Publicité

Chitrakoot : quartier fantôme en devenir

29 août 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

?Dans 25 ans, plus personne ne vivra à Chitrakoot?, déplore Jayparsad Hookoom. Impuissant, ce sexagénaire assiste depuis deux ans à la désertion du village qui l?a vu naître et grandir. Après les grosses averses de mars 2005 et le passage du cyclone Hennie, les maisons de Chitrakoot ont pris le large. Leurs occupants n?ont pas tardé à leur emboîter le pas.

Si la reconstruction a été un temps évoquée, les propriétaires des maisons les plus endommagées ont, bien vite, dû se résoudre à l?évacuation. Une à une, les habitations se sont vidées.

Les propriétaires, soucieux de s?installer sur une terre plus stable, ont laissé derrière eux des maisons portant de profondes cicatrices. Lézardes plus ou moins importantes et vitres éclatées? Autant de preuves du drame qui s?est joué et qui se joue encore à chaque averse dans ce paisible hameau niché au flanc de la montagne de Vallée-des-Prêtres.

<B>Evacuation nécessaire</B>

Ce problème de glissement de terrain ne date pas d?hier. Neermal Ramdin a grandi à Chitrakoot. Sa maison compte parmi celles qui ont été les plus endommagées par le glissement de terrain de mars 2005. Elle est littéralement coupée en deux. ?Lorsque nous étions encore enfants, nos grands-parents nous parlaient déjà des glissements de terrain sauf, qu?à l?époque, les maisons étaient en tôle. C?est avec l?apparition des maisons en béton que les problèmes ont vraiment commencé?, raconte Neermal. Apparaissent alors les premières fissures qui prennent de l?ampleur à chaque averse. Celles de mars 2005 seront fatales. Une cinquantaine de familles sont touchées et 13 doivent évacuer les lieux.

Lilawuttee Sookrah, la soixantaine bien entamée, est de celles-là. La vieille dame se souvient de ce matin de mars 2005 où elle constate que sa maison ?inn fann an de?. Les dégâts ?trop importants? ne lui permettent pas d?envisager l?avenir à Chitrakoot. Depuis deux ans, ?en attendant de bénéficier d?un emprunt pour construire une nouvelle maison sur le lopin de terre qu?(elle) a obtenu à Terre-Rouge?, Lilawuttee vivote à Chitrakoot. Deux années pas toujours faciles.

Il n?empêche que Lilawuttee se dit triste de quitter Chitrakoot, qui renferme tellement de souvenirs. Le village a vu la naissance de ses enfants, leur mariage et la naissance de ses petits-enfants? ?Mais comment continuer à vivre ici ? Quand il pleut, la maison coule. Des rats courent dans tous les coins. Les vitres continuent à craquer quand elles n?explosent pas?, raconte Lilawuttee. Les planches appuyées aux fenêtres empêchent la pluie de pénétrer dans la maison de même que la lumière. Ce qui n?arrange en rien l?humidité ambiante. Il faut aussi dire que, contrairement à la capitale, à quelques kilomètres de là, il ne fait pas très chaud sur les hauteurs de Vallée-des-Prêtres.

Assise devant sa maison, Kokil Boodhoo est emmitouflée dans une petite laine. De prime abord, sa maison paraît moins abîmée que celle de ses voisins. C?est peut-être pour cela qu?elle n?a pas obtenu de terrain de l?Etat. Mais Kokil n?en démord pas. ?Mo lakaz inn bese et miray inn fann partou.? Avec l?aide de ses enfants et des voisins, la vieille dame a bien essayé de colmater les fissures. Rien à faire : la maison coule toujours. ?Avec l?eau qui pénètre dans la maison à chaque averse, la peinture en a pris un coup. Elle s?écaille et même les meubles ont pourri.? Une situation qui n?est pas pour arranger l?état de santé précaire de son époux alité. Chaque soir, lorsqu?elle se couche, Kokil a peur. ?Peur que sa maison ne (lui) tombe sur la tête.?

<B>Construction en cours</B>

C?est cette même peur qui a poussé plusieurs habitants de la localité à partir. Car tous s?accordent à dire que si Chitrakoot a toujours été ?un super endroit pour vivre?, ce n?est malheureusement plus le cas. Les glissements de terrain effraient. Mais pas tous visiblement. Il y a ceux qui veulent la reconstruction de l?école sur le site même où le bâtiment a déjà cédé en deux fois. Et puis ceux qui ?persistent? et continuent à construire des maisons à Chitrakoot.

Neermal Ramdin dit comprendre ceux-là même s?il émet quelques réserves. ?Ils sont propriétaires d?un terrain à Chitrakoot. Où vont-ils construire leur maison si ce n?est ici ?? Mais lui, on ne l?y reprendra pas. ?C?est jeter l?argent par les fenêtres que de construire à Chitrakoot. Nous sommes attachés à notre terrain mais nous n?avons pas le choix. Il faut partir. Ce sera toujours notre terrain. Peut-être qu?un jour ce ne sera plus dangereux. Alors, nous pourrons revenir??

<B>Valérie OLLA</B>

Publicité