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Cette trop longue attente à l?hôpital Victoria

11 septembre 2008, 00:00

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Voilà deux heures qu?un jeune homme a débarqué du chantier de l?hôpital Apollo, à Réduit, la main gauche ensanglantée. Deux heures que Nawaz Boodhoo souffre à l?hôpital Victoria, à Candos. «On a nettoyé ma plaie mais on ne m?a rien donné pour calmer la douleur.» Arrivé à11 h 30 à l?hôpital, il sera finalement reçu par un médecinà 14 heures.

Certes, les locaux des urgences ont ouvert leurs portes au public il y a tout juste un mois. Mais le visage crispé, Nawaz Boodhoo, n?en a cure : il veut être vu par un médecin le plus rapidement possible.

Nawaz, technicien en climatisation, s?est perforé la main en installant un climatiseur. Il fait le brave mais, du haut de ses 21 ans, cet habitant de L?Escalier n?en mène pas large et son sourire se transforme en grimace. Mamade Frappier, son ami et collègue qui l?accompagne, s?emporte. «Normalement ne devrait-on pas donner priorité aux cas comme le sien ? Ena dimoun kinn ariv apre nu ki pe pass avan nou. Isi, se ki gagne ti malad avek se ki grav, tou parey.»

N?y tenant plus, Nawaz va aux nouvelles. Devant la porte des cabines de consultation, un infirmier fait barrage. Un coup d??il sur la plaie du jeune homme et il lui fait signe d?attendre qu?un des médecins se libère. Excédé, Mamade s?exclame : «Il n?y a pas assez de médecins.»

Le Dr Gooroodeo Bauljeewon, Regional Health Director de l?hôpital Victoria, nuance ces propos. «Normalement, quatre médecins travaillent aux urgences. Mais entre 11 h 30 et 13 h 30, ils ne sont plus que deux. C?est pour cela qu?à ces heures-là, l?attente est plus longue.»

Ce manque de médecins à l?heure du déjeuner a bien sûr des répercussions sur la consultation de l?après-midi. Et une fois rentrés, les médecins s?attellent à rattraper le retard accumulé.

«40 patients par heure»</B>

Namkishore Beeharry est, lui, persuadé que l?attente est plus longue depuis que les urgences ont emménagé dans les nouveaux locaux. «Il est vrai qu?ici la salle est plus grande et plus propre mais l?attente est très longue. Trop longue», soutient ce policier de 38 ans. Cela fait deux jours de suite que cette victime d?un accident de moto se rend à l?hôpital pour des soins.

Des malades comme lui, les médecins en voient défiler quelque 1 200 chaque jour. Des hommes et des femmes, des jeunes et des moins jeunes, à qui ils ne peuvent consacrer plus de deux minutes. «Ils doivent voir environ 40 patients par heure. S?ils vont au-delà de deux minutes par patient et lui consacrent une dizaine de minutes comme c?est le cas dans le privé, ceux qui arrivent à l?hôpital à 9 heures ne le quitte-ront qu?à 16 heures», plaide le Dr Gooroodeo Bauljeewon.

Recroquevillée sur sa chaise, Gianee Pynee est lasse d?attendre. Elle est dégoûtée. Surtout, qu?au final, cette attente est bien mal récompensée, estime cette femme de 52 ans, venue de Vacoas. «Vous n?êtes qu?un numéro pour eux, ronchonne-t-elle. Ils ne vous regardent même pas. Voilà dix ans que je suis un traitement ici pour des douleurs aux reins et aux jambes et ils ne me connaissent toujours pas ! Vous n?avez même pas le temps de finir d?expliquer au médecin toute votre souffrance que l?on fait déjà entrer le patient suivant.»

Il suffit que l?infirmière pénètre dans la salle d?attente munie des cartes des patients pour que ceux-ci soient à l?affût. Assis sur le bord de leur chaise, ils guettent ses moindres faits et gestes, prêts à bondir dès qu?ils entendront leur nom. Ils piaffent tellement d?impatience qu?ils se bousculent et mettent aussi à mal l?organisation du service.

C?est ainsi que le médecin qui a ausculté Gianee Pynee l?a prise pour une autre. «Ce n?est que lorsque je me suis présentée au comptoir pour récupérer mon dossier que je me suis rendu compte que le nom de quelqu?un d?autre y était inscrit», s?indigne-t-elle. Arrivée peu avant midi, Gianee a d?abord vu un généraliste. A 14 h 30, elle attend toujours d?être reçue par un orthopédiste?

En bleu de travail, Richard Sirop se fondrait presque dans le décor. Assis sur sa chaise bleue, la tête appuyée au mur bleu, il fixe le sol, bleu lui aussi. Pour leursnouveaux locaux, les services hospitaliers ont préféré le bleu lumineux au vert déprimant des anciens locaux.

Richard, lui, ne tient pas en place. Se lève. Se tient les reins. Se rassied. Attend que la piqûre que lui a faite le médecin fasse son effet. Alors en attendant, il peste. Contre les allées et venues qu?on lui fait faire. «Tou pa en plas. Fer ou guet dokter isi, apre envoy ou enn lot plas pu guet enn lot dokter. Lerla fer ou retourn isi. Pa fasil», se plaint ce trentenaire qui, à force de soulever des caisses de bière pour gagner son pain, s?est fait un tour de rein.

Pour le Dr Gooroodeo Bauljeewon, c?est une question de temps. «Il est normal d?attendre en moyenne deux heures et demie quand on doit consulter plusieurs médecins et faire des examens.»

De plus, des patients, désorientés par les nouveaux locaux, perdent beaucoup de temps à errer d?un service à un autre. Un remède serait d?afficher des indications plus claires. Mais un obstacle majeur demeure : satisfaire autant de patients en si peu de temps?

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