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Comme le chikungunya, l?apathie ne recule pas

8 mars 2006, 20:00

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Les récentes déclarations du directeur général de l?Organisation mondiale de la santé (OMS), Lee Jong-wook, ont réussi, dans la mesure du possible, à calmer les inquiétudes du pays quant aux enjeux sanitaires du chikungunya. Malgré cet apaisement inattendu, les administrations locales restent, disent-elles, sur le pied de guerre pour faire reculer la maladie. Elles affirment toutefois que leurs efforts sont endigués par l?incivisme des Mauriciens.

?La population n?a pas encore pris conscience des risques du chikungunya. On visite chaque maison pour conseiller aux gens de nettoyer leurs cours, mais beaucoup n?ont pas encore compris?, commente le président du conseil de district de Rivière-Noire, Aneerood Chunwan. Même son de cloche chez son homologue de Grand-Port-Savanne, Ramesh Basenoo, ?Je ne comprends pas comment les gens n?ont pas encore pris conscience du chikungunya. C?est inacceptable !?

Cette apathie devient d?autant plus pathétique quand on sait que l?expert de l?OMS en la matière, le Dr Pierre Formenty, a émis une cinglante mise en garde en début de semaine. ?La première chose à faire est de mobiliser la population. Vous pouvez acheter des centaines de fogging machines mais si vous ne développez pas une culture de lutte contre les moustiques, tous vos efforts seront vains.?

Les administrations locales affirment justement faire de nombreux efforts. Un inspecteur de la municipalité de Port-Louis explique par exemple que les équipes chargées du nettoyage des terrains en friche et des drains et du ramassage des ordures sont sur le terrain tous les jours jusqu?à 18 heures, alors que normalement leur journée se termine à 14 h 15. Leur travail est d?autant plus ?compliqué? que, Diwa oblige, les citadins ont jeté leurs ordures dans la rue.

Mais Abdool, un fonctionnaire de Plaine-Verte de 35 ans, rejette les affirmations de l?inspecteur. ?La municipalité ne fait pas son travail. Les services de voirie devaient passer mardi mais ils ne l?ont pas fait. Maintenant, les déchets se sont accumulés.? Il dit par ailleurs que Plaine-Verte n?a pas reçu l?attention requise pour la démoustication alors qu?elle a été l?une des premières régions touchées par la maladie. En cause, des auberges qui accueillent des Comoriens.

Mises à part les récriminations d?Abdool, les administrations locales font montre d?acharnement et de dévouement face au virus. ?Les gens sont motivés. On continue à rassembler les ressources de tous les départements concernés?, précise l?inspecteur de la municipalité de Port-Louis. L?assistant Town Clerk de la municipalité de Quatre-Bornes, Noël Migal, souligne qu?une équipe de 100 personnes travaille d?arrache-pied pour nettoyer les terrains en friche et les drains et démoustiquer la ville, surtout ?les zones à risque?. Pour remédier au manque d?engagement civique, le maire de Quatre-Bornes, Suren Appadu, compte prendre contact avec les forces vives de la ville.

Allures de marécages

Les municipalités et conseils de districts se sont alliés avec le privé, tels la sucrerie de Médine, Gamma Civic et l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice, afin de maximiser leurs actions de nettoyage et démoustication. Le président du conseil de Moka-Flacq explique qu?un plan d?action a été élaboré la semaine dernière, mais certaines opérations de nettoyage ont dû être reportées en raison de Diwa. Il compte également sur l?assistance logistique des pompiers.

Le passage du cyclone a aussi donné à certaines régions des allures de marécages, l?un des environnements préférés des moustiques. Diwa avait temporairement freiné des opérations de nettoyage prévues un peu partout dimanche. ?Avek Diwa bizin refer tu?, se lamente Aneerood Chunwan.

Il critique le ministère de l?Environnement qui failli à ses responsabilités en ne nettoyant pas les rivières. L?Etat n?est pas en reste. ?L?Etat possède beaucoup de terres dont il ne s?occupe pas.?

?Après la pluie, la population de moustiques risque de croître. Il faut tout recommencer?, note le virologue. Il estime qu?il sera très ?difficile? d?asperger le pays entier de produits anti-moustiques et qu?il est nécessaire de se concentrer sur des endroits stratégiques, tel le port.

Lee Jong-wook a peut-être rationalisé l?ampleur de la maladie à Maurice, mais il l?a fait en comparant avec la grippe aviaire qui pourrait bien devenir la peste de notre ère. Il n?en demeure pas moins que le chikungunya est une maladie douloureuse et peut, dans certains cas, être dangereuse. Les administrations locales semblent en être conscientes. Mais l?êtes-vous ?

Démoustication : Dayal propose ?les grands moyens?

?Comme après chaque cyclone, il devrait y avoir une recrudescence de moustiques.? Ces propos du leader du Mouvement démocratique national, Raj Dayal, lors d?une conférence de presse mardi, s?accompagnaient d?une proposition. Il faudrait employer les ?grands moyens? pour démoustiquer Maurice, dans le cadre de la lutte contre le chikungunya. L?ancien commissaire de police (CP) estime ainsi qu?il faut des hélicoptères pour asperger d?insecticides les zones à risques, notamment les marécages. ?Pour les régions inaccessibles, il s?agirait d?utiliser les hélicoptères??

Les hélicoptères de la police et ceux d?Air Mauritius pourraient, dit-il, être mis à contribution. ?Avec de tels moyens l?affaire serait réglée en une semaine. C?est même plus qu?il n?en faut et il faudrait agir sur toute l?île.? Il parle même de faire appel à la Réunion, voire à l?Afrique du Sud, si besoin est.

Mais Raj Dayal a aussi et surtout axé son intervention sur ce qu?il a appelé la ?conspiration contre lui?. Il affirme qu?il avait déposé une plainte à la police, à cet effet, en novembre 1997, juste avant sa suspension comme CP. ?Jusqu?à présent, aucune enquête n?a été ouverte après ma plainte.? Il a fait une déclaration à la police à cet effet, hier. Elle sera suivie d?une motion déposée par son homme de loi.

MOBILISATION DES HÔTELS

Opération ?Chikuniator? dans le Sud-Ouest

■ Les hôtels du Morne se liguent contre le virus du chikungunya. Ils ont mis en place une opération de démoustication dans six villages du Sud-Ouest. Baptisée Opération ?Chikuniator?, elle vise à nettoyer les villages et surtout à conscientiser les villageois. Cinq hôtels prennent part à l?opération qui démarre aujourd?hui. Il s?agit du Paradis, du Dinarobin, des Pavillons, du Berjaya et d?Indian Resorts. Ils seront épaulés par le conseil de district de Rivière-Noire, le ministère de la Santé, la société de nettoyage Maxi Clean et les conseils des villages de Petite-Rivière-Noire, Case-Noyale, Chamarel, La Gaulette, Coteau-Raffin et Le Morne. Une centaine de personnes a été mobilisée.

?Nous avons mis en place cette opération pour aider les autorités à lutter contre le chikungunya, en réponse à l?appel lancé par le ministère du Tourisme?, explique Dominique François, du Paradis. Beaucoup de matériel sera utilisé, notamment des fumigateurs mais aussi des tronçonneuses, pour le débroussaillage et du matériel d?aspersion, contre les larves. La plupart des employés des hôtels concernés viennent des villages où aura lieu l?Opération Chikuniator, qui devrait être une véritable extermination de moustiques

L?opération se fera en deux parties : le nettoyage et la fumigation. Elle démarre au Morne et s?achèvera mercredi 15 mars à Petite-Rivière-Noire. ?Nous allons nettoyer et démoustiquer mais nous visons surtout à conscientiser les villageois?, insiste Dominique François. Une importante mobilisation des habitants de ces villages est donc attendue.

Par ailleurs, les hôtels du Nord ne veulent pas être en reste. Ils prennent, eux aussi, part à une opération anti moustique dans le district de Pamplemousses-Rivière-du-Rempart. Les villages concernés sont situés entre Pointe-aux-Piments et Roches- Noires, notamment Trou-aux-Biches, Grand-Baie, Grand-Gaube, ou encore Arsenal, Goodlands, Piton et Poudre-d?Or.

Les groupes Beachcomber, Naïade Resorts et Veranda ainsi que les hôtels Oberoi, Maritim, Le Méridien, La Plantation ou encore Kuxville et Océan Villas sont impliqués dans l?opération.

QUESTIONS AU?

Dr Thomas Meyer, directeur général de Swingtec et Nan Chalmers, experte dans LE ?vector control?

■ La compagnie Swinggtec est un des concepteurs du ?fogging?? A l?origine, il avait quel objectif ?

T. Meyer : L?appareil conçu par un allemand faisant partie du National Agency Post pour la première guerre mondiale a finalement servi pour d?autres objectifs plus pacifiques. Trois membres ayant travaillé avec lui ont rejoint l?équipe de ma compagnie. Depuis nous commercialisons les fogging machines, visant à éliminer les moustiques, dans plusieurs pays.

N. Chalmers : Ayant beaucoup travaillé en Afrique, en Inde et dans plusieurs autres pays, pour le contrôle de la malaria, je peux affirmer que ce concept est une composante indispensable dans la lutte contre les vecteurs de certaines maladies que sont les moustiques.

■ Certaines personnes averties avancent que le ?fogging? n?est pas si efficace dans la lutte pour éliminer les moustiques?

T. Meyer : Cela dépend de certains paramètres. Beaucoup de vent risque de perturber l?opération. Mais cet exercice a prouvé son efficacité si nous le faisons au bon moment et dans les conditions propices. Pour combattre au mieux l?aedes, vecteur du chikungunya, il faut que ce soit fait très tôt le matin et le soir.

N. Chalmers : Mon expérience m?a démontré qu?à travers le fogging, l?on a pu combattre les moustiques. Cependant, la combinaison idéale est quand il est utilisé avec le larvicide, tuant les larves des moustiques. Il ne s?agit pas que de cela. Par exemple, Maurice a pu éradiquer la malaria en adoptant des contrôles sanitaires très stricts. Dés que j?arrive à l?aéroport, votre équipe sanitaire fait un suivi rigoureux.

■ En contribuant à l?effort d?IBL, votre compagnie permet aux autorités mauriciennes d?acheter les ?fogging machines? à des prix raisonnables?

T. Meyer : Effectivement, vu que vous gérez une crise, il n?est pas question pour nous de traiter comme nous le faisons habituellement. Le deal est très bon. Ce qui a permis de faire l?acquisition de quelque 300 machines. L?avantage du fogging est qu?il privilégie une démoustication dans un espace très large, et ce, en moins de 15 minutes.

■ Les insecticides utilisés dans le ?fogging? sont-ils un danger pour l?environnement ?

N. Chalmers : Nous assurons que tel n?est pas le cas. D?ailleurs, les insecticides utilisés ont passé le test très exigeant de l?OMS sur cette question. C?est rassurant.

Propos recueillis par Jane L.O?NEILL

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