pris la décision de se séparer, et Caroline sait bien que cela ne s?est pas fait sans heurts. « Il l?a très mal pris, car il était encore amoureux de moi. Mais on ne peut se forcer à aimer? Je crois qu?avec du recul, il peut lui aussi l?attester. » Caroline et son compagnon ont donc fini par régler les choses à l?amiable. Elle garde les enfants mais leur père, qui a depuis émigré en Afrique du Sud, a le droit de venir les voir et de les prendre autant qu?il le désire.

Et ils se partagent les frais ainsi que l?éducation de leur progéniture. Idem pour Eugénia P. « C?est moi qui ai la garde exclusive de mes enfants, mon ex-conjoint peut les voir mais hélas, il n?a jamais levé le petit doigt pour le faire », assure-t-elle, dépitée.

Des répercussions douloureuses

Quant à Dimitri Parsad, ingénieur de 35 ans, il affirme avoir très mal vécu le divorce de ses parents. « Sans qu?ils le sachent cela s?est beaucoup répercuté sur mon approche avec les femmes, j?ai peur de m?engager à long terme », confie-t-il. Eh oui ! Les séparations ont souvent des répercussions très douloureuses.

Est-ce qu?on aurait pu prévoir l?arrivée des dégâts avant ? Peut-être bien. À l?université de Washington, aux États-Unis, des chercheurs placés sous la houlette du professeur John Gottman, directeur de l?Institut de recherche sur les relations, ont effectué des études sur 700 couples mariés.

Au total, des centaines d?heures de con-versations enregistrées dans le laboratoire du Pr. Gottman ont été passées au crible. Selon le psychologue, quelques minutes d?une discussion sur un sujet de désaccord peu abordable comme l?argent ou les enfants suffiraient à faire apparaître des problèmes sous-jacents dans un couple.

La gestion de ces accrocs permettrait de prévoir si les amoureux vont couler de longs jours heureux ou non. Cette étude a donc permis d?identifier les futurs divorcés avec 94 % de précision : des résultats supérieurs à bien des prédictions de thérapeutes?

Selon le Pr. Gottman, les problèmes surviennent chez les couples formés de personnalités ne pouvant s?accorder. En disposant d?une représentation visuelle de l?origine du désaccord, le psychologue estime pouvoir amener les couples à plus d?harmonie. Et si l?amour durable n?était qu?une question de hasard ?

TEMOIGNAGES

Gérard R. : « J?y croyais encore »

« Ma compagne et moi, nous nous sommes séparés il y a dix ans. Il y a eu pas mal de problèmes entre nous, c?est vrai, et beaucoup de disputes inutiles. Mais avec du recul, je pense que j?ai largement sous-estimé ces disputes. Peut-être qu?il s?agissait en fait de signes avant-coureurs du choc à venir. Je conseille aux couples qui ont l?habitude de se disputer de considérer que ces prises de bec peuvent cacher autre chose. Car sans crier gare, ma compagne m?a quitté. Je ne pensais pas qu?on arriverait à cette situation.

Je me suis toujours dit, naïvement, que cela tiendrait. Mais j?ai vraiment été pris de court. Je me suis retrouvé seul, alors que j?avais l?habitude d?être accueilli par ma femme et mes trois enfants quand je rentrais du travail?

Tous mes repères se sont effondrés. Les deux mois qui ont suivi la séparation étaient les pires de ma vie, et j?ai mis un temps fou à me reconstruire. Maintenant, je vois mes enfants deux à trois fois par mois, et ils savent que je suis leur père. C?est le principal. »

Desirella M. : « La famille m?a aidée »

« Vous savez, ce n?est jamais facile de vivre avec un conjoint infidèle. J?ai fini par craquer et j?ai pris la décision la plus dure de ma vie en le quittant. Mon conjoint était mon premier amour, et je n?avais connu aucun homme avant. C?est pour cela que ce fut très difficile. Je ne connaissais personne, mis à part les gens qui constituaient notre petite bulle, et cela m?a vraiment affecté de ne plus avoir une présence masculine à la maison. Mais en même temps, l?idée de partager ma vie avec quelqu?un de volage m?était insupportable. Il ne cessait de me dire qu?il m?aimait, mais quand on aime, on ne trompe pas. Ensuite, j?ai eu une grosse période de déprime : je faisais paraître un visage radieux, mais à l?intérieur j?étais déchirée. Je considérais ma vie comme un échec. Seule l?aide de ma famille et de mes proches a pu me remonter le moral et m?aider à sortir de cette épreuve la tête haute. À présent, j?ai tourné la page et je suis de nouveau avec quelqu?un. La vie continue ! »

Laura M. : « J?ai coupé les ponts »

« Mon couple était, à la base, très fragile car je savais que mon ex-mari avait un certain penchant pour l?alcool. Au début, je ne me suis pas inquiétée car j?étais amoureuse et je prenais ses écarts de conduite comme des accidents de parcours.

Mais quand je me suis rendu compte qu?il buvait constamment, j?ai pris peur. J?ai tout fait pour l?aider, je suis allée aux alcooliques anonymes pour qu?il s?en sorte.

Mais il n?a jamais vraiment mis du sien. De plus en plus, son comportement le rendait invivable, et il passait son temps à boire et à hurler méchamment sur moi et mes enfants. Nos disputes devenaient interminables et répétitives. À bout de nerfs et sans qu?il le sache, j?ai fait des recherches pour trouver une autre maison. Dès que ce fut le cas, je suis partie avec mes enfants et j?ai coupé net toute relation avec cet homme. Et puis, je ne ressentais plus rien pour lui. Pour mes enfants et moi, j?ai quitté mon mari et entamé une procédure de divorce avec un avocat.

Je n?ai rien réclamé de mon conjoint. La procédure a été très longue et j?ai dû attendre deux ans avant que le divorce ne soit prononcé. Depuis, j?ai refait ma vie et je ne regrette rien. Je pense, au con-traire, que mon existence aurait été détrui-te si je n?avais pas pris les devants. »

QUESTIONS A PRISCILLA BALGOBIN-BHOYRUL, AVOCATE

« La violence domestique revient souvent »

À Maurice, il y a beaucoup plus de séparations que de divorces, est-ce qu?être séparé tout en restant marié administrativement est permis ?

À Maurice, beaucoup de couples préfèrent en effet se séparer, vu que le coût d?un divorce est souvent élevé. Légalement, il faut qu?il y ait un jugement de séparation de corps ou une décision judiciaire prononçant le divorce pour que le statut de « séparé » ou de « divorcé » soit légalement reconnu.

Certains époux préfèrent demander la séparation de corps plutôt que le divorce. La séparation de corps entraîne celle des biens et permet aux conjoints de vivre séparément. Cependant, elle ne dissout pas le mariage. Les époux peuvent alors décider de reprendre la vie ensemble d?un commun accord, et ce, en faisant un acte devant le notaire ou une déclaration à l?officier de l?État civil.

Quelles sont les principales causes de divorce à Maurice ?

La violence domestique revient souvent, et elle est surtout liée à l?alcoolisme. Ensuite viennent des problèmes d?infidélité conjugale. L?interférence des beaux-parents n?est pas non plus en reste. Dans bien des cas, la famille et un entourage trop présent contribuent inévitablement à la destruction du couple. Celui-ci doit se préserver davantage des beaux-parents, etc., pour s?épanouir.

Je parlerai aussi du refus du conjoint de contribuer aux dépenses de la maison. Enfin, le plus difficile est souvent les allégations d?impuissance. Le fait que le conjoint l?ait dissimulé à son épouse (et vice-versa) avant le mariage complique tout. Si, par exemple, le mari dément cette accusation, c?est toujours pénible de prouver le contraire en cour, surtout en absence de preuve médicale, et le juge doit se fier aux versions des deux parties.

Comment cela se passe alors pour les enfants ?

Quand les époux vivent séparément et que l?un d?eux veut la garde de l?enfant, il/elle peut faire une demande en Cour suprême pour un droit de visite ou d?hébergement. Le père peut faire une de-mande pour les enfants, mais s?ils ont moins de cinq ans, ils sont généralement confiés à la mère.

VOTRE COUPLE BAT DE L?AILE ?

Ce n?est jamais une situation facile à gérer. Voici quelques pistes pour y voir plus clair avec Natasha Chakowa, psychologue clinicienne

Je veux quitter mon conjoint, comment le lui annoncer ?

Il n?y a pas de recette miracle pour annoncer une rupture. En revanche, vous devez être sûr de ce que vous voulez pour dire les choses clairement. Si vous avez senti que la passion n?est plus là et que les éléments qui fondaient le couple ne sont plus au beau fixe, il est peut-être temps de mettre les points sur les « i ». Problèmes de communication, difficultés sexuelles, absence de lien affectif ou infidélité répétée peuvent être ces éléments qui poussent à la rupture. Sachez que ce n?est jamais quelque chose d?agréable à entendre et que cela peut conduire chez l?autre à un état de détresse. Il est donc important de ne pas choisir le moment ou celui-ci est le plus vulnérable (perte d?un emploi, maladie, etc.) Si ce n?est pas le cas, ne retardez pas l?échéance vous rendriez les choses plus difficiles.

Je décide de divorcer, comment j?en parle à nos enfants ?

Il faut comprendre que les enfants ne doivent pas être un enjeu. Il faut leur expliquer clairement que l?amour que vous avez pour eux ne change pas, mais que votre relation de couple est altérée. Vous devez leur faire comprendre que comme vous n?êtes plus amoureux l?un de l?autre, vous ne pouvez plus vivre dans la même maison. Nous voyons très souvent des enfants qui gardent un sentiment de culpabilité, pensant que c?est à cause d?eux que leurs parents se séparent.

Il est donc primordial de leur rappeler qu?ils ne sont pas responsables et que vous perturberez le moins possible leur environnement. Autrement dit, ils continueront à voir les deux parents, les mêmes activités, les mêmes amis, etc. La communication avec les enfants, mais aussi et surtout entre deux adultes responsables est un élément clé. Le mieux est de faire les choses dans le calme et éviter les climats conflictuels. Préservez vos enfants car ils ne sont pas responsables !

Mon conjoint m?a quittée, comment surmonter cette rupture ?

La rupture ou le divorce peuvent être vécus comme un deuil, où la personne qui est « abandonnée » sent qu?une partie d?elle ne vit plus. Les différentes phases que l?on observe dans le « travail de deuil » sont le choc, la dénégation, le retrait envers les autres, la douleur, un manque d?adaptation et un refus à se renouveler. Comprendre ces phases permet de mieux vivre cette situation. On passe de « c?est un mauvais rêve » à « qu?ai-je fait pour mériter cela ? » Pendant ces périodes, il arrive même qu?on culpabilise et qu?on se rende responsable. On peut aussi ressentir de la colère, le besoin de se venger, de faire souffrir l?autre. Ce n?est qu?après un certain temps que pourra se faire le deuil du partenaire et du mode de vie sur lequel était basée la relation. Et la vie retrouve son équilibre quand on arrive à assumer pleinement la séparation. Cela implique que l?on accepte la souffrance qu?on prenne le temps nécessaire pour vivre cette période de tristesse ou de déprime.

J?ai quitté mon conjoint mais je veux qu?on reste amis. Est-ce bien ?

Il arrive que l?on se dise (trop vite sans doute) « on pourrait au moins rester amis ». Mais il faut se demander si ce n?est pas un subterfuge ? inconscient ? de refuser la séparation. Certaines personnes pensent que ce n?est qu?en parlant à leur ex qu?elles réussiront à surmonter cette épreuve.

Or, il est possible que certaines discussions soient nécessaires pour bien comprendre la rupture, mais l?autre peut difficilement être à la fois la cause de la douleur et son antidote. Cela dit, dans une atmosphère où l?un et l?autre sont prêts à réagir en tant qu?adultes responsables, il est possible de considérer son ex comme un « ami ». Mais quoi qu?il en soit, il faut du temps et le recul nécessaire pour que les sentiments amoureux du départ se transforment en des sentiments plus neutres.

Je me sens seul(e) depuis que je suis séparé(e). Vers qui me tourner ?

Le temps de séparation est souvent un moment où on se sent seul et incompris. On peut ressentir le besoin de s?éloigner de la vie sociale. Mais pour s?en sortir, il faut aussi reconnaître que nous n?y arriverons pas toujours seuls. Il est donc important de trouver une oreille attentive, une épaule solide sur laquelle s?appuyer. Cela peut être un (e) ami(e), un parent, toute personne qui ne sera pas là pour vous lancer des « je te l?avais bien dit » ou encore le fameux « un(e) de perdu(e) dix de retrouvé(e) s ». Ce soutien devra être disponible pour écouter activement sans juger ou sermonner.

Cela dit, lorsqu?on ne trouve personne pour se confier ou quand on sent qu?on n?arrive pas à s?en sortir et que la déprime ou la tristesse passagère laissent place aux symptômes dépressifs, il est alors judicieux de chercher l?aide d?un professionnel (psychologue, psychothérapeute, psychiatre).

Finalement, comment affronter ses émotions quand on se sépare ?

La jalousie, la rage, le désespoir, la solitude, tous ces sentiments sont normaux et font partie inhérente du travail de deuil d?une séparation. Il arrive que l?on se dévalorise ou qu?on ait envie de blesser l?autre à la hauteur de nos souffrances. En effet, on ne songe pas à la séparation quand on est amoureux. C?est pour cette raison que, lorsqu?elle nous frappe, on tente de toutes ses forces de la nier. La colère envers le partenaire qui nous a laissé peut prendre toute la place.

Mais il faut arriver à passer de la question du « pourquoi » (pourquoi il/elle m?a quitté ?) au « comment » (comment vais-je faire pour donner à nouveau du sens à mon existence ?). Arrivé à cette étape, on commence alors à cicatriser nos blessures. Notre vie ne gravite plus uniquement autour de notre rupture amoureuse. C?est le moment d?entreprendre de nouveaux projets (voyage, sport etc.).

Le défi est alors d?accepter de partir à la recherche de nouvelles satisfactions. Cela implique le risque de faire des erreurs et d?être de nouveau blessé ou déçu. On voit souvent des personnes qui, après une rupture, renoncent à vivre une nouvelle relation amoureuse ou s?engagent dans une suite de re-lations futiles pour éviter de souffrir à nouveau. Cette décision réduit, bien sûr, les ris-ques d?être dé-çu, mais elle empêche de combler pleinement le be-soin d?être aimé.

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