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Comment se portent nos hôpitaux

19 octobre 2008, 00:00

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Infrastructure : bonjour l?hygiène et la sécurité !

Le ton est donné. Rajesh Jeetah ne tolérera aucune incartade aux normes d?hygiène et de sécurité dans les hôpitaux. Il ne souhaite plus voir cohabiter, dans les couloirs et salles d?attente, chiens, rats et patients. Pressés par le ministre, les hôpitaux ont aussitôt pris des mesures. « Même si c?est un début, faire la chasse aux chiens et aux rats ne suffit pas. Il faut revoir l?infrastructure même des hôpitaux. Certains sont dans un état lamentable », confie un directeur d?hôpital. Une situation dont souffrent les patients, nombreux à se plaindre de l?état des salles. L?une d?elles, la numéro 8 qui se situe à l?hôpital Jeetoo, a même dû être fermée à cause de fuites d?eau.

Face à ces conditions déplorables, le ministre qui dispose d?une marge de man?uvre réduite, devra mettre les bouchées doubles s?il veut mettre en avant un bilan « honorable » à l?issue des deux années à venir. C?est ainsi qu?il suit de près plusieurs chantiers, tels les travaux de rénovation de l?hôpital Jeetoo, qui débuteront en avril 2009 et ceux de plusieurs ailes, désertées tant par le personnel médical que par les patients, parfois excédés.

Mais en attendant, Rajesh Jeetah veut rendre le passage des malades dans les hôpitaux de l?île « moins pénible ». Des visites dans les cuisines l?ont convaincu de revoir le recrutement des cuisiniers et les repas servis aux patients. Une décision saluée par ces derniers : « La nourriture n?est pas toujours très bonne et elle est très souvent servie froide. Ce serait déjà bien si cela pouvait changer », explique Meenachi, une septuagénaire admise à l?hôpital Jeetoo à la suite d?une fracture de la cheville.

<B>Médicaments : probable pénurie en 2009</B>

L?hypertension de même que le diabète constitue un des plus importants facteurs de risque à la santé de nos concitoyens. Et pourtant, le mois dernier, le ministère de la Santé s?est permis le luxe d?être en rupture de stock du Losartan, médicament qui traite l?hypertension. L?informatisation du système national de gestion des stocks aurait permis de prévenir toute rupture, soulignent des acteurs du secteur.

De plus, le démarrage du Central Procurement Office (CPO), organisme chargé de centraliser tout ce qui touche à la fourniture de biens et services à l?Etat, n?a pas porté chance au ministère de la Santé. Cet organisme n?a pas été en mesure d?enclencher la procédure d?appels d?offres en mars. Résultats plus que probables : une pénurie n?est pas à écarter début 2009 à moins que des mesures appropriées ne soient prises. Une gestion maladroite du stock des médicaments peut coûter cher en cas de pénurie de médicaments essentiels. Une grosse responsabilité repose donc sur les épaules des gestionnaires du Central Procurement Office. Les erreurs sont certes inévitables. Mais c?est surtout leur répétition potentielle qui est inacceptable.

Par ailleurs, l?introduction du carnet de santé, une idée chère à Serge Rayapoullé du Comité pour l?amélioration de la santé, aurait contribué à assurer un suivi systématique des patients et prévenir contre la tendance de certains à consulter plusieurs médecins pour une même maladie. Autre problème, on note aussi que l?importation de médicaments ne correspond pas toujours aux spécificités des commandes initiales.

<B>Urgences : la longue attente</B>

Il ne se passe pas un jour sans que le Casualty (service d?urgence) n?essuie des critiques virulentes de patients excédés par l?attente. Preuve de l?ambiance tendue qui y règne, infirmiers et médecins se font régulièrement prendre à partie. Une situation, déplorent ces derniers, qui n?a que trop duré.

Mais le ministre de la Santé préfère relativiser : « Attendre 20 ou 30 minutes n?est pas un drame. Il faut quand même savoir que la Santé, qui compte quelque 13 500 employés, a soigné ces trois dernières années environ 25 millions de patients. Il y a certes un problème au niveau de l?accueil et nous y travaillons. Devant le nombre de malades, un médecin ne peut forcément prendre le temps qu?il faut avec son patient. »

Cet engorgement, ne manque-t-on pas de faire ressortir du côté des hôpitaux, est grandement dû au fait que de nombreux patients délaissent les dispensaires et autres Area Health Centres pour se rendre directement à l?hôpital. « Il est important que les gens réalisent qu?ils doivent aller à l?hôpital seulement si ce qu?ils ont est grave. Les dispensaires sont équipés pour faire face aux petits bobos de tous les jours », explique un médecin affecté dans un dispensaire de l?Ouest. Résultat, les files d?attentes à l?hôpital s?allonge et certains malades, qui mériteraient d?être examinés en priorité, sont contraints de patienter.

Pour tenter de changer la situation, le ministère n?écarte pas la possibilité de mener une campagne de communication afin de mieux informer la population sur les soins offerts par les dispensaires et Area Health Centres. « La situation ne changera pas du jour au lendemain, mais si tout le monde fait cet effort commun, ce sera un premier pas dans la bonne direction », assure un directeur d?hôpital.

<B>Équipements hors d?usage</B>

Cet appareil n?a pas fonctionné pendant deux ans. Les efforts des techniciens n?ont pas abouti. On l?a acheté en 2000 pour Rs 6,7 millions, somme qui aurait pu soutenir pendant un an 56 familles sur un budget mensuel de Rs 10 000. En novembre 2004, le directeur de l?Audit souligne qu?il est tombé en panne en pas moins de 318 occasions. C?est la petite histoire d?un lithotripteur, appareil capable de broyer les calculs urinaires, et provoquer leur élimination par les voies naturelles sans intervention chirurgicale.

Des exemples de mauvais entretien d?équipements médicaux achetés à coup de millions de roupies sont légion. Ce n?est pas seulement du gaspillage mais une dilapidation des fonds publics. Et pourtant, les solutions pour éviter de telles déficiences existent. Par exemple, l?inclusion dans les conditions d?achat d?un service après-vente, la formation de techniciens appropriés, la maintenance régulière des appareils, ou encore l?achat de pièces de rechange.

Cependant, il semblerait que le gouvernement commence à tirer des leçons de ses erreurs passées. Il envisage d?introduire le concept de maintenance préventive, d?avoir recours aux services d?un responsable de l?entretien et de former le personnel chargé de la maintenance et de la réparation des équipements.

D?autre part, le gouvernement compte aussi doter le ministère de la Santé des équipements recommandés. Le budget de l?année financière 2008-2009 prévoit l?achat de nouveaux équipements pour Rs 145 millions.

Le ministère des Finances a été approché pour un budget additionnel de Rs 108 millions. Grâce à cet investissement, tous les hôpitaux de l?île seront équipés de nouveaux appareils d?analyse à rayons X. L?unité de soins intensifs de l?hôpital de Flacq sera dotée de tous les équipements appropriés. Tous les centres de santé communautaire (Area Health Centres) seront pourvus d?équipements pour des soins dentaires. Vingt-quatre millions de roupies seront consacrées à l?achat d?équipements pour le service de cardiologie des hôpitaux de Flacq, Victoria et Jawaharlal Nehru.

<B>Les infirmiers manquent à l?appel</B>

Alors que le Bureau central des statistiques indique que le taux de chômage pour l?année sera de 7,8 %, on apprend que 237 postes d?infirmiers n?ont récemment pas trouvé preneurs. La Santé non seulement n?attire pas les jeunes infirmiers potentiels, mais en même temps elle reste impuissante devant l?exode de ceux qualifiés pour l?étranger. Il n?est pas difficile d?imaginer les conséquences que provoque une telle situation : pression sur le personnel en place, incapacité de satisfaire les exigences des patients, ou encore démotivation du personnel.

Et pourtant, depuis des années, les syndicats se battent pour que les autorités trouvent des solutions à ces deux phénomènes. Cela passe obligatoirement par une revalorisation de la profession. Pour Yousouf Dauhoo, ancien radiologue, les infirmiers devraient être considérés comme des professionnels à qui on accorde le traitement approprié.

« Les infirmiers devraient être en mesure de constater que la méritocratie n?est pas un vain concept, mais qu?elle est mise en pratique concrètement. Il faut éduquer les patients à apprécier la valeur de la vocation d?infirmier et à les respecter comme ils le méritent. Les infirmiers sont trop souvent victimes de violence tant physique que verbale. Il est improbable qu?un infirmier qui reçoit un traitement raisonnable et juste s?en aille. »

Serge Rayapoullé, porte-parole du Comité pour l?amélioration de la Santé, soutient pour sa part que les autorités ne devraient pas subir les effets de l?exode des infirmiers, mais devraient trouver des moyens d?exploiter les opportunités qu?il laisse entrevoir : « Un programme d?incitation au retour volontaire au pays de même qu?un dispositif pour l?examen des demandes de réintégration et de récupération du temps de service doivent être mis en place. Une telle initiative portera ses fruits. »

<B>Spécialistes et internes : le malaise</B>

A peine entré en fonction, le ministre doit déjà jouer au pompier. Il faut dire que le torchon brûle entre spécialistes et aspirants médecins. Ces derniers ont critiqué publiquement les méthodes d?évaluation des spécialistes. Des remontrances que n?ont pas digérées ces derniers qui ont aussitôt crié au scandale. Ce conflit a ramené sur le devant de la scène le dossier sur la nécessité ou non d?un examen pour les aspirants médecins avant leur enregistrement.

En 2007 déjà, le Mauritius Institute of Health (MIH) avait, dans un rapport remis au ministère, mis en avant des manquements de l?internat. Rajesh Jeetah se veut rassurant : « J?ai rencontré toutes les parties et je dois préciser que, contrairement à ce qui a été dit, il n?y a pas de malaise général. » Le ministre a déjà fait savoir qu?il prendrait le temps nécessaire pour entendre toutes les parties avant qu?une décision ne soit prise.

Mais aux dires de certains spécialistes, si le conflit qui oppose spécialistes et internes n?est pas réglé au plus vite, cela pourrait influer sur les futures promotions de médecins. « Nous ne pouvons pas, dans le contexte actuel, nous permettre de faire fuir des internes qui souhaitent débuter leur carrière à Maurice. Plutôt que de leur rendre la vie dure, il nous faut au contraire tenter de les retenir. Si ces futurs médecins décident de s?exiler, nous ferons face à de sérieux problèmes et ce sont les patients qui, encore une fois en paieront le prix », confie, pour sa part, un cadre du ministère de la Santé.

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