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COLLÈGES : Une rentrée à haut risque
Les collèges accueilleront cette année quelque 20 000 élèves en Form I. Mais une fois le débat sur la formule A + éteint, la rentrée 2007 pourrait être délicate si certains problèmes ne sont pas résolus avant mercredi prochain.
Finies les vacances. Les quelque 20 000 élèves qui ont réussi les épreuves du Certificate of Primary Education (CPE) il y a un peu plus de deux mois se retrouveront dans un nouvel univers mercredi prochain. Mais à cause de l?instabilité de la transition primaire-secondaire due à une énième réforme, la rentrée ne passera pas forcément comme une lettre à la poste. En effet, si l?appréhension des élèves et des parents est compréhensible, celle des administrations des collèges indique que ce pourrait être là l?arbre qui cache la forêt.
En effet, si les autorités affichent la confiance, plusieurs éléments pourraient compromettre la bonne marche de cette rentrée 2007. Ces problèmes, certains dramatisés et d?autres sous-estimés, n?émanent pas essentiellement de la dernière réforme, comme on pourrait le croire. Car les opposants contre le fameux A+ se sont graduellement effacés, laissant la place à d?autres, dont les opérateurs des collèges privés.
Portail fermé le jour de la rentrée
Car en effet, la confiance et le sens de l?organisation des collèges d?État contrastent singulièrement avec l?humeur dans les collèges privés. Outre les nouveaux arrivants, les quelque 64 000 élèves ? toutes classes confondues ? des 87 institutions privées se trouvent dans une étrange situation. Ils risquent en effet de voir le portail de leur collège fer-mé le jour de la rentrée si les responsables jugent que la répartition des subventions préconisée par le Management Audit Bureau (MAB) n?est pas satisfaisante.
La fédération des managers des collèges privés se réunit en assemblée générale spéciale, demain, au collège de Lorette à Rose-Hill pour décider de la marche à suivre. Le comité exécutif de la fédération se dit d?accord avec le quantum proposé par le gouvernement. Le MAB avait, en effet, proposé une augmentation de 15 %, 17,5 % et 20 % pour les trois prochaines années.
Mais c?est la répartition des subventions qui donne de nombreux soucis aux managers. Ces derniers craignent que certains établissements n?obtiennent pas les subventions méritées.
En principe, celles-ci sont attribuées selon six critères : le nombre d?élèves, les infrastructures, la performance des élèves aux examens, leur participation aux activités extra-scolaires et la gestion. Le propriétaire de l?établissement obtient aussi une allocation et 70 % du financement dépendent du nombre d?élèves inscrits dans un collège. Les 30 % restants sont alloués en fonction de la performance de l?établissement. Il faut aussi souligner que la grille des subventions est revue tous les trois ans.
Les membres de la fédération en étaient encore à étudier les détails de cette répartition vendredi après-midi.
« Certains éléments n?ont pas eu l?attention voulue. C?est regrettable, car nous avons une vision de l?éducation », constate amèrement Rajen Chamroo, le porte-parole de la fédération. Il cite comme exemple les études en informatique qui n?ont pas été suffisamment prises en compte car l?augmentation à cet item est jugée « dérisoire ».
« Comment voulez-vous promouvoir les études en IT avec des subventions pareilles ? », martèle-t-il. Déjà, on comprend à demi-mot que la formule proposée à cet item ne rejoint pas leurs aspirations. Il n?en dira pas plus, mais ajoutera que les collèges privés doivent obtenir les moyens pour améliorer leurs services.
Alors que l?absentéisme et le manque de discipline font des ravages dans ces collèges, aucune mention n?a été faite dans le rapport du MAB pour contrecarrer ces fléaux. « Le gouvernement n?a aucune politique définie pour les collèges privés. Nous fonctionnons au jour le jour », souligne encore notre interlocuteur.
Le manque de personnel
Les collèges privés doivent également faire face à un manque de personnel. « Environ 700 enseignants formés par les établissements privés nous quittent pour rejoindre les collèges d?État. Cela nous handicape énormément », affirme Rajen Chamroo. Il ajoute que les collèges privés ont toujours été considérés comme une « pépinière ». « Nous offrons à ces professeurs une formation continue, mais après un peu d?expérience acquise, ils n?hésitent pas à quitter l?établissement pour rejoindre un collège d?État, où il y a moins de travail puisque les élèves les plus brillants y sont admis. »
Ram Mungur, le président de la Pri-vate Secondary Schools? Union, s?inquiète, quant à lui, du niveau des élèves qui échouent dans le privé. « Le niveau a baissé en raison du nombre de places accru dans les collèges d?État », affirme Ram Mungur. De plus, certains établissements privés, malgré les facilités offertes et le bon niveau des infrastructures, se retrouvent avec seulement dix élèves pour la rentrée en Form I.
C?est le cas de la Pamplemousses High School. « D?année en année, le nombre d?élèves en Form I diminue. L?avenir est bien sombre pour cet établissement qui aura 34 ans cette année », se désole le directeur du collège, Boodeo Mungur. Il attribue ce phénomène au nombre grandissant des collèges d?État. Malgré les améliorations apportées aux infrastructures, les élèves choisissent les établissements les plus cotés, par exemple le collège Royal de Port Louis, où une population de 600 étudiants de la Form VI accueillera quelque 150 nouveaux élèves.
« Nous sommes en train de tout mettre en place afin de créer les conditions idéales pour une cohabitation entre les élèves de la Form I et ceux de la Form VI. Il faut reconnaître que ce sont quand même deux extrêmes, les Form VI ayant un certain sens de grander lakour », explique Madoo Ramjee, l?assistant directeur du collège Royal de Port-Louis.
Ainsi selon lui, il existe deux possibilités. Ou les étudiants de Form I verront dans leurs aînés des role models, ou alors eux aussi se sentiront devenir des « grands ».
Madoo Ramjee ajoute aussi que l?administration est consciente que ces jeunes évolueront dans un milieu complètement différent de ce qu?ils ont connu jusqu?à présent. Et même si certains élèves ont déjà eu vent du changement drastique de l?environnement scolaire qui les attend, un bon encadrement est essentiel pendant les premiers mois dans le collège.
« C?est pour cela que, le jour de l?admission le 23 décembre dernier, nous avons distribué une brochure à l?attention des étudiants, mais surtout des parents », confie l?assistant directeur.
Le début d?une nouvelle phase de vie
Cette brochure, outre le fait de présenter l?école et les formules d?évaluation des élèves, propose aussi une mine d?informations sur les infrastructures du collège pour mettre les nouveaux de Form I dans le bain. « Cette brochure est un outil important, mais il y a aussi le rôle tout aussi essentiel des Prefects et du School Council, de même que des Form Masters », insiste Madoo Ramjee.
À l?image de cette disparité entre les différentes institutions, la rentrée pourrait être sans anicroches ou alors explosive. Tout dépendra de la réunion des Fédérations des managers des collèges privés, de même que de la position du gouvernement.
Mais au-delà des négociations et autres chantages, il ne faut pas oublier que cette rentrée est surtout le début d?une nouvelle phase de la vie des 20 000 élèves issus du cycle primaire. Ce début devrait se passer selon ce qu?on leur a promis : l?aboutissement des attentes et des rêves qui ont nourri les six dernières années de ces jeunes.
■ Amrish BUCKTOWARSING et Bindu BOYJOO
Calendrier scolaire
Les trimestres pour les écoles primaires seront du 11 janvier au 6 avril pour le premier ; du 23 avril au 13 juillet, pour le deuxième ; et du 13 août au 8 novembre pour le troisième. Pour le secondaire, les dates arrêtées sont du 11 janvier au 6 avril ; du 23 avril au 20 juillet ; et du 13 août au 26 novembre. L?admission en Standard I et en Form I aura lieu le 10 janvier.
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