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Christian, tué à cause d?un chat
C?était un petit cordonnier tranquille qui entretenait de bonnes relations avec ceux dont il partageait la chambre. Un homme « vaillant », dit Charlie Simon, 78 ans, son ami. Après une vie de labeur, il coulait une douce retraite. Elle sera cruelle désormais. En effet, Régis Cassepierre est derrière les barreaux.
Est-ce la misère de la solitude qui l?avait amené à s?attacher passionnément à un chat qui traînait dans les parages ? Toujours est-il que ce serait après que Christian Herminette, un des deux agents de maintenance, s?est débarrassé de ce chat devenu galeux, que Régis Cassepierre a tué.
« Il était parfaitement sain d?esprit. Cela faisait deux ans qu?il vivait à l?hospice et paraissait tout à fait normal. Aussi normal que vous et moi », confie Marie-Françoise, la secrétaire du directeur. Un sentiment partagé par ce dernier, Frère Albert. Même si le manager, un Indien du Kerala, n?est responsable de l?établissement que depuis trois mois.
« Un garçon bien gentil qui faisait son travail? »
Aujourd?hui, la vie semble avoir repris son cours à la Maison St-Jean de Dieu. Certains résidents jouent aux cartes ou aux dominos sous la véranda, appréciant la quiétude du lieu et la brise légère qui souffle en ce début d?après-midi. D?autres regardent la télévision, quand ils ne fixent pas le vide, absorbés par de lointains souvenirs. D?autres, souffrants, dorment dans la chambre qu?ils partagent à trois.
Mais ce sentiment de normalité n?est qu?apparent car les résidents, comme le personnel, sont sous le choc du déchaînement de violence qui s?est produit à l?hospice le 23 novembre dernier. Ce jour-là, aux alentours de 13 heures, Christian Herminette est attablé dans la salle à manger, donnant le dos aux entrées principales.
Il ne voit pas venir Régis Casse-pierre, un des résidents qu?il côtoie pourtant tous les jours. Celui-ci s?est emparé d?une tringle en bois de deux pieds. Le septuagénaire se glisse derrière Christian Herminette et lui assène plusieurs coups sur la tête. Hurlant de douleur, l?officier de maintenance s?écroule par terre. Son forfait accompli, le sexagénaire prend la fuite.
Dans la salle à manger, c?est la panique. Alerté par des cris, Frère Albert, qui déjeunait dans ses quartiers, accourt et voit son employé par terre, à demi inconscient. Il appelle le Service d?aide médicale d?urgence qui transporte le blessé à l?hôpital. Dans un premier temps, les médecins qui s?occupent de Christian Herminette, pensent à l?opérer. Mais vu la gravité de son état ? fracture du crâne ? ils se ravisent.
Régis Cassepierre est arrêté le lendemain de l?agression et une accusation provisoire d?homicide est logée contre lui. Après six jours de coma, Christian Herminette meurt. Le Dr Satish Boolell, le médecin légiste qui pratique l?autopsie, attribue la mort du quadragénaire à une fracture du crâne avec lacération au cerveau et hémorragie cérébrale.
Les résidents ont beau chercher à comprendre, ils ne s?expliquent pas cet acte de violence gratuit. Régis Casse-pierre n?a pas pu s?être disputé avec Christian Herminette. Personne n?en a rien vu du moins. Et l?employé de l?hospice est décrit, par les uns et les autres, comme « un garçon bien gentil faisant son travail en vitesse ».
Les funérailles de Christian Hermi-nette ont eu lieu mardi à l?église St-François-Xavier. Sa dépouille a été inhumée au cimetière de la localité. Aline, sa veuve, qui dépendait presque exclusivement de lui financièrement, maudit ce revers de fortune qui la prive de son homme, mais aussi d?une partie importante de ses revenus. « Pa kone kouma pou viv apre Christian. Si li ti malad, mo tia konpran. Me li ti an bonn sante. Enn kout koum sa li disparet, li bien dir. Se enn mofinn ».
Elle et Christian étaient mariés depuis 14 ans. C?est pour sa nature dé-brouillarde que Christian, embauché au départ pour s?occuper des vieux à l?hospice, a été promu officier de maintenance. Tâche dont il s?acquittait avec plaisir car selon sa femme, le travail était tout pour lui. « Nimport ki travay li ti kone. Et kan li fini travay, li kontan travay andeor kot li gaigne. »
Un geste qui lui a coûté la vie
Il aimait également rendre service et avait bon c?ur puisque, s?il décrochait un petit boulot hors de l?hospice, il en faisait profiter ses amis qui avaient des difficultés financières. Il évoquait rarement ses responsabilités professionnelles. De sorte que s?il avait eu maille à partir antérieurement avec un résident, Aline ne l?aurait pas su.
Le mobile probable de cet homicide serait l?attachement de Régis Casse-pierre à son chat galeux qu?il nourrissait en secret. La bête furetait partout dans l?hospice et cela insupportait Christian Herminette. Trois jours avant le drame, ce dernier s?en est débarrassé. Ce geste lui a coûté la vie. Triste fin?
Un hospice ouvert, sans problème
Ce terrible drame met en avant le problème de la sécurité à la Maison St-Jean de Dieu. Que ce soit pour les 24 membres du personnel, dont quatre Frères, que pour les 70 résidents de 60 à 98 ans, dont 14 sont des résidents payants. Le Frère Albert, le Manager de l?hospice, ne le voit toutefois pas de cet ?il-là. Ses résidents sont des personnes âgées, souffrant peut-être d?un handicap physique, mais pas de troubles mentaux pouvant les rendre violents. Pour lui, il s?agit purement et simplement d?un incident isolé. « Cela fait 28 ans que cet ancien hôpital pour pauvres a été transformé en hospice, et nous n?avons jamais connu ce type d?incident.» Comme l?hospice est un lieu ouvert, les résidents sont autorisés à sortir durant la journée. Certains dépensent même en boisson leur argent de poche fourni par l?État. Souvent, ils sont ramenés à l?hospice par des policiers.
Il arrive aussi qu?il y ait des prises de bec entre résidents, mais elles sont toujours sans gravité. S?il ne pense pas qu?un incident de ce type puisse se reproduire, le Frère Albert a tout de même réuni son personnel au lendemain de la mort de Christian Herminette pour les rassurer. « Je leur ai expliqué ce qui s?était passé, pourquoi, et précisé qu?il s?agissait d?un incident isolé. Ils ont compris. On ne peut prévenir de tels actes car ils sont inattendus. Je crois que cela ne se répétera jamais ». Dieu l?entende !
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