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Christian Némorin, une île autopsiée
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Christian Némorin, une île autopsiée
Odo a tué. Il est en train de le payer. Il n?a que 30 ans. Sa sentence elle durera 40. Odo est désormais seul. Sa femme est partie sans laisser d?adresse. Ses proches «ont pris l?aspect d?ombres fuyantes». Son seul lien avec l?extérieur c?est son avocat.
Son histoire défile. Celle d?un prisonnier politique. Sous la plume de Christian Némorin, qui sort Une île inachevée, roman chez Mascarenhas Editions.
Nous sommes loin de la légèreté de son précédent ouvrage Mille petits quotidiens à l?île Rodrigues. Nous avons quitté le climat ensoleillé des souvenirs d?enfance pour plonger dans le souvenir d?un condamné.
C?est comme une âme éteinte qui raconterait le temps où elle était vivante. Pulsante dans un monde peuplé de «gourdins, bâtons, machettes, circulent entre les uniformes kaki de la police coloniale».
Un univers peuplé de superstitions
Une vie, où tout arrive pour les mauvaises raisons. Exemple : chez monsieur Donnedieu, professeur de piano, quand on lui demande pourquoi il est là, Odo répond, «mes parents disent que jouer du piano fait paraître important. Ils m?ont aussi dit que j?ai de la chance d?apprendre avec monsieur Donnedieu». On sent tout de suite le gosse enfermé dans les préjugés de ses parents. Le gosse qui ? sans le vouloir ? ? fait de la lèche au prof.
Un cours de piano qui se transforme bientôt en cours d?histoire contemporaine. Au profit de trois amis : Gino-Claude, Fauvero et Odo. Sans oublier le pote Coïncide.
C?est tout un univers peuplé de superstitions que Christian Némorin fait revivre. Celle des loteries songes, ce jeu qui consiste «à acheter un chiffre en énonçant le numéro comme un coup de vent par une fente dérobée dans la roche. Sans mot dire, une mystérieuse main remet le bout de papier sur lequel est inscrit le numéro. Celle du vêtement retourné à l?envers sur le passage d?un défunt.
On sourit souvent. On imagine beaucoup cette époque révolue. On en arrive presque à oublier que le narrateur est emprisonné. Mais on ne perd jamais de vue qu?il a tué. Au fil du récit, on se demande qui ? Lui qui est «condamné pour un crime commis en me trompant de cible».
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