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Ce qu?il prépare

6 septembre 2008, 20:00

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<B>Présidence : l?option SAJ</B>

Le président de la République, sir Anerood Jugnauth (SAJ), ne sera peut-être pas au pays le 19 septembre prochain, au moment où le Parlement se réunira pour élire son successeur. Mais SAJ ne se sent pas nécessairement concerné par le suspense autour de son remplacement. Pour cause, hormis revirement de dernière minute, il se succèdera à lui-même. Navin Ramgoolam, a fini par trancher. Son choix a été tactique : visant à compromettre tout rapprochement entre le MSM et le MMM.

Il fallait faire vite. D?autant que les rumeurs et « informations » sur une nouvelle alliance MSM-MMM se précisaient. Avec une valeur ajoutée de taille : SAJ lui-même serait préconisé comme Premier ministre (PM) de cette nouvelle plate-forme avec Paul Bérenger et le fils Pravind Jugnauth à ses côtés.

Un SAJ au Réduit pour combattre un SAJ à la tête d?une alliance MSM-MMM. Mais le président est-il partant pour reprendre les clefs de la State House pour cinq nouvelles années ? Il semblerait que oui. Malgré sa dé-claration jugée belliqueuse sur la question des vice-Premiers ministres, le président aurait laissé deviner qu?il ne serait pas réticent à l?idée de rester. Mais même si Ramgoolam croit avoir arrêté sa tactique du moment, il reste encore à faire la proposition formelle au principal concerné. Et il n?est pas dit qu?il compte toujours l?accepter.

Pour le PM, un SAJ au Réduit a ses avantages. D?abord, il est moins nocif politiquement qu?un SAJ libéré de son devoir de réserve auquel il est astreint en tant que président. Le PM évite ainsi le risque de voir Pravind Jugnauth sceller une alliance avec le MMM, armé des conseils experts de son père. Et pire encore, de voir ce dernier prendre la tête d?une alliance MSM-MMM. De quoi galvaniser cette frange de l?électorat traditionnel rouge qui boude le gouvernement, notamment par rapport à la cherté du coût de la vie.

Mais placer SAJ au Réduit immunise-t-il le PM contre une alliance MSM-MMM ? Pas vraiment. Il a donc pris d?autres précautions. Ainsi, une rencontre entre les plus hauts échelons du Parti travailliste et du MSM a eu lieu dans la plus grande discrétion il y a plus d?un mois. Histoire de discuter d?idées convergentes entre les deux partis.

Pis, finalement, le MSM pour le moment fait le jeu de Ramgoolam. Devant l?ardeur du MMM de conclure une alliance, le MSM se montre froid. Cette semaine encore, un « senior member » mauve s?est démené pour que son leader rencontre Pravind Jugnauth. Pour toute réponse, il n?a eu droit qu?à un « apre nou guet sa » de la part d?un hiérarque du MSM.

Tactiquement, le PM ne pouvait qu?abattre la carte SAJ. Au grand soulagement de certains de ses « senior ministers » très attachés à « bolhom là ». Mais encore faut-il que la situation actuelle ne change pas. Car si le MSM se rapproche des mauves, Ramgoolam pourrait se retrouver en étau entre un Jugnauth à Réduit. Et un autre comme challenger direct dans une alliance électorale dont l?union ferait enfin la force.

Rama Valayden sur la corde raide</B>

Navin Ramgoolam se serait bien passé d?une nouvelle polémique. Tout juste remis de l?épisode Cindy Legallant, son attorney general, Rama Valayden, voit sa légitimité à la tête du ministère de la Justice et des Droits de l?homme remise en cause par une observation de la Cour suprême. Celle-ci a, en effet, qualifié d?anticonstitutionnelle la nomination d?un attorney general avec le portefeuille ministériel des Droits de l?homme. Le Premier ministre attendrait le bon moment pour se séparer de Valayden. Mais cette décision risque d?avoir des répercussions...

Rama Valayden n?a pas l?esprit tranquille. D?autant que le Premier ministre ne lui a pas entièrement pardonné ses interventions « intempestives » dans des enquêtes policières. Et encore moins cette démission qui a davantage été assimilée à un « coup d?éclat », si ce n?est à un « chantage », qu?à un geste visant à démontrer son attachement à l?éthique. Aux dires de certains des proches de Valayden, les relations entre les deux hommes seraient au plus bas.

Ce qui leur fait croire que Navin Ramgoolam projette de mettre l?attorney general à l?écart lors d?un éventuel exercice de remaniement. Mais avant d?abattre ses cartes, le chef du gouvernement doit encore éclaircir quelques zones d?ombres politique et juridique. « Que se passera-t-il si un citoyen saisit la justice pour remettre en question les décisions prises par Rama Valayden en tant que ministre des Droits de l?homme ? », se demande un homme de loi proche du gouvernement en place. Cette question demande à être éclaircie.

Mais au sein même du ministère, la situation alimente les conversations. « En tant qu?avocat, il aurait dû savoir qu?il n?avait pas le droit d?occuper un poste ministériel, alors qu?il n?avait pas été élu », lance un haut cadre. Une opinion partagée par de nombreux conseillers. Tentant de mettre fin à toute polémique, Rama Valayden a, pour sa part, tenu à remettre les pendules à l?heure. « Je suis attorney general, un point c?est tout », a-t-il déclaré en début de semaine. Pour combien de temps encore ?

<B>L?épine Chady</B>

Le Premier ministre l?a réitéré à de nombreuses reprises. Il sera impitoyable face à toute personne trouvée coupable de corruption. Qui qu?elle soit ! Avec l?inculpation de son « ami » Siddick Chady, pour blanchiment dans le cadre de sa fonction de président de la Mauritius Ports Authority (MPA), Navin Ramgoolam doit se montrer à la hauteur de ses déclarations d?intention. La première réaction ne s?est pas fait attendre. Elle se résume en une phrase dans le communiqué sur les délibérations du Conseil des ministres de vendredi : « Siddick Chady n?agit plus comme président du conseil d?administration de la MPA à partir d?aujourd?hui. »

Chady a franchi les limites de l?inacceptable. Et la réaction du Premier ministre est à la hauteur de l?affront. « La situation de Navin Ramgoolam est fort embarrassante. Elle a une dimension émotionnelle et un côté politique. Il n?y a pas d?autre porte de sortie plus honorable que le recours aux dispositions de la loi. Une enquête a été initiée. Elle a débouché sur la mise en place d?une procédure de mise en accusation provisoire », explique un ancien ministre.

Cependant, le feuilleton Chady est loin d?être terminé pour Navin Ramgoolam. Comme un malheur ne vient jamais seul, il se trouve que le nom de l?un de ses proches collaborateurs, Gilbert Philippe, de surcroît affecté au bureau du Premier ministre comme conseiller dans le domaine portuaire, est cité dans cette affaire de corruption alléguée. C?est le mystère autour d?une somme versée sur son compte à Singapour qui intéresse les enquêteurs. Ceux-ci vont devoir déterminer quel est le véritable rôle de Gilbert Philippe dans cette affaire.

Jusqu?ici, Philipe a pu échapper à une inculpation. Mais l?enquête de l?ICAC n?est pas terminée. Et, à la commission, on n?exclut pas une future inculpation du conseiller du PM. Ce qui amènerait ce dernier à sacrifier un autre ami, jugé en plus « fidèle du Parti travailliste » au nom du principe qu?il a lui-même qualifié d?inviolable.

<B>Vice-Premiers ministres : il ne peut en rester qu?un</B>

Un seul, et non trois vice-Premiers ministres. Navin Ramgoolam n?a pas encore fait de déclaration définitive sur la question. Mais tout indique qu?il respectera la décision de la Cour suprême qui a relevé, fin août, que « la Constitution ne prévoit pas la nomination de trois vice-Premiers ministres (VPM) ». A ceux qui réclament une démission des VPM Xavier Duval et Rama Sithanen, suivie d?une nouvelle prestation de serment, Ramgoolam pourrait opposer une méthode plus douce. Qui consistera à noyer ce nouveau « swearing in » dans le cadre d?un remaniement d?envergure de son cabinet. (Voir texte sur le remaniement).

C?est ce qui explique largement le mutisme de Ramgoolam à la suite de sa rencontre avec le président de la République jeudi dernier. Alors même que le Premier ministre avait indiqué qu?il allait communiquer sa position sur la question après cette réunion. SAJ, pourtant très loquace à ce sujet la semaine dernière, s?est également paré, du coup, de sa réserve présidentielle.

Mais pendant que les chefs de l?Etat et du gouvernement se taisent, les deux futurs ex-vice-Premiers ministres s?expriment. Rama Sithanen a été le premier à dégainer. « Agacé » par la mise en demeure que le MMM lui a fait servir, il réagit. En annonçant qu?il compte rendre la BMW 540 pour prendre une 530 comme ses autres collègues ministres. « C?est tout ce que je peux faire et ce qu?on peut me reprocher. Car à part ça, en termes de salaire ou dans le cadre de mes déplacements, j?ai eu droit à exactement la même chose que mes autres collègues ministres. »

Xavier Duval se livre, lui, à l?analyse sur l?objectif de la nomination de trois VPM. « Il s?agissait de répondre à un besoin d?équilibre au plus haut sommet de l?Etat et la recherche d?une bonne représentativité. Il est clair que pour créer un sens d?appartenance de chaque section de la société mauricienne, il faut que tout un chacun se retrouve au sein de l?appareil de l?Etat », pense le ministre du Tourisme. Ses proches estiment que lui enlever le titre de VPM équivaudrait à envoyer un « mauvais signal » aux minorités du pays.

Un argumentaire qui pourrait ne pas laisser Ramgoolam insensible. Et qu?il pourrait écouter en conférant le titre honorifique à son numéro trois, sans toutefois le faire prêter serment en tant que tel. Comme cela a été le cas avec d?autres gouvernements.

<B>L?heure du remaniement</B>

Ramgoolam l?a dit et répété. Il ne procédera à aucun remaniement sous pression. Et ne le fera donc qu?« en temps et lieu ». Il a même indiqué que c?est au moment où l?on s?y attendra le moins que l?annonce d?un remaniement tombera. Le moment est-il venu ? Peut-être.

Le chef du gouvernement a réfléchi, depuis des mois. « Il a pu hésiter entre un remaniement-ajustement et un remaniement-bouleversement », raconte un proche collaborateur. Pour finir par trancher? pour un non-remaniement. La conjoncture politique actuelle a toutefois fait « évoluer » Ramgoolam, ces derniers jours. Il regarde désormais cette « arme politique » autrement. « Surtout depuis le couac des vice-Premiers ministres et l?affaire Chady », raconte un proche. Comment procéder ?

La solution semble avoir été trouvée. Et elle est audacieuse : faire démissionner en bloc le gouvernement ! Pour ensuite refaire prêter serment aux ministres un à un. Certains conservant leurs portefeuilles actuels. D?autres s?installant dans un nouveau ministère. Ou encore quelques malheureux tout simplement virés pour faire de la place à de nouveaux venus.

Cette « astuce » a un double avantage. L?opération d?éclat donne l?image d?un gouvernement « neuf » recomposé par le Premier ministre. « Il s?est converti à l?idée qu?il faut donner un signal fort. Ça ne m?étonnerait pas s?il profitait du remaniement pour déclencher parallèlement une opération Mains propres dans la fonction publique », remar-que un conseiller. Et plus prosaïquement, ce nouveau « swearing in » collectif permet à Xavier Duval, Rama Sithanen et Rama Valayden de se fondre dans la masse. Les deux premiers prêtant à nouveau serment en tant que ministres et amputés de leurs titres de vice-Premier ministre. Et Valayden se séparant du ministère des Droits de l?Homme que la Cour suprême juge lui avoir été injustement confié.

Ne rien décider avant de tout maîtriser</B>

En attendant la grande prestation de serment bis, des listes de remplaçants circulent déjà. Les éminences grises songent à des fidèles, tels les députés Pradeep Peetumbur, Shakeel Mohamed ou Yatin Varma. Qui doit rester ?

Les piliers paraissent à l?abri. Qui doit bouger ? Ashraf Dulull, Rajesh Jeetah, Etienne Sinatambou et Dharam Ghokool forment, dans la plupart des scénarii, le quartet des ministres sur la sellette. Une députée le dit tout net : « Ceux-là ont tout à craindre ! » Ils se consoleront peut-êtreen constatant qu?ils ne sont pas seuls.

En privé, des voix s?élèvent pour con-tester des ministres « plombés par les affaires », les « gaffeurs » en puissance, ceux jugés « sans relief » ou tout simplement « pas au niveau ». Et au moindre faux pas, les « savonneurs » de planche font courir de cruelles rumeurs sur les colères du chef contre ces « couyons » qu?il brûle de virer. Mais quand ? La réponse pourrait tomber bientôt. La méthode Ramgoolam, pour ses proches, se résume à ne rien décider avant de tout maîtriser. Et le Premier ministre ne maîtrise et ne connaît pas encore un élément de son puzzle : la décision du Privy Council sur l?invalidation de l?élection d?Ashock Jugnauth en 2005. Celle-ci connue, Ramgoolam aura toutes les cartes en main pour déclencher le grand nettoyage.

<B>Le MMM poursuit l?offensive</B>

Les mauves sont d?attaque. Face aux déboires du gouvernement, Paul Bérenger n?entend pas lâcher prise. Au contraire, il enfonce le clou. « Plus de 15 jours se sont écoulés depuis le jugement de la Cour suprême statuant qu?il y a un seul vice-Premier ministre. Dans l?intervalle, le président de la République et le speaker de l?Assemblée nationale ont fait des déclarations qu?il faut respecter le jugement. Mais la réaction du gouvernement se fait toujours attendre », lâche Bérenger. Si ce dernier se montre virulent, c?est qu?il sait que la question des postes de vice-Premiers ministres est une épine dans le pied de l?Alliance sociale. Et dans la foulée de prendre à partie Xavier Duval. « Il avait donné l?impression de respecter le jugement. Mais maintenant, il recule et vient dire qu?il faut que toutes les composantes de la population soit représentées. Oui, c?est vrai. Mais pour cela, il faut prendre en considération non seulement le frontbench, mais aussi la présidence et le poste de speaker », soutient-il. Avant d?ajouter qu?il « ne peut y avoir de quota précis ».

Rama Valayden n?a pas non plus été épargné par le leader mauve. « C?est une situation surréaliste, car le Chief Adviser du gouvernement a violé la Constitution », remarque-t-il avec cynisme.

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