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A coeur ouvert
Depuis la semaine dernière, Jenny Mootealloo est enfin elle-même. De représentante de la commission des femmes du mouvement militant mauricien ( MMM), elle est devenue une voix à part entière au comité central (CC) du parti.
Un timbre qui n?a rien de fluet même si la silhouette l?est. Les idées claires, le regard sombre. Le sens critique à l?affût. Même s?il s?abrite souvent derrière la ligne du parti. Parler de son adhésion, c?est essayer vainement de se souvenir d?un temps où elle n?a pas baigné dans le MMM.
C?est son père, pompier, qui a attisé la flamme. À huit ans, il emmène sa fille unique aux meetings. Ne rate pas les 1er Mai. L?élève dans le culte du leader, cet ?homme droit?. Pour la petite fille au milieu de la foule, c?est ?une sortie, c?était impressionnant?.
Vingt ans plus tard, c?est à son tour de prendre la parole dans un rassemblement. Premier orateur, ?parce que je suis la plus jeune?, Jenny doit convaincre un auditoire encore froid sur une estrade devant la boutique Ledent lor à Bambous. Malgré le trac, armée de ses ?quelques points? griffonnés sur un bout de papier, Jenny se lance. Elle se laisse porter par la vague des augmentations de prix.
Parler, convaincre. C?est aussi son métier. Avocate ?terre à terre? comme elle se décrit, elle fait son beurre du peuple. Étudier des contrats derrière un bureau, cela l?attire moins. Sa force: le contre-interrogatoire. Sa technique: le ?calme?, la ?persuasion?, la ?mise en confiance jusqu?à ce que la personne se piège elle-même?. Malmener verbalement l?interrogé, non ce n?est pas son style.
?Dans mon travail, la politique cela aide. Cela me met en contact avec les gens.? Pourtant, elle ne parle pas tout le temps politique. ?Je fais attention parce que cela peut vite dégénérer.? A force, Jenny Mootealloo a fini par noter que ?souvent, les clients choisissent des avocats qui sont du même bord politique qu?eux?.
?La politique est une question de fidélité et le jour où les idées du parti ne seront plus les miennes, je partirai. Sans jouer au transfuge?.
Cela n?a sûrement rien à voir mais c?est aux Collendavelloo Chambers que la jeune femme fait son apprentissage après ses années de droit à l?université de la Réunion. Encore une fois, c?est l?enfance qui parle. Sa profession, elle l?a choisie très tôt. À force d?être abreuvée par les séries télé comme Perry Mason ou Matlock. Devant son petit écran, elle est fascinée par ?le pouvoir de décider du sort des gens. Cela me faisait un peu peur. Je me disais : ?si je ne suis pas avocate, qu?est-ce que je ferai ???
Maintenant qu?elle plaide en cour, qu?il ?faut être populaire? pour surnager dans un créneau saturé, Jenny accepte les affaires avec prudence. Le tout premier l?a marquée. C?était celui d?un tonton qui plaidait non coupable d?une contravention pour conduite dangereuse. ?Il m?a fait confiance avant même que je prête serment.? Et elle a gagné.
Des dommages en cour industrielle, elle s?occupe tout aussi bien des divorces, ?tous les vendredis?, de la négligence médicale ou d?un cas de viol et de sodomie. ?Là, je fais attention. Si j?ai un doute sur la culpabilité du client, je refuse l?affaire. Je milite en faveur de la défense des droits de la femme.?
Les militants, ceux qui, pour Jenny, ?font le gros du travail? sur le terrain, elle sait qu?elle peut compter sur eux. À tel point que pour les dernières municipales, ce n?est qu?au décompte des voix qu?elle a compris qu?elle irait dans le karo kann. Remise de la sécurité trompeuse du bastion, celui de Curepipe, où Jenny Mootealloo s?est présentée en 2005, sous la bannière mauve et orange, elle se souvient de la campagne. ?C?était assez dur.? Il faut garder son sourire même quand on vous claque la porte au nez, quand vous faites du porte-à-porte.
Depuis, c?est au n° 14 que cette habitante de Flic-en-Flac s?active. Campagne perpétuelle pour Jenny ? Elle sourit et hoche la tête quand on lui demande si c?est indispensable de grimper tous les échelons, des élections municipales aux législatives. Elle enchaîne avec ses ambition sauf un long fleuve tranquille. Ennuis de santé, pauvreté? Mais, ça fait 82 ans qu?il tient bon. Pour le plus grand plaisir de nombreux habitants de Moka. Car, que serait Moka sans Barma Baboolall, Ton Maraz comme on l?appelle, le propriétaire de la Boutique Baboolall ?
Chez lui, c?est un véritable plaisir de faire ses rasyon. Ses histoires enchantent les petits comme les grands. Son franc-parler dérange parfois, mais c?est tout à son honneur.
Clin d??il sur la vie de Ton Maraz. Il arrête l?école alors qu?il est en sixième. ?Monn fel parski gramer mo pa ti konn ditou?, dit-il en riant. En revanche, il excelle en mathématiques et obtient des médailles à plusieurs reprises. ?Tou dis premie zanfan ti gagn meday la ren s pour la députation.
Femme et jeune. Deux critères qui, selon elle, jouent en sa faveur. Du critère ethnique, (candidat choisi en fonction de la composition de sa circonscription), Jenny dit : ?Je n?adhère pas à ce système.? Mais elle reconnaît en faire partie. Elle avoue que cela ne changera pas aux prochaines élections.
Jenny affirme que la politique est une ?question de fidélité.? Et que ?le jour où les idées du parti ne seront plus les miennes, je partirai?. Sans jouer au transfuge.
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