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Ce que prepare BÉRENGER

14 janvier 2007, 00:00

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Pour ne pas changer, Paul Bérenger se répète. Depuis des semaines, le leader du MMM ne cesse d?affirmer : « Il y aura des développements politiques majeurs en début d?année. » Et cette rentrée politique 2007 semble effectivement assez agitée. Non pas à cause de ce qui se passe, mais plutôt de ce qui risque de se passer. Paul Bérenger, en vieux routier de la politique, adopte une attitude changeante face aux questions qu?on lui pose sur son parti. Il dément parfois, nie catégoriquement, ou se montre aussi interrogatif que ceux qui le questionnent à propos de certains développements annoncés sur l?échiquier politique.

En effet, il ne se passe pas un jour sans que l?on n?« annonce » ou qu?on spécule sur la défection prochaine de tel ou tel membre du gouvernement qui irait rejoindre les rangs du MMM. Quand il ne s?agit pas de l?arrivée de sang neuf, ou de « revenants », au sein du parti mauve.

Tantôt, on évoque une recomposition des forces de l?opposition. Bérenger en a rajouté, hier, lors de sa conférence de presse de rentrée. Il explique ainsi que les « développements politiques majeurs » dont il parle pourraient intervenir dans les mois à venir et « précipiter le pays vers des élections générales anticipées ».

<B>Battre le rappeldes troupes</B>

Ce qui est certain, c?est que ce n?est pas une réunion de l?opposition qui pourrait accélérer les choses, loin s?en faut. En ce début d?année, le fossé qui sépare les alliés d?hier, le MSM et le MMM semble, en effet, s?être creusé davantage. Le contentieux est simple : le leader du MSM, Pravind Jugnauth, aspire à un destin national en tant que Premier ministre d?un futur gouvernement, alors que Paul Bérenger n?envisage pas, lui qui a déjà été PM, de n?être que le second d?un allié qui n?a été « que » vice-Premier ministre auparavant.

Plus objectivement, Bérenger se fonde sur le poids électoral de son parti, quasiment le double du MSM, pour motiver son refus forcené d?être le vice-Premier ministre d?une alliance MSM-MMM qui aurait Pravind Jugnauth pour leader. Sur le front de l?union de l?opposition la messe est dite. Il n?y aura pas de retrouvailles, comme le confirme le leader du parti du Soleil lui-même qui ne voit « aucune alliance » à l?horizon.

Et loin de vouloir se renforcer en s?associant, pour l?heure, à d?autres partis, le MMM cherche désormais à se consolider en battant le rappel de ses troupes. D?abord en rappelant des anciens qui ont quitté le parti pour se consacrer à leurs carrières respectives ou qui ont claqué la porte à la suite de désaccords avec la direction. C?est Bérenger en personne qui s?est chargé de convaincre plusieurs anciens du parti de revenir.

À l?instar de Prem Nababsing, Bashir Khodabux ou Jérôme Boulle. Alors que certains ne semblent avoir aucun problème à retrouver lakaz mama, d?autres prennent le temps de la réflexion. Ce qui n?agace pas Bérenger qui explique : « C?est une démarche personnelle. Certains se joindront à nous quand ils seront en mesure de le faire. »

Mais on ne peut faire du neuf qu?avec du vieux. C?est pourquoi le MMM poursuit activement une politique de recrutement « d?éléments prometteurs », ce qui a un succès relatif pour l?heure. Mais cela n?empêche nullement Bérenger de se féliciter de l?arrivée de nouveaux comme « Seilendra Gokhool ou Vijay Makhan qui apportent leur contribution au sein du parti ».

Et ces derniers temps, un « petit nouveau » se rapproche des mauves, un certain? Emmanuel, fils de Paul. S?il n?est pas encore adhérent, il noue toutefois des contacts avec certains militants de la circonscription de Curepipe-Midlands, pour l?aider à faire du travail social.

Mais Bérenger se tourne également vers des valeurs sûres. Conscient qu?il lui faut des vétérans aguerris qui connaissent bien le terrain électoral et les attentes de la population, le leader des mauves ne s?est pas privé de sonder d?anciens alliés passés au gouvernement, Anil Bachoo en tête. En effet, celui que Paul Bérenger traitait « d?intellectuellement limité » au début de l?année 2005 est devenu une recrue en puissance pour lui.

<B>À la recherche d?une perle rare</B>

Ce dernier voit en lui, quelqu?un qui connaît très bien l?électorat rural et qui a une véritable assise dans sa circonscription de Flacq-Bon-Accueil. Sans parler de la bonne notoriété dont il jouit auprès de certaines associations socioculturelles puissantes du pays.

Toutefois, un proche d?Anil Bachoo nie tout rapprochement entre le ministre et le MMM. « Pena narien. Kot Anil pou ale ? Ki li pou al fer laba ? », s?interroge-t-il expliquant que le MMM n?offre aucune perspective d?avenir à Anil Bachoo. Ce dernier, affirme notre interlocuteur, a renoué des relations plus apaisées avec le Premier ministre et d?autres collègues ministres avec qui il a pu être en froid au lendemain du budget. Mais au MMM, les proches de Bérenger soutiennent mordicus que des « discussions » ont bien eu lieu entre leur leader et Bachoo, sans toutefois clarifier la teneur ni l?issue des discussions.

Et des rumeurs, il y en a. Comme celle, infondée, qui a circulé en fin de semaine à propos de la démission de Madun Dulloo, ministre des Affaires étrangères, qui aurait claqué la porte du gouvernement pour rejoindre le MMM.

« On lance toutes sortes de rumeurs. À qui cela profite-t-il ? Au MSM, au MMM ? », affirme un proche de Bachoo. Ce qui est certain toutefois, c?est que Paul Bérenger serait à la recherche d?une perle rare qui pourrait, une fois les échéances électorales venues, représenter un premier-ministrable MMM crédible aux yeux de l?électorat.

Parmi l?état-major du parti mauve, on s?accorde à dire que ni Bachoo ni Dulloo, pourtant bien nés, ne possèdent la stature nécessaire pour fédérer l?électorat que le MMM a perdu lors des dernières élections générales. On a cru qu?Ashock Jugnauth, démissionnaire du MSM, et fondateur de l?Union nationale, aurait pu convenir, mais de l?aveu même de Bérenger en petit comité, ce dernier n?a pas « décollé ».

Toutefois, en y regardant de près, toute cette agitation qui secoue le petit monde politique ne serait-elle pas un peu prématurée ? Les prochaines élections n?arriveront qu?en 2010. Déclencher des grandes man?uvres politiques plus de trois ans avant peut se résumer à un gaspillage d?énergie? Ce à quoi un observateur politique répond par la négative. « Le MMM a besoin d?exister, de renvoyer en permanence à ses militants et à toute la population l?image d?un parti dynamique, qui recrute, qui se positionne. Bref qui s?apprête à gouverner le pays », souligne notre interlocuteur.

<B>Un duelde stratèges</B>

Ce blason qui doit être redoré passe, éventuellement, par la reconquête de la fonction de leader de l?opposition. Bérenger, hors de lui, se défend de poursuivre cette ligne. « Je n?aime pas ce climat qu?on a créé et qui fait croire que je veux à tout prix devenir leader de l?opposition », affirme-t-il. Mais toujours est-il que le MMM demeure passablement irrité quand Pravind Jugnauth bombe le torse en affirmant que son parti est le principal mouvement d?opposition dans le pays, à la faveur de sa supériorité numérique au Parlement, soit 11 députés contre 10 pour le MMM.

Mais c?est sans compter le très probable rapprochement que les deux députés de l?OPR, Alex Nancy et Robert Spéville (voir hors-texte en page 9), opéreraient avec le MMM au Parlement. Le leader de l?Or-ganisation du peuple rodriguais (OPR), Serge Clair, dément toute initiative dans ce sens et dit venir à Maurice cette semaine avant tout pour consulter les principaux partis du pays. Mais les proches des deux députés OPR de l?Assemblée nationale affirment que ces derniers pourraient aller jusqu?à affronter leur leader à ce sujet.

Car leur but avoué est de s?opposer à un gouvernement, qui selon eux, a privilégié le Mouvement rodriguais (MR) lors des dernières élections régionales. Et qui, selon la rumeur à Rodrigues, pourrait même offrir à Nicolas Von Mally, le leader du MR, un portefeuille ministériel lors d?un prochain remaniement. « Si jamais l?offre m?est faite, ce serait une trahison pour les Rodriguais si je refusais », confie le principal intéressé. De quoi courroucer davantage les députés OPR.

Mais il n?y a pas que Bérenger. L?échi-quier politique local est également animé par l?autre stratège : le Premier ministre, Navin Ramgoolam. C?est en effet avec un brin d?ironie que certains observateurs font remarquer que Ramgoolam a quelques cartes politiques à jouer : notamment celle du président de la République. Ceux qui fréquentent le château du Réduit croient comprendre que Sir Anerood Jugnauth ne serait pas réfractaire à l?idée de voir son mandat renouvelé au-delà de septembre 2008. En profitant de cette nouvelle donne politique pour pousser son fils Pravind à conclure une alliance avec Ramgoolam. Mais cette perspective ne semble pas satisfaire le leader actuel du MSM, qui exclut cette possibilité pour l?heure.

L?autre solution, pas si folle que cela promet-on, est la désignation de Paul Bérenger lui-même à la présidence de la République. Une éventualité qui n?est pas du goût de ses proches qui trouvent qu?il est impensable que ce dernier accepte une telle proposition. Placer Bérenger au Réduit, c?est s?assurer un effet pacificateur auprès de l?électorat MMM, qui en viendrait sans doute à être plus conciliant avec Ramgoolam et son Parti travailliste.

On s?en rend compte. C?est en fait qu?en septembre 2008, à l?expiration du mandat de SAJ, qu?un paysage politique plus stable se dessinera en vue des élections législatives de 2010. Ramgoolam aura alors le choix. En fonction de ses besoins électoraux du moment, il choisira soit de prolonger le mandat de SAJ et éventuellement de conclure une alliance avec le MSM de Pravind. Ou alors s?il juge inutile de devoir chercher le soutien de l?électorat de ce parti, il appellera Bérenger à la présidence. Ou même, ce n?est pas exclu, il s?alliera avec lui en le nommant vice-Premier ministre. Et le leader mauve, il y a fort à parier, acceptera l?une des deux propositions, si elle lui est faite.

<B>Calendrier de campagne</B>

Le MMM affûte ses armes et a préparé tout un programme d?activités pour démarrer son action politique sur le terrain. Ainsi, après la réunion de son bureau politique, vendredi, la première réunion du comité central est prévue pour samedi prochain. Le lendemain, un congrès de relance sera organisé à la salle des fêtes du Plaza.

Il rassemblera les membres du bureau politique, du comité central et les adhérents du parti. Et ce sera l?occasion pour les nouvelles recrues de se familiariser avec la base du parti. Puis, les parlementaires se réuniront le 22 janvieren vue de préparer la rentréeà l?Assemblée nationale, prévuele 24. Paul Bérenger continue, quant à lui, avec une nouvelle série de huit conférences sur l?histoire, touchant cette fois la période allant de 1936 à 1968. Ces conférences porteront sur l?indépendance de Malte et de Maurice,les Chagos et la période 1968-1982. Quatorze années qualifiées de cruciales après l?indépendance de Maurice. Sur le plan international, Paul Bérenger, en tant que leader du MMM, à été invité par la présidente de l?Indian National Congress, Sonia Gandhi, à assister à une conférence dans le cadre des célébrations du 100e anniversaire du mouvement Satyagraha. Ce mouvement fut lancé le 11septembre 1906 par le mahatma Gandhi en Afrique du Sud.

À cette occasion, le thème de la conférence sera : Peace, non-violence and Empowerment, Gandhian Philosophy in 21st Century.

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