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Clifford Labrosse tué par le crédit
C?est une histoire absurde. Clifford Labrosse s?est suicidé le 4 juin à la prison de Beau-Bassin, trois jours après son incarcération.
« Li pane capav sipporte prison. Line craqué», confie Marie-Michelette Labrosse sa mère. Sa douleur est d?autant plus grande que son fils a été emprisonné pour une banale histoire de dettes impayées.
Selon sa famille, il devait plusieurs milliers de roupies à un magasin de Goodlands où il avait fait des achats à crédit. « Li pa ti ene escroc », souffle sa mère. Des mots qui provoquent les larmes de Doris, la s?ur du disparu, qui est arrivée de France en catastrophe pour assister à l?enterrement à Grand-Baie. « Mo trouve sa pa facile. Pa ene place pou avoye li sa. Personne pa fine conseille li? » Encore abasourdie, elle ne peut chiffrer le montant des dettes, ni citer les articles achetés par son frère.
Clifford Labrosse avait le profil type de la personne surendettée. Issu d?un milieu pauvre, il était, à 41 ans, employé comme agent d?entretien dans une compagnie de nettoyage. Avec son épouse Sandra et leurs quatre enfants à sa charge, la vie n?était pas toujours rose. Comme bon nombre de Mauriciens, Clifford Labrosse avait à c?ur le confort de sa famille et achetait à crédit. Et pour corser le tout, il aurait également acheté des articles pour le compte d?un ami, affirment ses proches. « Li ti envie aider? » La fin du mois devait vite ressembler à un casse-tête insurmontable. D?autant plus que le salaire d?un agent d?entretien est loin d?être mirobolant. Il n?aurait confié ses malheurs qu?au dernier moment, selon sa famille.
« Il avait obtenu un délai de la cour pour payer ses dettes. Je lui ai prêté une somme d?argent, malheureusement cela n?a pas suffit... », raconte Alex Paul, son frère. Ce qui devait arriver arriva. Les hommes de loi du créancier lui servent une Summons after unsatisfied judgement. Clifford Labrosse doit venir expliquer au tribunal la raison du non-paiement de ses dettes. Devant son incapacité à les rembourser, il est condamné à un mois de prison et envoyé à Beau-Bassin, explique ses proches. « Il s?y était résigné. Et trois jours plus tard, nous avons appris la mauvaise nouvelle à la radio. »
<B>Sam Lauthan « bouleversé » par ce drame </B>
Cette histoire, qui a choqué plus d?un, met en exergue une faille dans notre système judiciaire, affirme l?avocat Jacques Panglose. « La loi est telle que tout individu qui se trouve dans l?incapacité de rembourser ses dettes peut se retrouver en prison. Je pense qu?il est grand temps d?abroger cette possibilité car on fait d?une faute contractuelle un délit criminel. C?est contraire aux droits de l?Homme. C?est inadmissible !», s?insurge l?avocat. C?est souvent les « ti-dimounes » qui se retrouvent dans cette situation, dit-il. Comme alternative, il propose le Community Service Order, une loi promulguée en 2003 qui aurait pu être applicable dans le cas de Clifford Labrosse.
Samioullah Lauthan, ministre de la Sécurité sociale, « bouleversé » par ce drame, partage le même avis. « Cette loi englobe toute une série de mesures qui vont de la prévention primaire à la prison. M. Labrosse était qualifié pour le Community Service Order. Je ne comprends pas pourquoi les avocats n?ont pas exploité cette possibilité. Son avantage, c?est que l?adulte n?est pas séparé de ses enfants et qu?il conserve son emploi. » Le National Solidarity Fund accordera une aide financière à la famille. Cette nouvelle n?a pas soulagé la douleur de Sandra Labrosse, cloîtrée dans sa case en tôle?
<B>L?engrenage de l?achat à crédit</B>
Les associations de consommateurs dénoncent l?engrenage de l?achat à crédit. Pour inciter à l?achat, les slogans se font accrocheurs et les offres alléchantes.
« Le public cède au matraquage publicitaire et ne réalise que plus tard ce qui l?attend. Je suis d?avis qu?il faut interdire ce type de publicité qui pousse à dépenser sans réfléchir », affirme Mosadeq Sahebdin, le porte-parole de l?Institut pour la protection des consommateurs (ICP). Résultat, 50 % des familles mauriciennes se retrouvent endettées selon une étude effectuée par l?Association des consommateurs de l?île Maurice (Acim). Parmi elles, 5 % (environ 7 500 familles) ont du mal à rembourser leurs dettes. « Chaque année, une centaine de personnes se retrouvent en prison pour dettes impayées.
La plupart sont en situation précaire », affirme Jayen Chellum, le secrétaire général de l?Acim. L?ICP est pour la création d?une banque de données confidentielles qui déterminera la solvabilité des acheteurs. Dans les cas de non-paiement, il faudrait instituer une commission de surendettement qui aiderait les débiteurs à se remettre à flot.
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