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Chateaubriand, le romantique invétéré

5 septembre 2004, 20:00

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Son épitaphe est la suivante : Un grand écrivain français a voulu reposer ici pour n’entendre que la mer et le vent. Passant, respecte sa dernière volonté.

En ce qui concerne la mort de l’auteur le 4 juillet 1848, la Révolution française s’est tue. Bonapartiste, déçu de la Restauration, légitimiste par fidélité, en 80 ans de vie, François René Chateaubriand aura tout connu.

Ecrivain et homme politique, il a laissé une œuvre où culminent les Mémoires d’outre-tombe, monumental récit autobiographique et épique dans lequel l’auteur fait l’analyse d’un demi-siècle décisif (1789-1848) où la France en révolution, bascule de l’univers rural et monarchique de l’Ancien Régime à une société, précurseur de l’ère industrielle.

Une transition que Chateaubriand a signalé à travers une mise en scène destinée à frapper les esprits. Il “descendit hardiment, le crucifix, en laissant à ses pieds une grande caisse en bois blanc contenant le manuscrit des Mémoires d’outre-tombe. L’espoir d’attacher à son nom une gloire sans fin y était enfermé, dernière compensation d’une carrière politique en deçà de ses espérances.”

Ses paires le critiquent. Ils notent que l’auteur vieillissant, sait que ses romans Les Natchez, les Martyrs n’ont guère de lecteurs, que le style du Génie du christianisme, paru en 1802, est défraîchi.

Mais le quasi octogénaire, oscillant entre le temps et l’éternité, “qu’il a poétiquement courtisée parce qu’il la redoutait affreusement”, se mue à tout jamais en enchanteur, celui dont la langue fascine et charme. Des écrits musicaux entre “l’effet et le sens”, pour mieux procurer la “volupté faite mot.”

Plus tard, l’on dira que sa conscience était en paix. C’en était fini des fades “bergeries” et des cœurs attendris. Place aux âmes tourmentées et aux grands espaces vierges ! C’est l’état d’un cœur trop plein dans un univers vide de tout objet à sa mesure. La faute en incombe à l’adolescence déjà inquiète et inactive, aux révolutions manquées et à celles qui l’ont mis hors jeu, à l’état d’homme en général.

Les ouvrages de Chateaubriand marquent aussi l’avènement sur la scène littéraire des auteurs engagés dans la vie réelle de leur temps. Chateaubriand conte des événements dont il est auteur et peint les paysages dont il fut spectateur.

La fascination des terres lointaines et des cultures exotiques hante son œuvre, dont les héros se situent au bord extrême où il leur faut choisir entre la fidélité à soi et le passage à l’autre, qu’il prenne la forme d’un camp ennemi, d’un culte étranger ou d’une civilisation différente.

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