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Chapeau bas l?artiste !
Il y a des réveils comme cela. Celui où vous vous demandez si les phrases entendues, ou les expériences vécues, ne sont qu?un simple tour de votre subconscient, ou si c?est bien la réalité. Cette réalité qui est trop dure à accepter. Celle où le handballeur Jackson Richardson quitte la scène internationale.
C?est un magicien du jeu qui tire sa révérence. Un artiste comme on en voit rarement dans une discipline où un simple geste technique soulève l?admiration. Il en avait une kyrielle, les uns plus déments que les autres.
?Le souci de Jackson porteur de balle a longtemps été de séduire, de proposer l?exceptionnel, plutôt que d?assumer le basique ou l?essentiel?, écrit, d?ailleurs, le Français Daniel Constantini, dans son livre Paroles de Coach.
Daniel Constantini est, pour information, le seul entraîneur d?une discipline collective en France à mener son équipe, par deux fois, au sacre mondial. Réputé pour être avare de compliments, il a pourtant trouvé les mots justes pour qualifier ?celui qui nous a permis d?atteindre les étoiles?.
Etait-ce suffisant pour atteindre une telle notoriété ? Évidemment que non. Jackson Richardson fait partie de cette graine de sportif qui allie la gloire à la simplicité. Le sérieux à l?auto-dérision. L?aliénation du travail au plaisir. On lui donnerait du noir et on ne s?étonnerait pas qu?il le transforme en blanc? Faut-il d?ailleurs s?étonner qu?il avait eu l?immense honneur d?être le porte-drapeau de l?Hexagone lors des Jeux olympiques d?Athènes ?
On aura compris, le Réunionnais est un exemple vivant que la pratique sportive même au plus haut niveau est avant tout un jeu. Métamorphoser une discipline virile à souhait en un jeu ludique n?est pas donné au commun des mortels. ?Ce n?est pas pour rien s?il est considéré comme le handballeur le plus charismatique de la planète. Sa bonne nature lui vaut, en plus d?être sympathique, l?estime de ses partenaires, le respect de ses adversaires et l?adoration du public?, écrit Daniel Constantini.
?L?adoration du public?, parlons-en. Nul besoin d?aller demander au Français le degré de sa notoriété. 2002, Jackson Richardson fait un saut à Maurice le temps d?un match de gala face à la sélection mauricienne. Il est accompagné de quelques potes, pros comme lui.
À cette époque, le handball local est une discipline en pleine expansion. Le gymnase Pandit Sahadeo à Vacoas pourra, au mieux, attirer plusieurs centaines de spectateurs, se disait-on. Quelle ne fut pas la surprise de découvrir un gymnase bondé, pas avec des amateurs de la discipline mais avec des individus qui n?avaient proprement rien à faire avec le handball. Certains s?asseyaient à même le sol.
La seule idée de voir Monsieur Richardson à l?oeuvre avait fait déplacer la foule. Imaginez maintenant que jeunes et vieux avaient également l?occasion de le toucher où de se faire prendre en photo à côté de la star? vous comprendrez pourquoi pendant la rencontre, il fallait refouler des gens à la grille d?entrée et à la fin de la rencontre ? remportée évidemment par Richardson et son équipe ? empêcher d?autres ?d?étouffer? le Réunionnais.
Cet événement qui, au final, avait attiré pratiquement deux mille personnes, avait démontré à quel point la renommée de ce personnage dépasse les frontières. Le handball a été la rampe de lancement pour une carrière qui le place désormais en orbite autour de la planète sport.
Champion de France, Champion d?Europe, Champion du monde mais pas de titre de Champion olympique. Qu?importe, il le remplacera par le titre de Champion de Modestie?
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