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Christine D?Andrès entre deux voies
De Valais son village de montagne, si près du ciel, la chorégraphe suisse Christine D?Andrès, vit aujourd?hui au pied du Piton de la Rivière Noire, la plus haute montagne de l?île. En vérité, une colline ?qui ne fait même pas 1 000 mètres !? Mais celle que l?on aura pu voir, en novembre dernier, au Théâtre Serge Constantin, à Vacoas, lors du spectacle Tri-phase, Somewhere-Somewhat? & Déguisema? de Jean-Renat Anamah, noue, jour après jour, des liens étroits avec cette nature particulière de Petite-Rivière-Noire.
La chorégraphie différente qu?elle donnait à voir dans son solo Solitudes? ce vocabulaire minimaliste, selon trois espaces aux figures symboliques, le rectangle, le cercle et le losange ? nous a donné envie de mieux apprivoiser la chorégraphe-danseuse venue de l?espace vertical suisse. Et qui a choisi, pour un temps imprévisible, de vivre dans l?espace latéral de l?île-point 20° Sud. Envie de la voir évoluer dans son nouveau lieu de vie; de rencontrer aussi cette jeune mère qui relevait la gageure de monter sur scène, avec sa propre chorégraphie, trois mois après avoir donné naissance, en terre mauricienne, à Marie. Tom, le fils, a aujourd?hui trois ans.
Elle a su, avec son mari, Alexandre Guilloteau, un Français, délimiter judicieusement son espace de vie par un mur de pierres, qui l?isole de tout bruit et de toute présence indésirables. ?Notre premier chez nous?, dira Christine, est une maison racée, sous tuiles, aux lignes de la maison créole.
Dans cet amphithéâtre, avec vue imprenable sur la montagne, elle jouit, en toute tranquillité, des onomatopées de la nature, du chant des cascades, du souffle du vent, du vol du phaéton, du déploiement des heures bleues, vertes ou roses, selon l?humeur du temps. Aux heures chaudes, une piscine à angles droits, toute de pierres, étale son originalité, pour de ses eaux rafraîchissantes, rappeler à la Valaisane, un peu du frais montagnard. ?C?est un environnement idéal pour mes enfants en bas âge,? reconnaît Christine.
A l?intérieur, saisissant, un N?tcack, tenue de la tribu zaïroise, déploie au long du mur, ses mètres de rafia, aux motifs d?un patrimoine singulier. Du lit balinais à baldaquin, se suspend en tenture une calligraphie de son compatriote, le grand et merveilleux Paul Klee. Un lien de parenté avec la tenue zaïroise se laisse aisément décrypter.
Celle qui pratique le ballet classique depuis l?âge de 5 ans, tente de concilier études et danse. Elle sera, au long de ses trois courtes décennies, tantôt sur le rail de la danse, tantôt sur celui de la psychomotricité. Deux façons d?exploiter les possibilités du corps. Mais, auparavant, c?est une danseuse américaine qui lui donnera l?occasion ?de m?engouffrer à fond dans la danse contemporaine. De m?inscrire pour une audition chez Maurice Béjart, qui recrutait des danseurs pour sa formation de Lausanne.?
C?est le grand danseur qui l?a orientée : ?Il m?a fait comprendre que j?avais ma propre vérité à exprimer, sans m?enfermer dans le moule de l?un ou l?autre chorégraphe. Pour l?audition, c?était la première fois que j?avais l?occasion de créer une chorégraphie de 3 minutes. Parallèlement, j?étais reçue au concours d?entrée pour la motricité à l?université en Suisse.?
Danseuse, et plus tard chorégraphe, Christine D?Andrès, se nourrira aux trois sources marquantes de l?Argentine Noemi Lapzeson, pour l?émotion, l?improvisation, la possibilité d?introduire sa propre gestuelle; Philippe Saire, pour le mouvement dans sa linéarité et dans l?espace; et, à New York, de Trisha Brown. La première, ?une femme extraordinaire, très respectueuse du corps et du danseur?, formée chez Martha Graham.
On retrouvera chez Christine d?aujourd?hui, des traces de Merce Cunningham et de José Limôn, pour l?aspect technique. Car Trisha Brown, de la nouvelle génération des chorégraphes contemporains, celle qui a su sortir la danse du théâtre pour l?amener sur les toits, a aussi reçu une formation de Merce Cunningham et Jose Limôn, tout autant pionniers que Martha Graham.
Christine aura l?occasion de participer à un spectacle de rue valais, lors d?un festival Rainer Maria Rilke. Expérience exceptionnelle où l?on sent son public, mais où l?on doit compter avec leurs commentaires, les oiseaux qui chantent, le vent qui souffle? Où elle crée Carnets, travaillant avec un compositeur interprète et une actrice. C?est la rencontre avec un chorégraphe portugais qui déclenchera chez elle ?l?envie de créer mes propres spectacles. Je devais l?assister dans la gestion de sa propre compagnie. Et être en contact avec le scénographe, les musiciens?avec tous les aspects d?une création. A New York, je présente un solo de 15 minutes autour de la ville.? Il y aura Verticales Opales, où elle travaille avec un vidéaste et un écrivain.
A Maurice, elle ne trouve pas la fusion des cultures, comme elle l?espérait. Qu?importe, comme c?est le dialogue qui lui plaît dans la création, elle cherchera pour son troisième spectacle, la participation d?un écrivain, d?un sculpteur, d?un peintre, d?un vidéaste, d?un compositeur, d?une costumière? Non pas pour les diriger, mais pour leur vision d?un même thème, avec les langages différents, ?autour des liens entre un couple et les liens interculturels. J?aimerais ne pas tout dire; que le public participe à ce dialogue.?
La chorégraphe est très impliquée dans la psychomotricité. Malgré tout, elle a découvert aux cours d?Anne-Marie Porras, trois danseurs mauriciens qui l?ont impressionnée. Elle aimerait qu?ils participent à son spectacle. Qui compte déjà 45 minutes de chorégraphie avec JR Anamah, Natacha Petit, et Christian Rouget. Il y a aussi ses nouvelles richesses de mère? Spectacle qui serait joué ailleurs. ?Un théâtre en Suisse m?accueille déjà bras ouverts.? Toutefois, les aléas financiers demeurent. En attendant, Christine D?Andrès espère trouver une réelle rencontre des cultures, dans une créativité commune. ?Il y a un tel potentiel !?, souligne-t-elle.
?Christine a l?occasion de participer à un spectacle de rue valais, lors d?un festival Rainer Maria Rilke. Expérience exceptionnelle où l?on sent son public, mais où l?on doit compter avec leurs commentaires, les oiseaux qui chantent, le vent qui souffle??
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