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Cette canneà tout faire
Aller au-delà de son pouvoir sucrant. Pour tirer partie des trésors que la canne à sucre recèle. L?île Maurice, à l?image de beaucoup de pays, explore de nouveaux procédés permettant d?extraire des sous-produits très divers à partir de la canne ou de ses dérivés. Du savon ou du gommage au sucre en passant par la « sucrochimie », les biotechnologies ou l?éthanol, tous ces produits sont au c?ur de l?actualité.
Il faut dire que la baisse de 36 % du prix du sucre sur le marché européen et la compétitivité des autres pays producteurs favorisent cette nouvelle donne. La place qu?occupe le sucre dans notre quotidien et dans la mémoire collective demeure grande (n?apprenions-nous pas, jadis, à l?école, qu?il était « the backbone of our economy »).
Les temps ont changé mais, aujourd?hui encore, dans chaque famille il est porteur de souvenirs, nostalgiques ou douloureux, continuant à façonner une culture sur laquelle se construit notre identité. Il est ce savoir-faire mauricien développé depuis trois cents ans et qu?il importe de conserver en mémoire de nos ancêtres qui ont travaillé la terre pour en extraire cette saveur. Pour faire ériger « ce roseau qui donne du miel sans le secours des abeilles ».
<B>Une plante au service de l?artisanat</B>
Cinquante ans que Ramsamy Thodda confectionne des tableaux à l?aide de canne à sucre. « Tou mo itilize, la pay kann, so fey, so baguet, so tron. » Aujour-d?hui, à 83 ans, il a quelque peu levé le pied. Mais la relève est bel et bien assurée. Sa fille Ambeegaye Thodda Chelapen en fabrique trois par jour et sa petite-fille Devasena y montre aussi un réel engouement.
« Les Indiens font bien de l?artisanat à base de paille de riz. Je m?en suis inspirée et c?est normal que j?utilise la matière propre à mon pays. Il faut nous adapter à nos ressources », confie Ambeegaye. C?est ainsi que s?exposent devant nos yeux divers tableaux dessinant des courbes de montagne ou l?ossature d?un bateau agrémentés de cadres faits de tiges que renferment les feuilles de canne à sucre.
D?autres artisans ont eu la judicieuse idée d?évider des morceaux de canne pour y verser de la cire donnant naissance à des bougies d?une originalité déconcertante. À l?instar de celles qu?on découvre dans la boutique de L?Aventure du Sucre.
<B>Électricité et Éthanol, des dérivés prometteurs</B>
Des dérivés de la canne, l?île Maurice a choisi deux axes : la co-génération de l?électricité et la production de l?éthanol. Il faut rappeler que l?industrie mauricienne a été la première au monde à exporter l?électricité à la grille nationale à partir de la bagasse et ce, depuis 1957.
Aujourd?hui, avec des centrales thermiques à haute pression, l?industrie sucrière fournit 45 % de l?énergie électrique de Maurice dont la moitié à partir de la bagasse. Cette production ira en augmentant car l?année prochaine, la plus grosse centrale thermique de la bagasse au monde entrera en opération à Savannah. À terme vers 2012, l?industrie produira 700 gigawatts heures d?électricité à partir de la bagasse. En plus, il y a des possibilités d?utiliser les feuilles et la paille laissées aux champs actuellement. Ce qui pourrait représenter plus de 250 gigawatts heures si 400 000 tonnes de feuilles et autres résidus étaient expédiés à l?usine. « Mais il y a des perspectives encore plus grandes si les cannes à forte teneur en fibre, actuellement en expérimentation, sont trouvées aptes à la culture commerciale. Nous dépendrons alors bien moins du pétrole dont le prix ne cesse d?augmenter pour produire notre électricité », constate le Dr Autrey, directeur du MSIRI.
Quant à l?éthanol, des 150 000 tonnes de mélasse produites par an à Maurice, on pourrait produire quelque 33 000 tonnes. Si l?éthanol est ajouté à l?essence pour nos véhicules dans une proportion de 20 %, nous en utiliserons 18 000 tonnes. Il y aura donc suffisamment d?éthanol pour le marché local et on pourra même en exporter ou fabriquer des produits à base de l?éthanol localement comme l?acide acétique, l?acétone, le « butanol ». L?éthanol pourrait même être produit à partir du jus de canne et pourrait alors être utilisé en « biodiesel ».
<B>Un sucre à valeur ajoutée</B>
Étonner nos papilles avec un produit qui, a priori, semble si simple. Faire découvrir les atouts nutritionnels des sucres spéciaux. Démontrer que le sucre a de l?arôme. Telles sont quelques-unes des sirupeuses tâches de Caroline Semonella-Martial de L?Aventure du Sucre. La clientèle mauricienne a, désormais, accès à son produit terroir, elle, qui a été souvent obligée de consommer du sucre importé quand la récolte est déficitaire. Quel paradoxe ! Bien qu?une grande partie des sucres spéciaux est vouée à l?exportation pour répondre au besoin d?un marché haut de gamme, rapportant ainsi des devises, il demeure que les Mauriciens goûtent, aujourd?hui, au Muscovado, au Demerara, au « Golden Granulated », au « Coffee Crystal », au sucre « mélassé »?
« Le protocole du sucre change ainsi que les m?urs.
Les consommateurs aspirent de plus en plus à des critères de qualité, et les sucres spéciaux, outre leur variété gustative, répondent à ceux-là. Ils sont riches en nutriments comme le magnésium, les vitamines et les minéraux. Ils font appel à tous les sens, du visuel à l?olfactif », rappelle Caroline.
Il est de notoriété publique que le sucre blanc ou le sucre raffiné n?apporte que des calories vides, ce qui revient à ingurgiter un produit sans vertu nutritionnelle. Ces sucres spéciaux au nombre de 16, peut-être labellisés un jour, feront longtemps partie de l?identité culinaire mauricienne.
Vous pourrez d?ailleurs découvrir tout cela au Festival de cannes à sucre du 3 au 6 août à L?Aventure du Sucre.
<B>L?ivresse de la canne</B>
Comment envisager la canne à sucre sans son incontournable rhum ? La distillerie n?a-t-elle pas été longtemps considérée comme une annexe de la sucrerie visant à tirer profit du jus de canne et de la mélasse. Ce ne sont pas les initiés tels que Jacques Bourelly de la Maison du rhum de Saint-Aubin qui en diront le contraire. Il ne faut surtout pas confondre le rhum agricole, qui est le produit de la fermentation et de la distillation
du jus de la canne à sucre (le Vesou), au rhum industriel qui est issu de la mélasse, un résidu de fabrication de sucres non cristallisables que l?on fait fermenter avant distillation. Pendant les étapes de la production, la séparation des trois parties du rhum est effectuée : le rhum de tête, le c?ur de chauffe et le rhum de queue. « À Saint-Aubin, seul le c?ur de chauffe, la meilleure partie du rhum, est utilisé. Avant son embouteillage, le rhum est réduit à son degré de commercialisation (40 % à 50 %) par adjonction d?eau de source », explique Jacques Bourelly. Une partie de la production est réservée au « Rhum Saint-Aubin Vanille »,et une autre est destinée au vieillissement en fûts de chêne.
<B>L?avenir est dans le « bio » </B>
L?avenir de la canne se trouve très probablement dans la bioénergie puisqu?elle représente une biomasse renouvelable qui séquestre 20 tonnes de dioxyde de carbone à l?hectare par an et ainsi mène à la mitigation des gaz à effet de serre.
Une perspective très brillante dans le monde puisqu?il est estimé qu?à l?an 2025, la canne à sucre occupera 147 millions d?hectares contre 21 millions d?hectares actuellement. De cette biomasse se matérialisera le concept du « bio-raffinage ». Ce ne sera plus le sucre, l?éthanol ou l?électricité que fournira la canne, mais probablement toute une gamme de produits qui sont actuellement dérivés du pétrole, par exemple, le plastique biodégradable.
Au Mauritius Sugar Industry Research Institute (MSIRI), les recherches ont été initiées dans ce domaine et la matière plastique biodégradable a été récemment produite pour la première fois. Ce qui remet l?exploitation de la canne dans une autre perspective.
Les aspects économiques de la production de tels dérivés doivent faire, toutefois, l?objet d?études approfondies. « La canne à sucre est l?espèce la plus efficiente du règne végétal. C?est une véritable ?bio-usine?d?où on produira, avec le concours du génie génétique, des molécules à haute valeur ajoutée dont les vaccins et les produits pharmaceutiques dans le moyen terme. Ce fameux roseau ne sera plus qu?un roseau sucré, mais une usine vivante avec des potentialités énormes », rappelle le Dr Jean-Claude Autrey, directeur du MSIRI.
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