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CMT : La révolte sri lankaise
Rien à faire. Les négociations, hier, entre la Compagnie mauricienne de textile (CMT), la Federation of Parastatal Bodies & Other Unions, le consul honoraire du Sri Lanka et les représentants du ministère du Travail en vue de réintégrer les 114 ouvrières qui ont passé la nuit de vendredi à samedi à l?aéroport, n?ont pas abouti. Ces dernières, qui souhaitaient encore une fois renégocier leur réintégration, sont finalement revenues sur leur position, n?étant pas satisfaites des conditions de travail proposées. Hier après-midi dans le hall d?entrée de l?aéroport, elles répétaient sans cesse la même rengaine : « Mauritius good, people good, CMT no good. »
Samantha Munasinghe, 28 ans, fait donc partie des 38 ouvrières qui ont pris l?avion hier soir à 23 heures pour regagner leur pays. Ses 76 collègues sont parties passer la nuit au centre de jeunesse de Pointe-Jérôme en attendant le prochain vol. Samantha part le c?ur lourd parce qu?elle croyait trouver ici un nouvel eldorado. « La vie n?a pas été tendre envers moi », dit-elle dans un hindi approximatif.
<B>Elles faisaient pitié à voir</B>
Après trois années passées à travailler dans une usine textile à Dubayy, elle rentre dans son pays natal pour épouser l?homme de sa vie. La maladie de son père mettra fin à ce rêve. Toutes ses économies partent dans les frais d?hospitalisation du vieillard aujourd?hui paralysé. Son futur époux la quitte, la laissant dans le désespoir. Une petite annonce alléchante vantant les conditions de travail intéressantes de l?usine CMT attire un jour son regard. « Elle disait qu?on pouvait toucher jusqu?à Rs 30 000 par mois », raconte-t-elle.
Chacune de ses amies a une histoire triste à faire pleurer. À 13 heures hier, réunies dans le hall d?entrée improvisé en dortoir, elles faisaient pitié à voir.
« Depuis vendredi soir, cela a été un va-et-vient incessant entre les tables et les chariots. Avec la fatigue et le manque de sommeil, elles se sont calmées », affirme un employé d?un des commerces alimentaires du food court.
Airports of Mauritius Co. Ltd (AML), la compagnie qui gère l?aéroport international SSR, a déployé des efforts pour rendre le court séjour de ces visiteuses imprévues aussi bien que possible.
« Nous avons une équipe bien rodée pour affronter ce genre de situation. Après quelques tensions vendredi soir, tout est rentré dans l?ordre. La compagnie a été sensible à leur sort et leur a offert de quoi se restaurer », affirme le Communications Officer d?AML, Girish Appaya.
DR VASANT BUNWAREE, MINISTRE DU TRAVAIL
<B> « Ces événements ne vont pas mettreen péril nos relations avec le Sri Lanka »</B>
<B>Les ouvrières sri lankaises ont donné du fil à retordre aux autorités mauriciennes et à la direction de la CMT. Quel regard portez-vous sur ces incidents ? </B>
Il n?y a rien de fondé dans les accusations portées à l?encontre de la direction de la CMT par les ouvrières sri lankaises. Mon ministère a conclu que la direction de la CMT était dans la légalité et qu?elle a traité ce problème d?une façon humaine. C?est une mauvaise interprétation des clauses de leur contrat qui est à la racine du problème. La plupart de ces ouvrières voyaient leur contrat arriver à expiration le 15 février et nous avons remarqué que c?est à ce moment-là qu?elles ont commencé à soulever des points de litige. On s?est demandé si c?était pour faire pression pour obtenir quelque chose de matériel.
<B>Ces personnes ont contribué à donner une mauvaise image de la CMT et, par extension, de Maurice?</B>
Au contraire, elles risquent d?avoir donné une mauvaise image de leur pays. C?est la raison pour laquelle, le Foreign Workers Bureau du Sri Lanka (FWBSL) est intervenu. Le FWBSL leur a adressé une missive dans laquelle il a expliqué de façon claire et précise qu?elles risquaient des représailles si elles continuaient à agir ainsi. Le bureau a exigé que chaque employée reçoive une copie de cette lettre. Et le FWBSL ne veut pas en rester là : une délégation sera à Maurice incessamment pour parler aux ouvriers qui ont choisi de rester et leur rappeler à leur devoir.
<B>Quelles leçons devrons-nous tirer de ces événements ? </B>
C?est toujours un problème de recruter et de travailler avec des travailleurs étrangers. Les autorités mauriciennes sont très accueillantes envers eux, elles veillent à ce que leurs droits soient respectés et elles font un maximum pour leur garantir un séjour agréable. Mais de temps en temps, des fortes têtes font des exigences grotesques comme des indemnités ou des salaires mirobolants lorsqu?elles arrivent à la fin de leur contrat. Dans le cas présent, ces personnes ont même réclamé le rapatriement de quatre directeurs sri lankais.
Il est clair que le problème vient des travailleurs eux-mêmes.
<B>Serait-il sage de faire appel à des ouvriers sri lankais dans le futur ? </B>
Ces événements ne vont pas mettre en péril nos relations avec le Sri Lanka. Si nous faisons appel à des ouvriers sri lankais, c?est parce que ce sont des travailleurs qualifiés. Nous continuerons à faire appel à eux. Mais il faudra exercer plus de vigilance au sujet des agents recruteurs qui leur font de fausses promesses. Nous remercions les autorités sri lankaises pour leur promptitude. Elles ont pu traiter ce problème d?une façon très humaine.
<B> La CMT s?explique</B>
« Nous avons fait tout ce qui est humainement possible pour trouver une solution afin de mettre un terme à l?action des ouvrières sri lankaises, qui, je dois le souligner, handicape la compagnie dans ses opérations. Nous ne sommes pas réfractaires à les accueillir à nouveau, à condition que cela se fasse dans la discipline. » Ainsi s?exprimait Francois Woo, directeur général de la CMT, hier lors d?une conférence de presse.
Entouré de hauts cadres de la compagnie, Faizal Ally Beegun de la Federation of Parastatal Bodies & Other Unions, et du consul honoraire du Sri Lanka, Mohamad Saleem Toorawa, François Woo a fait la chronologie des événements qui ont débouché sur cette grève des ouvrières sri lankaises. Il s?explique mal l?attitude de ces ouvrières. « Nous les avons recrutées en 2005, alors qu?elles travaillaient à Dubayy et que la compagnie Martin Inpex fermait ses portes. Elles sont mieux payées ici, avec un salaire de 200 dollars par mois. Elles ont déclenché une grève et ont ainsi paralysé les opérations de la compagnie. »
Soixante-dix employées arrivées au terme de leurs contrats ont reçu des compensations et sont rentrées au Sri Lanka. Ces ouvrières ont été payées en dépit du fait qu?« il y avait une mauvaise interprétation par rapport aux congés annuels et les congés de maladie selon les dispositions de la loi mauricienne par rapport aux lois sri lankaises. » Pour François Woo, il y a eu des malentendus, résultants des contrats signés par ces ouvrières et leurs agents recruteurs dans leur pays. Le refus de travailler selon les horaires établis est une autre source de litige. Ce dernier s?est aussi refusé de se plier aux exigences des ouvrières, qui réclament le renvoi de quatre managers sri lankais
Faizal Ally Beegun estime que les autorités compétentes devraient instituer une enquête sur les agents recruteurs étrangers qui promettent monts et merveilles à des ouvriers crédules. « La plupart de ces ouvrières leur ont payé Rs 50 000 pour venir travailler à Maurice. » Une enquête pour vérifier les allégations de maltraitance et de mauvaise condition de travail est aussi souhaitée. À l?heure actuelle, 70 ouvrières ont été rapatriées le 7 février et 200 autres attendent de rentrer chez elles. En attendant, elles sont logées à St-Pierre.
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