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Ces disques rayés du 1er Mai

27 avril 2008, 00:00

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Tout le monde parle de l?octogénaire Robert Mugabe et de sa volonté, malgré son âge avan-cé, de s?accrocher au pouvoir. Si le sommet de la SADC n?a pas jugé utile de le ramener à la raison, c?est peut-être finalement parce que les mandats, étalés sur des décennies, font partie de notre culture politique. À Maurice, les records de longévité en politique sont aussi légion.

« Personne ne pourra empêcher Paul Bérenger d?être Premier ministre à nouveau. » On a l?impression de vivre dans les années 60-70, d?écouter un vieux disque rayé par un chanteur has been. Cette contre-vérité de Vishnu Lutchmeenaraidoo, lancée pour chauffer les militants refroidis par Dayal, Ramjuttun et consorts, avant le 1er Mai, illustre le mandat à vie dont bénéficient la plupart de nos dirigeants politiques. Contrairement aux fonctionnaires, ils continuent, de plus belle, après leurs 60 ans. Le 1er Mai est leur fête annuelle. Ils se mobilisent et retravaillent leurs vieux discours. Éternels refrains.

Durant son cheminement politique en zigzag, Lutchmeenaraidoo a changé maintes fois d?opinions sur la politique locale et ceux qui devraient être au pouvoir. Témoin des réalités du pays, de l?histoire du MMM et ses be-soins d?alliances (pour ne pas revivre l?épisode de 1976), il aurait pu nuancer ses propos, uniquement par respect pour l?électorat.

Paul Bérenger, lui-même, n?est pas aussi catégorique sur son avenir politique. S?il n?a aucun projet de prendre sa retraite dans l?immédiat, il rebat en permanence les cartes. Et Vishnu Lutchmeenaraidoo n?est que l?une d?elles. Et à ce stade du jeu, il ne compte en aucune façon se présenter comme Premier ministre de l?alternance, même si le dernier sondage politique lui semble favorable. Non, ce n?est pas en raison de son âge, mais à cause des équilibres ethniques qu?il ne veut plus occulter? comme en 2005.

Pourtant, en se proposant comme Premier ministre, le leader du MMM aurait remis de l?ordre dans le « curieux attelage » des candidats « Vaish » qu?il a alignés en face de Navin Ramgoolam et de Pravind Jug-nauth. En revanche, les zélés du MMM qui aspirent à des ministères importants, à l?image de Vishnu Lutchmeenaraidoo, veulent saboter les alliances avant de maximiser leurs chances personnelles de gravir dans la hiérarchie.

Alan Ganoo, par exemple, contemple toujours une place de Premier minis-tre (qu?on lui fait miroiter de temps à autre) ? dans lequel cas farfelu, Paul Bérenger serait l?adjoint de Ganoo ! C?est aussi l?espoir d?Ashock Jugnauth (à condition qu?il soit blanchi par le « Privy Council »).

Quoi qu?en pensent ses suiveurs, Paul Bérenger sait fort bien que c?est lui qui maintient le MMM dans son état actuel. Il est à la fois le point fort et le point faible des mau-ves. Et si Bérenger, contrairement à Lutchmeenaraidoo, ne veut pas dévoiler sa stratégie politique, c?est parce qu?il n?en a pas encore une. Le leader du MMM joue gros en s?attaquant simultanément à Navin Ram-goolam et à Pravind Jugnauth. Il risque de pousser le leader du MSM dans les bras accueillants de celui du PTr. Et ainsi provoquer une polarisation ethnique sur l?échiquier.

Le leader du MSM, ayant l?avantage de l?âge, n?en démord pas. Réaliste, il dit ceci dans les colonnes du « Mau-ritius Times » : « Quant au poste de Premier ministre, ce n?est pas une obsession de ma part. J?ai dit que si nous voulons reconstituer une allian-ce MSM-MMM pour affronter le PTr, il faudrait mettre toutes les chances de notre côté en écartant toute possibilité de campagne communale comme on en a vécu en 2005.

J?ai maintes fois dit qu?il y a des réalités politiques dans ce pays que ni Bérenger ni Pravind Jugnauth n?a créées. On a voulu changer cet état de choses en 2005, mais cela n?a pas marché? ».

Le MMM et le MSM n?ont toujours pas réglé leur problème fondamental depuis le retrait de sir Anerood de la politique active (pas tout à fait une retraite puisqu?il s?occupe à être président de la République) : qui est sera le leader d?une énième alliance MSM-MMM ? C?est d?ailleurs à cause d?un problème de hiérarchie dans le sillage d?un meeting du 1er Mai que la cassure est intervenue.

Pour combler ce vide, Paul Bérenger est, depuis, devenu un spécialiste en casting de politiciens qui, à défaut d?avoir la tête de l?emploi, ont le bon profil ethnique.

À côté de Madan Dulloo, lors d?une récente conférence de presse, il nous donnait cette singulière impression d?avoir trouvé un nouveau paravent. L?ancien dauphin de sir Anerood devait être officiellement « dé-paglatisé » par le faiseur de Premier minis-tre de Maurice.

Lutchmeenaraidoo a sans doute raison sur un point. Il faut s?inspirer des tendances des grandes démocraties où des dirigeants politiques sont te-nus par la loi de mettre un terme à leur carrière. Cela afin de faire de la place aux autres. Les disques rayés du 1er Mai ne sont plus à la mode.

Et nos politiciens ne le savent même pas? Ce n?est pas surprenant que Grégoire, qui chante mieux qu?eux, attire plus de monde !

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