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Comment meubler l’après-midi de la Mauricienne ?
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Comment meubler l’après-midi de la Mauricienne ?
France Boyer de la Giroday, qu’on ne présente pas, et K.D., de même, répondent à Anne Lemuet, autre fidèle collaboratrice de l’express d’il y a 25 ans. Elle compare la mère de famille à une journée de travail. Le matin, c’est la ruche. Elle s’active, tant au four qu’au moulin, pour que mari et enfants puissent se rendre, au boulot ou à l’école, n’ayant manqué de rien et surtout n’ayant rien à lui reprocher, au cours de leur journée d’absence, hors du foyer familial. Après le vol des gerfauts, l’épouse, la mère de famille, la ménagère, peut travailler à son rythme mais sans perdre de temps car mille et une tâches ménagères l’attendent et elle ne veut risquer aucun reproche ultérieur.
Anne Lemuet redoute, pour ses sœurs mariées, leur après-midi moins occupé quand le mari est rattrapé par l’âge de la retraite, que les enfants devenus des adultes ou presque, quittent pour de bon le “charnier” familial, qui pour étudier, qui pour se marier, qui pour prendre son particulier. La femme découvre alors, avec tristesse et amertume, qu’à ce jour elle a pensé à tout et à tous sauf à elle. Elle peut alors se découvrir désorientée devant les journées d’oisiveté forcée qui l’attendent jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Elle conclut que, hormis les femmes qui travaillent, qui ont un métier, une profession, ce grand vide, auquel elle condamne, peut-être trop hâtivement, les autres, peut devenir source de désenchantement, voire de neurasthénie.
France de la Giroday vole au secours de ces désenchantées en puissance. Elle ne conteste pas le danger signalé. Elle en connaît qui, “faut d’avoir su meubler leur vie, sombrent dans la monotonie d’une existence sans but”. Elle s’insurge, toutefois, contre les fausses solutions que sont le recours exagéré à de longues séances de shopping, de soins de beauté ou encore les interminables parties de mah-jong, de bridge, de belotte, avec en prime un attachement excessif à la cigarette, à l’alcool, aux amuse-gueules.
Elle s’insurge car elle sait que ce ne sont pas les possibilités qui manquent pour canaliser ce temps béni enfin devenu libre et utilisable à bon escient. Elle cite, en exemple, les analphabètes à conduire, à leur rythme, au progrès et à l’évolution. Elle constate tout de suite : “Si les femmes désoeuvrées veulent s’y mettre, elles connaîtront bien vite la joie de voir s’épanouir, à la connaissance, des êtres qu’une triste et condamnable inégalité des chances enferme dans les prisons de l’ignorance”. Il n’y a pas plus saine occupation que d’aider quelqu’un à mieux vivre.
Anne Lemuet se plaint de l’absence de cours universitaires, permettant aux personnes du 3e âge d’être initiées aux sujets les intéressant mais qu’elles n’ont pu approfondir précédemment, faute de temps et d’argent. France de la Giroday tempère cette intéressante suggestion. Elle rappelle quelques contraintes biologiques, ayant trait à ce qu’on pourrait appeler le déclin, voire le vieillissement, du cerveau humain. Ces cours existent pourtant. Elle cite, généreusement, les cours de leadership prodigués par la Mauritius Alliance of Women. Ils visent à faire des femmes, ainsi initiées, des “leviers” capables de soulever un village donné. Cet objectif a-t-il été atteint ? Elle ne le précise pas. La définition, femmes-leviers, mérite d’être retenue et mise à profit, même 25 ans après. Avis donc à notre si bonne ministre de la Femme.
Comment rester désoeuvré alors qu’il y a tant à faire, à Maurice, dans le domaine social, se demande France de la Giroday. Elle donne en exemple cet homme qui se répand en éloges, en faveur de la Croix Rouge de Maurice : “Elle empêche ma femme de sombrer dans la neurasthénie.” Le temps passé à soulager les maux d’autrui empêche toute fixation intempestive sur les nôtres.
Il n’y a pas que la Croix Rouge, rappelle, à juste titre, France de la Giroday. Il suffit de sortir de chez soi pour découvrir des compatriotes attendant notre compassion et notre aide : des adolescents livrés à eux-mêmes, des enfants attendant que leur mère rentre de l’usine, des associations charitables ne disposant pas des ressources humaines bénévoles requises. Des travailleuses sociales croulent sous l’ampleur des tâches à accomplir pendant que d’autres femmes s’interrogent comment meubler une journée sans but. Que les désoeuvrées se mettent à l’œuvre et notre île Maurice sera transformée, conclut France de la Giroday.
K.D. intervient mais sur un tout autre registre. Le crépuscule de l’épouse mauricienne serait moins vide et moins triste si elle ne réduit pas son époux aux seules fonctions de garçon de course ou de chauffeur, quand elle n’en fait pas son souffre-douleur sur qui passer sa mauvaise humeur. Elle n’en serait pas là si elle avait fait de son conjoint son paradis, comme lui conseille un livre inspiré : “Connais ton rôle envers ton mari car il dépend de toi de faire, de lui, ton paradis ou ton enfer ”.
Gageons que les “désœuvrées” et même les “désenchantées” d’il y a 25 ans et même d’après, préfèrent encore suivre les conseils de France de la Giroday que celui de K.D.
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