Publicité
Cinéma, ce temps qui nous obsède
Quand les lumières se rallument. Que dans la salle, nos idées ne sont plus obscures, alors elles peuvent s?entrechoquer. S?accrocher au temps qui passe. Minutes du réel, secondes d?éternité.
C?est qu?il a passé beaucoup de temps à parler du temps, le débat organisé au Centre culturel Charles Baudelaire (CCB), vendredi après-midi. Autour de la table, Alain Mesnil, agrégé de philosophie, Joseph Cardella professeur de philosophie au Lycée des Mascareignes, David Constantin, réalisateur, responsable de la section cinéma et audiovisuel au Lycée des Mascareignes, et Selven Naidu, ancien directeur de la Mauritius Film Development Corporation (MFDC).
?Le cinéma se perçoit et ne se pense pas?
Une rencontre des grands esprits organisée dans le cadre de la semaine de la philosophie, cet ?objet assez abstrait? auquel ?on voudrait que le plus grand nombre puisse accéder?, ainsi que l?a expliqué en préambule Joseph Cardella.
Pour une fois, les chaises de la salle polyvalente du CCB étaient toutes prises (cela n?arrive pas souvent). Pour lancer la réflexion, il fallait évidemment une question. ?Le cinéma sous forme philosophique, est-ce les images qu?il faut interroger ou le contenu, les histoires qui nous sont racontées ??
D?emblée, une citation fait surface. ?Le cinéma se perçoit et ne se pense pas?. il y a du Merleau-Ponty dans l?air. Ceux qui n?en ont jamais entendu parler, suivent le débat quand même. Alain Mesnil choisit lui de réorienter la question initiale. Le reformuler en ?Qu?est-ce que le cinéma, en tant qu?art apporte au vécu à la pensée ?? Selon lui, le cinéma n?est pas philosophique par vocation mais nous oblige à revenir à la pensée.
Alain Mesnil précise. L?enjeu du cinéma est de percevoir le temps comme le temps et non plus comme subordonné au mouvement. Citant le cinéaste indien Satyajit Ray, il évoque les ?séquences de durée pure, où brusquement le temps se dilate?, où l?image ne capte pas juste des ?éléments de réalité mais superpose une quantité de données?.
Constat du philosophe : ?Dans la salle, nous ne sommes pas plus savants les uns que les autres. C?est l?expérience de l??il qui s?achève dans le cerveau du spectateur.?
Du coup, le philosophe lâche les mots ?cadrage?, ?découpage?, ?montage?, les ?termes de la conscience?. David Constantin enchaîne. Lui pour qui la question du temps se pose au moment du montage. Quand il se dit : ?à quel moment est-ce qu?un plan devient trop long ?? Et que c?est dans le regard du spectateur que se trouve la réponse.à son tour, Selven Naidu choisit de préciser que le cinéma est un art elliptique, que le réalisateur est un manipulateur du temps et ?qu?il flippe à cause de cela?. que le temps dans la réalité n?est pas respecté et que l?angoisse du réalisateur est de se demander en permanence : c?est quoi l?essentiel qui raconte le mieux l?histoire. ?Ce qui n?est jamais bien résolu sauf par les grands réalisateurs?.
INFO PRATIQUE
Qui est qui ?
■ Petit glossaire pour faire connaissance avec des noms entendus mais que l?on ne connaît pas forcément. Premier à avoir été cité par Alain Mesnil : Maurice Merleau-Ponty, philosophe français décédé en 1961. Centre d?intérêt : la perception. Il a voulu montrer que la perception n?est pas le résultat de sensations, mais est plutôt, une ?dimension active en tant qu?ouverture primordiale au monde vécu?. Critiquant Merleau-Ponty, Alain Mesnil devait dire que ce philosophe ne distingue pas la perception cinématographique de la perception naturelle. ?Il rate le caractère d?art du cinéma, alors que nous sommes confrontés à des points de vue impossibles?. Autre auteur cité en abondance : Gilles Deleuze, philosophe français mort en 1995. Mesnil dira avoir été marqué par Deleuze, à l?époque où lui-même a publié ?Ecran du temps?. Pour Deleuze, ?la philosophie est l?art de former, d?inventer, de fabriquer des concepts?. Il assure aussi que la philosophie ne s?adresse pas qu?aux spécialistes.
Publicité
Publicité
Les plus récents