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Ces défaillances qui minent la lutte
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Ces défaillances qui minent la lutte
Les chiffres sont effrayants et confirment que le pays va au-devant d?une catastrophe sanitaire, s?il continue à se voiler la face. Ainsi, pour les douze derniers mois, il n?y a ja-mais eu autant de nouvelles contaminations : 900 cas répertoriés. Jamais on n?a compté autant de porteurs du virus chez les utilisateurs de drogues injectables. Ces derniers représentent 96 % des nouveaux cas. En bref, on assiste à une augmentation de 200 % sur les deux dernières années et? 1 300 % en 5 ans.
On peut reconnaître que l?accès au traitement antirétroviral s?est nettement amélioré ces dernières années, si l?on ne tient pas compte des quelques ruptures de stock sporadiques auxquelles les malades ont eu droit. Ces derniers vivent plus longtemps et ont une meilleure qualité de vie.
De janvier à fin octobre 2005, 801 nouvelles contaminations ont été enregistrées. Parmi celles-ci, 746 personnes sont des consommateurs de drogues injectables. Les 55 individus restant ont contracté la maladie par voie sexuelle. « De ce côté, on note une stabilisation. Le plus gros problème, c?est l?interaction entre la consommation de drogues injectables et les rapports sexuels non protégés », estime le Dr Renaud Ng Man Sun, National Aids Coordinator à l?Aids Unit.
Peut-on alors déduire que les programmes de prévention du VIH ont joué un rôle essentiel dans la baisse des infections chez les personnes qui ne se droguent pas ? « C?est vrai qu?on assiste à un changement de comportement. Avec Pils, nous distribuons une grande quantité de préservatifs chaque année. Le 1er décembre 2004, la Barclays avait épuisé ses 4 000 capotes durant la campagne de lutte contre le sida », poursuit encore le médecin.
Il y a encore du chemin à faire
Mais c?est encore très insuffisant, estime Nicolas Ritter, le porte-parole de l?Association prévention, information et lutte contre le Sida (Pils). « Il y a une insuffisance d?information au niveau des médias, mais surtout au niveau des écoles. L?Aids Unit sensibilise certes les jeunes, mais il aurait fallu offrir une éducation sexuelle dès l?école primaire. »
Toutefois, être informé et se comporter en conséquence, sont deux choses différentes. « Beaucoup savent que le préservatif protège du virus, mais pour x raison, ils ne l?utilisent pas », soutient le Dr Ng Man Sun. Ce qui explique les chiffres alarmants publiés dans le dernier rapport de l?Onusida (agence onusienne pour mettre en commun les efforts de lutte contre le sida). En 2005, on compte plus cinq millions de nouvelles contaminations dans le monde.
Autre insuffisance : le dépistage. Le centre de Candos fait un travail admirable et l?approche professionnelle des responsables est souvent soulignée. Mais un seul centre ne suffit pas. Les personnes les plus exposées aux risques ? les utilisateurs de drogues injectables, les travailleurs du sexe ? ne sont pas atteintes par les stratégies de prévention et de traitement du VIH.
Il y a encore du chemin à faire. Mais Pils répond catégoriquement non à ceux qui plaident pour le test obligatoire.
« On assisterait au phénomène inverse car on ne peut pas obliger une personne à subir le test. Nous sommes, en revanche, pour une proposition systématique du test avant le mariage. »
Il faut aussi signaler un défaut devenu chronique, 18 ans après l?émergence du premier cas, à savoir la discrimination dont souffrent les personnes atteintes par le virus. « Chaque semaine on voit défiler chez Pils des malades ébranlés par l?attitude violente de certains. Dans le milieu médical vous avez encore des gens qui ont des peurs irrationnelles par rapport à la maladie. Mais en général, cela se passe un peu mieux. »
Le silence assourdissant des décideurs
Pour le moment, ce qui inquiète le plus l?association est le silence assourdissant des décideurs face à la propagation du virus parmi les utilisateurs de drogues injectables. Ceux-ci représentent, d?après la Rapid Assessment Situation de 2004, 2 % de la population âgée entre 15 et 67 ans, soit environ 20 000 personnes.
15 % des consommateurs de drogues injectables ont déjà contracté le VIH. Dans certaines zones de la capitale, ce chiffre peut atteindre 50 %, voire plus. « On ne cesse de le dire depuis 1996. Le virus se propage d?une façon fulgurante chez les usagers de drogue par voie intraveineuse. L?urgence actuelle est de mettre en place un programme d?échange de seringues et un traitement par substitution. Mais cela demande un courage politique important? »
Pour Dhiren Moher, le président de l?association, ce 1er décembre va être décisif. « Le gouvernement a toutes les données. La balle est dans le camp des hommes politiques. »
UN DEFICIT D?INFORMATION
Cela laisse pantois. Selon une enquête réalisée par Pils, 48 % des Mauriciens pensent encore que le VIH peut être transmis par une piqûre de moustique. 35 % des personnes interrogées pensent toujours que le VIH peut se transmettre en partageant un repas avec une personne séropositive. Autre fait aberrant : 22 % considèrent qu?une personne en bonne santé ne peut pas transmettre le virus?
La discrimination a aussi de beaux jours devant elle. Entre 36 % et 39 % des personnes estiment qu?un étudiant ou un enseignant vivant avec le virus devrait arrêter ses activités. 61 % n?achèteraient pas d?aliments ou de repas d?un boutiquier ou d?un restaurateur qui serait porteur du VIH.
EN CHIFFRES
22 femmes enceintes sont porteuses du VIH depuis le début de l?année. Ce ne sont ni des travailleuses du sexe, ni des toxicomanes, mais leurs partenaires ont une histoire liée à la toxicomanie. Depuis 1987, 1 859 cas ont été recensés et parmi ceux-ci, 143 personnes sont mortes. Selon le ministère de la Santé, il y aurait 4 500 personnes vivant avec le VIH.
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