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Comment devient-on saint ?
Comme une épopée fantastique, les saints ont foulé, depuis des siècles, la boule monde. Semant sur leur passage un cortège de fidèles suiveurs. En faisant bouillonner la foi chez certains même si pour cela, le sacrifice en souffrance se faisait cruellement sentir. Le jour des saints est une occasion de mieux comprendre l?institution du procès de canonisation de ces ?serviteurs de Dieu?.
Comme pour une bataille en justice, l?accusation et la défense s?affrontent. Le candidat à la sainteté est a priori ?présumé coupable? être un homme ou une femme ordinaire. Ses partisans doivent donc apporter devant le tribunal ecclésiastique la preuve qu?il ou elle ne l?est pas. Un long procédé où s?illustre ?l?avocat du diable?, si? judicieusement nommé que l?expression a dépassé les sphères du religieux.
C?est au IVe siècle que l?Eglise grecque décide de consacrer un jour aux martyrs chrétiens. À l?origine, les saints étaient proclamés par ?dévotion populaire?, c?est-à-dire que le peuple lui-même, par ses manifestations de ferveur et de reconnaissance, sanctifiait tel ou tel personnage. Jusqu?au XIe siècle, le pape n?intervient pratiquement pas, il suffit de la volonté d?un seul évêque. Le Vatican affirme son monopole sur les canonisations au XIIe siècle, et la procédure est définitivement fixée au XVIIIe siècle. Depuis, toute canonisation passe par un procès.
Pour être candidat à la sainteté, il faut remplir plusieurs conditions : être décédé, avoir mené une vie de chrétien exemplaire et être auteur de deux miracles au moins, accomplis avant ou après son décès. Plusieurs saints se démarquent toutefois de ces critères de sélection. Pour exemple, l?état du cadavre, non abîmé après plusieurs années, peut aussi confirmer la sainteté.
La demande de sanctification vient d?un ou de plusieurs fidèles qui reconnaissent tout le mérite et le dévouement du candidat. Ensuite démarre une enquête diocésaine, menée par l?évêque diocésain. Tous les actes de bonne foi, les preuves de miracles et autres listes de bonnes actions sont confiés au patronage de celui qu?on surnomme le postulateur de la cause. L?evêque diocésain s?assure de recueillir tous les témoignages nécessaires qui doivent confirmer le bien-fondé des diverses sources ; il fait entendre des témoins, examiner les écrits du serviteur de Dieu s?il y en a, procéder à une enquête sur son martyre, sur ses vertus chrétiennes, sur les miracles avancés comme preuves.
?L?avocat du diable?
Une fois recueillis tous les aspects du passé du postulant, le dossier est soumis au Vatican. Jamais moins de 1 500 pages, il est distribué aux membres de la Congrégation. Des médecins, placés sous la chape du Vatican, vérifient l?authenticité des miracles tandis que les théologiens, historiens et psychologues se concertent. Depuis 1998, cette branche spéciale du Vatican, connue comme la Sacrée congrégation pour la cause des saints, est gérée par le cardinal préfet, José Saraiva Martins.
La fouille des archives doit révéler si le rapport du postulant figure parmi ?la position sur la vie et le martyre? ou ?la position sur les miracles?. Dans le cours de la procédure intervient le promoteur de la foi, ?l?avocat du diable?. Sa mission est de ne rien laisser dans l?ombre, y compris tout ce qui pourrait être défavorable à la cause du candidat. Le postulateur de la cause, la ?défense? soutient une fois de plus son dossier. L?examen théologique atterrit entre les mains expertes de ?l?avocat du diable? qui a pour tâche de prouver le contraire de ce que dit le postulateur. Ce sont les évêques et les cardinaux qui donnent le verdict concernant la sainteté du postulant.
Au Moyen Age, quelques grandes figures de la catholicité auront droit à un traitement rapide, tant ils font l?unanimité. Thomas Becket sera béatifié après trois ans et Antoine de Padoue après une année seulement.
Certains procès, en revanche, seront longs. Celui de la sainte Jeanne D?Arc, la ?pucelle? qui se donne corps et âme pour sa nation. En 1869, monseigneur Félix Dupanloup lutte bec et ongles pour la canonisation du ?symbole de la chrétienne luttant pour sa foi et sa patrie?. Mais il s?agit d?une femme condamnée au bûcher par un tribunal ecclésiastique. Le procès dure un demi-siècle, soit du 2 novembre 1874 au 16 mai 1920 sur fond de polémique.
Depuis octobre 2004, Jean-Paul II a a prononcé plus de canonisations (482) et de béatifications (1 338) que tous ses prédécesseurs réunis depuis quatre siècles. Mère Teresa, béatifié en 2003, soit 14 mois après sa mort, en fait partie. Elle a été béatifiée en un temps record. La réputation internationale d?un candidat facilite toujours son avancée juridique. Il en sera sans doute de même de Jean-Paul II.
En chiffres
■ Le droit canonique impose aux évêques une période d?attente de CINQ ANS après la mort d?un individu avant qu?ils puissent entamer les démarches pour introduire un candidat sur la liste de postulant des saints. C?est au cours de cette intronisation et de l?enquête que le postulant est béatifié.
■ Environ 2000 causes sont en cours d?examen, mais un quart d?entre elles sont ?en sommeil? pour des raisons financières ou politiques, ce qui explique que des dizaines d?années peuvent parfois s?écouler entre l?ouverture d?un procès et son aboutissement. La plupart concernent des religieux, mais on trouve quelques laïcs.
Béatification et canonisation, quelle différence ?
■ Le père Jacques Désiré Laval est d?ores et déjà considéré comme ?saint? par certains. Mais il n?est que bienheureux. Béatifié le 29 avril 1979 à Rome, il pourrait être canonisé. Le postulateur de la cause est le prêtre Gérald Bowe qui réussit à convaincre les membres du jury du pouvoir de guérison de Père Laval. Le procès de canonisation devrait s?ouvrir si des preuves de nouveaux miracles sont portés au dossier. La béatification est l?acte par lequel le pape place une personne au rang des " bienheureux " (en latin beati). La canonisation est celui par lequel il l?inscrit sur la liste officielle (canon) des saints.
Béatification et canonisation ont pour but, de la part de l?Eglise, de proposer en exemple au peuple chrétien le témoignage d?un de ses membres défunts et d?autoriser un culte public en son honneur. Ce culte public se traduit par l?attribution d?un jour de fête au calendrier (généralement le jour anniversaire du décès, et donc de la "naissance au ciel "). Le culte public se traduit aussi par la possibilité d?exposer des images et des reliques dans les églises ; en outre, le saint ou le bienheureux peut être pris comme patron (de personnes, de paroisses, etc).
C?est précisément dans le degré d?extension du culte public que réside la principale différence pratique entre béatification et canonisation. Le culte public du bienheureux est limité ; il n?est autorisé que là où le Saint-Siège le prévoit. Au contraire celui du saint, auquel l?Eglise accorde plus d?importance, est autorisé, voire même prescrit, partout dans l?Eglise universelle.
La canonisation est par ailleurs une sentence définitive, irréformable, sur la sainteté de la personne. C?est une proclamation qui engage l?autorité suprême du pape, et qui touche au dogme de l?infaillibilité pontificale.
EN PROCÉS
Jean-Paul II, le prochain saint ?
■ Un travail de titan attend le tribunal, qui s?apprête à entendre des centaines, voire des milliers de témoins. Il lui faudra lire et cataloguer 635 textes de Karol Wojtyla précédant son élection, plus les six volumes d?écrits de sa papauté. Malgré les v?ux des fidèles, l?opération devrait demander pas mal de temps. Jean XXIII avait dû attendre trente-sept ans avant d?accéder au statut de bienheureux. Le cas de Jean-Paul II, lui, commence à être examiné 87 jours seulement après sa disparition. Convaincu qu?il faut ?faire vite?, c?est le cardinal Camillo Ruini, le président de la Conférence épiscopale italienne, qui tire les fils de l?opération. Il a choisi le Polonais Slawomir Oder comme postulateur. Et Mgr Stanislaw Dziwisz, secrétaire de Jean-Paul II, espère qu?il sera ?proclamé saint lors de la Rencontre des Jeunes à Cologne en août 2006?. Jean-Paul II s?apprête donc à pulvériser un nouveau record.
Programmes TV et Radio
■ Ce 1er novembre, la messe célébrée en l?église de Sacré C?ur, Rivière-des-Anguilles, sera retransmise en direct sur la MBC TV de 9 h 30 à 11 heures.
Cette messe sera présidée par le Père Alain Romaine. En soirée, une émission spécial Toussaint ?Ut Unum Sint 40 ans d?oecuménisme? (production du centre de télévision du Vatican), sera diffusée sur la MBC.
La MBC radio diffusera en direct la messe de 9 heures à 10 h 30 à la chapelle de la Sainte Famille, Henrietta. Cette célébration sera présidée par le père Henri Tostée.
Certaines paroisses organisent un temps d?accueil et de prière dans les cimetières ou invitent ceux qui ont perdu un des leurs à se retrouver à l?église pour une célébration.
QUESTIONS À GEORGY KENNY, RESPONSABLE DU SERVICE DES VOCATIONS
?La fête des vivants !?
● Beaucoup de gens se méprennent sur la signification de la Toussaint et de la fête des morts?
Oh oui ! Mais il est important de dire que la Toussaint, c?est la fête des vivants ! C?est dans la lumière que nous célébrons ces ?vivants? qui sont près de Dieu. En ce jour, nous lisons les Béatitudes de Mathieu, qui à travers les vertus simples et héroïques, accueille chaque homme. La sainteté est donnée à tous. Je rappelle qu?elle n?est pas réservée à un état d?exception. Elle se façonne chaque jour et elle est sanctifée par l?Esprit. Bien que ces deux fêtes soient proches l?une de l?autre, il ne faut pas confondre. Auparavant, la Toussaint était célébrée juste après la Pentecôte. Ce n?est qu?après le 8e siècle qu?elle a été transférée en l?honneur de tous les saints. La fête des morts, qui a suivi par la suite, est célébrée le 2 novembre tous les ans.
Le lien ainsi établi avec la fête de tous les saints répond à une vue cohérente. Le 1er novembre, les catholiques célèbrent dans l?allégresse la fête de tous les saints. Le lendemain, ils prient plus généralement pour tous ceux qui sont morts.
● Nous ne célébrons aujourd?hui que la Toussaint. Parlez-nous en.
Nous célébrons ceux qui sont partis vers le Père. Ceux qui partagent l?espérance de Dieu. Il faut savoir que nous sommes tous appelés à la sainteté. Mais la sainteté ne tient pas de la perfection?.
● Que voulez-vous dire ?
La sainteté n?égale pas la perfection, elle n?est pas réservée à une élite ! Nous sommes tous appelés à marcher sur le chemin de la sainteté, nous pouvons tous opter à la participation de la commission des saints. Seulement voilà, il existe certains qui sont plus portés pour la sainteté amoureuse de Dieu. C?est à dire le don de l?amour, le partage et le bien autour de soi.
● Comment l?Eglise a-t-elle donc décidé de rendre hommage aux saints ?
L?Eglise montre une certaine reconnaissance envers ces personnes qui ont donné de leur vie. Qui, dans l?abnégation qu?elles ont vécue, se sont données sans compter. L?Eglise reconnaît leurs vertus héroiques et invite la population à les prendre en exemple?
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