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Chronique d?un fratricide manqué

6 novembre 2004, 20:00

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Husna en est encore toute secouée. C?est un miracle qu?elle soit encore en vie ! Sa tête résonne au moindre bruit. Son front, barré par un énorme pansement, lui fait un mal de chien. Le visage recouvert de cloques, le corps parsemé d?ecchymoses, elle reconstitue péniblement le terrible accident dont elle et son mari, Sharif, 47 ans, ont été victimes samedi dernier.

Ils étaient en cyclomoteur, à quelques centaines de mètres de leur domicile, à Old Mosque Road, Surinam, lorsqu?ils ont été renversés par le frère de Sharif, Naguib Nunnoo, 49 ans.

Husna, 38 ans, s?empourpre, manque de souffle, en se rappelant la collision. C?était vers midi. Elle avait demandé à Sharif de l?accompagner à l?hôpital, car elle ne se sentait pas en pleine forme.

En prenant la route, elle a bien vu la camionnette de Naguib qui les suivait. Elle ne lui a pas prêté attention jusqu?à? ce qu?elle leur fonce dessus.

Husna pensait que le coup d?accélérateur était destiné à leur faire peur. Mais tel n?a pas été le cas.

Leur mobylette n?a été qu?un fétu de paille face à la lourde camionnette de Naguib. « Mone senti li appuye kontmwa. »

Les choses s?enchaînent, Husna est traînée au sol. Elle se casse les dents. Sa peau marquée comme au fer rouge par les aspérités du bitume.

<B>« Depi lontan, Naguib ine rod touye mo missie »</B>

Mais elle ne se rappelle pas ce qui s?est passé ensuite car elle a eu un black-out, sans doute à cause de l?indicible douleur qui l?a plonge dans l?inconscience.

Sharif est plus mal en point. En voyant la roue de la camionnette qui menaçait de broyer la tête de son épouse, il a mis sa jambe en avant croyant pouvoir la stopper.

Mal lui en a pris. Il a eu la cheville à moitié arrachée, et a été traîné sur plusieurs mètres. Spectacle horrible, les os de sa jambe étaient visibles lorsque les secours lui ont été portés.

Husna, en sang, a dû être retiré sous la camionnette de Naguib. Elle ne reprendra connaissance qu?à l?hôpital de Rose-Belle. Toutefois, moins blessée que son époux, elle a quitté l?établissement jeudi et reçoit des proches venus prendre de ses nouvelles chez un parent à Mesnil. Les oreilles encore bourdonnantes, elle fait le récit d?une histoire de famille qui a bien failli mal se terminer pour elle et son mari.

« Depi lontan, Naguib ine rod touye mo missie », confie-t-elle, au bord des larmes. Maintenant elle va déballer vaille que vaille tout ce qu?elle a sur le c?ur, sans se soucier du qu?en dira-t-on à Surinam.

« Et puis zut, je ne vais pas retourner là-bas », soupire Husna sous le regard approbateur de sa fille aînée, Aesha, 15 ans. Elle dresse un portrait peu reluisant de Naguib, le frère aîné de Sharif.

Depuis qu?elle s?est unie avec Sharif, les ennuis ont commencé. Tout d?abord parce qu?elle n?a pas digéré le fait que son mari, qui travaille avec ses nombreux frères, verse tout son argent sur un compte commun, sans qu?il puisse jouir pleinement des fruits de son dur labeur. Lorsque Sharif a voulu avoir sa part du gâteau, « Naguib lui a couru après avec un sabre, menaçant de le tuer pour son insolence? »

Puis le drame a frappé en plein fouet Naguib et Husna, il y a maintenant dix ans. Bilal, leur fils, alors âgé d?un peu plus d?un an, est renversé par Naguib. Il n?a pas vu le nourrisson qui jouait avec les roues arrières de sa camionnette.

Lorsque Naguib a démarré son véhicule, le garçonnet a été grièvement blessé à la colonne vertébrale. Depuis, Bilal a perdu l?usage de ses jambes.

Il porte toujours des couches-culottes et Husna doit se rendre dans son école trois à quatre fois dans la journée pour le changer.

Pourtant, Sharif et Husna n?ont pas porté plainte contre Naguib, l?accident ayant été causé par inadvertance. « Mais Naguib semble avoir toujours eu peur qu?on le traîne en justice. »

Les choses ont tourné au vinaigre entre les deux frères récemment, lorsque les proches d?Husna ont entrepris des démarches pour une collecte de fonds en faveur de Bilal.

<B>L?aide des médias sollicitée en faveur de Bilal</B>

Comme les années ont passé sans que l?état de santé du garçon ne s?améliore, les proches ont décidé d?effectuer une quête auprès des Mauriciens de foi musulmane pendant le Ramadan.

L?argent récolté pourrait servir à financer un examen médical en Angleterre pour savoir si Bilal aura la chance, un jour, de recouvrer l?usage de ses jambes.

Mais elle avait aussi sollicitée l?aide des médias pour sensibiliser le maximum de gens sur le sort de Bilal. Quelques journaux en ont fait écho, une radio privée a même interrogé Naguib sur les causes exactes de cet accident. C?est ce qui a mis ce dernier hors de lui. Il estime qu? Husna aurait dû être moins négligente et veiller à ce que son fils ne traîne pas hors de la maison. « Il pensait sans doute qu?on allait le traîner en justice », résume Husna.

Les prises de bec entre beau-frère et belle-s?ur prennent des proportions alarmantes le vendredi 29 octobre. Naguib saisit même un sabre et menace Husna. Cette dernière appelle la police de Souillac au secours, mais Naguib n?est même pas interrogé par les agents. « Les policiers sont venus, et ne sont même pas descendus de leur véhicule, expliquant qu?ils étaient pressés », affirme Husna.

Les deux protagonistes se sont regardés en chien de faïence, jusqu?à l?accident du lendemain. C?est Azad, un des sept frères de Sharif, qui dévoilera le pot aux roses. Il était à côté de Naguib lorsque ce dernier a lancé sa camionnette sur le couple en lançant : « Azordi mo desann zot ».

<B>« On m?a dit de ne pas parler »</B>

Mais c?est un proche de Husna, Nasser Peerally, qui fera part de cette information aux policiers de Souillac.

Quatre jours plus tard, Naguib, 49 ans, s?est constitué prisonnier, en se présentant avec son homme de loi, et en affirmant n?avoir eu aucune intention de tuer le couple.

Il déclare qu?en fait, il a renversé Sharif et Husna par accident, lorsque leur cyclomoteur s?est brusquement arrêtée devant sa camionnette.

Chez les Nunnoo, on ne compte pas laisser cette affaire perdurer. « Nous allons réunir la famille pour prendre une décision. Nous allons demander à Sharif de retirer sa plainte, c?est mieux pour tout le monde », nous déclarait un de ses frères jeudi.

« Même si la victime revient sur ses déclarations, nous allons poursuivre son frère. Il a été arrêté sous une accusation provisoire de tentative d?assassinat. Nous attendons la décision du parquet sur cette éventualité », affirme, quant à lui, un enquêteur de la brigade criminelle de Grand-Port Savanne.

Mais Husna ne compte pas se laisser faire. Dire qu?elle a dû batailler pour qu?on l?interroge. « Heureusement que l?assistant-commissaire Ramsahye et un surintendant ont donné des instructions pour qu?on prenne notre déposition. Mais là aussi, on m?a dit de ne pas parler et de ne pas trop m?étendre, sinon j?aurais parlé des antécédents de mon beau-frère qui a voulu nous agresser au sabre. »

Ce n?est pas de sitôt qu?Husna sera débarrassé de son mal de tête. De son côté, Sharif a subi plusieurs interventions chirurgicales à la jambe. Il devra subir une greffe prochainement. Les séquelles tant morales que physiques prendront du temps pour disparaître.

<B>Les frères terribles du Sud</B>

La promiscuité, quand on est issu d?une famille nombreuse, est cause de soucis. En août dernier, suite à une vieille querelle, un habitant du Bouchon, Trois Boutiques, Rakesh Ramasamy, 29 ans, a taillé son frère en pièces. Dev, 33 ans, qui partage avec lui la modeste bicoque familiale a eu la cheville droite amputée, l?autre jambe en partie sectionnée, les doigts des deux mains coupés et de multiples blessures peu reluisantes au corps. Dans cette famille, les querelles sont légion et se terminent bien souvent au poste de police. Dev et ses frères sont des blessés réguliers de l?hôpital de Rose-Belle. Mais Dev a été admis dans un état très critique au matin du vendredi 6 août, la cheville et les doigts enveloppés dans une serviette de bain. Rakesh s?est jeté sur lui le lendemain de sa libération sous caution pour lui avoir sectionné le pouce, avec l?aide d?un autre frère, lors d?une énième dispute. Heureusement que l?équipe médicale de l?hôpital de Rose-Belle a pu recoudre Dev en une seule pièce.

<B>Bilal en quête de soins</B>

Ce sont les efforts entrepris parles proches d?Husna pour Bilal qui auraient déclenché les hostilités entre les deux frères Nunnoo.

Âgé de douze ans, Bilal est confiné dans un fauteuil roulant depuis son accident. « Ena foi, li ankoler kan li get so bann kamarad zoue », soupire sa grand-mère maternelle. C?est pour le faire marcher à nouveau que l?aide des Mauriciens de foi musulmane a été sollicité en cette période de Ramadan.

L?argent recueilli permettra de financer un examen médical, voire un traitement, en Angleterre.

« Il a été suivi pendant des années à Maurice mais aucune amélioration dans son état n?a été notée », déclare Nasser Peerally, un grand-oncle.

Une quête nationale aurait pu être lancée, mais selon la loi, il aurait fallu faire appel au commissaire de police. Une enquête devra alors être initiée, mais le processus prendrait alors de temps. « Bilal a eu la colonne vertébrale écrasée.

Il souffre d?incontinence et nous devons changer ses couches plusieurs fois par jour », ajoute le vieil homme. Malgré le drame qui vient d?arriver, Nasser Peerally sollicite toujours une aide pour le jeune garçon. Il peut être contacté au 696.80.95. ou au 786.76.09.

Des dons en argent sur le compte 02010100076714 à la State Bank de Surinam sont les bienvenus.

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