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Ce jour fériéqui a fait tiquer...

13 mars 2005, 00:00

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Cette « idée lumineuse » d?un jour férié supplémentaire n?a, en effet, pas été mûrement réfléchie. C?est à Grand-Bassin, samedi après-midi, alors que le vice-Premier ministre était déjà sur place pour l?inauguration officielle de la fête qu?elle a été lancée.

Une bâche, malmenée par une violente rafale, a été l?occasion pour certains des organisateurs de la suggérer à Pravind Jugnauth, en prenant soin de lui rappeler qu?un autre l?avait fait avant lui. Cette allusion a peut-être suffi. À la faveur d?un échange téléphonique avec le Premier ministre, la décision était prise.

Mais tout le monde n?a pas été ravi par cette décision. « Nous avons un personnel d?une cinquantaine d?employés et un jour de congé représente, pour nous, environ 400 heures de travail. Je suis un opérateur et un patriote. Maurice est un État laïc. Je ne peux m?empêcher de déplorer les circonstances dans lesquelles ce jour férié spécial a été alloué. Il est anormal qu?une décision qui affecte l?ensemble de la nation puisse être annoncée dans un lieu où ne sont réunis que des membres d?une communauté. Je ne suis pas certain que l?ensemble des membres de la communauté à qui est destiné ce congé spécial aurait été d?accord. Je crois savoir que le Public Holidays Act de 1968 n?autorise pas de congé spécial à caractère religieux », soutient Randhir Ramloll, directeur général de Gumboots.

L?octroi de ce jour férié a particulièrement affecté certaines banques qui travaillent dans l?offshore et qui, par conséquent, traitent avec des clients du monde entier. « Vu les engagements déjà pris, par exemple les promesses de paiement, nous avons été obligés de travailler pendant la demi-journée de lundi. Nous avons conçu notre programme de travail à partir de la liste officielle des jours fériés que nous avions communiquée à nos clients au début de l?année. Cet imprévu est loin de faire bonne impression sur nos clients, cela malgré nos assurances », déclare le responsable d?une banque offshore, sous le couvert de l?anonymat.

<B>« Un mauvais précédent »

Pour Mahen Gowreesoo, directeur de la fonderie Samlo, ce jour férié a été « une catastrophe » tant sur le plan financier que sur celui de l?organisation : « J?emploie environ 200 personnes, dont une majorité d?hindous. Nous avons planifié notre semaine de travail en fonction d?un seul jour férié. L?octroi d?un congé supplémentaire a désorganisé notre travail, et nous avons subi un manque à gagner important », affirme M. Gowreesoo.

Les responsables d?un cabinet de juristes ont également dû renvoyer la signature d?un important contrat qui était prévue lundi dernier. « Heureuse-ment qu?ils n?ont pas trop paniqué. Ils ont dû se faire à l?idée que dans un pays ?exotique? comme Maurice, un homme d?affaires avisé devrait s?attendre à ce genre de situation », indique le secrétaire de ce cabinet de juristes.

De son côté, Textiles Industries Ltd a évité une véritable catastrophe, car la fabrication d?une importante commande d?échantillons était prévue lundi dernier. « Notre compagnie doit son salut à la disponibilité de nos travailleurs chinois et aux cadres mauriciens. Grâce à eux, les échantillons ont été fabriqués dans les délais », nous déclare Hemraj Ramial, l?assistant directeur général.

« Ce jour férié nous a certainement perturbés, même si nous n?employons que six personnes. Nous avons perdu une journée de production, car ce congé a été annoncé trop tardivement, ce qui ne nous a pas permis d?éliminer tous les inconvénients. J?ai dû revoir mon programme de travail et de production. J?ai dû mettre les bouchées doubles pour rattraper le temps perdu », explique Pekoo Dyall, directeur de Tayashi Gloves Ltd, une petite entreprise spécialisée dans la fabrication de gants industriels.

Pour Bissoon Mungroo, directeur de l?hôtel Manissa et représentant d?une société culturelle, le gouvernement a créé un mauvais précédent. « Je ne suis pas contre le principe d?accorder un congé spécial dans de telles circonstances. Cependant, la décision concernant le congé de lundi a été prise à la hâte. Une telle décision a fait plus de tort que de bien. Nous vivons dans une société pluriethnique. On devrait redoubler de vigilance lorsqu?on prend une décision pareille. Le gouvernement a créé un mauvais précédent. S?il a accordé un jour férié spécial aux membres de la communauté majoritaire, il devrait en faire autant pour les citoyens de foi catholique qui ont toujours souhaité que le lundi de Pâques soit décrété jour férié. On pourrait en dire autant pour les autres confessions religieuses. Si le gouvernement voulait vraiment faire quelque chose de bien, c?est mercredi, après la longue nuit de prière dédiée au dieu Shiva, qu?un congé aurait dû être envisagé, et non lundi. »

<B>« Business as usual »dans certains hotels

En revanche, l?impact a été moindre, voire inexistant dans certains hôtels. Ainsi, au One & Only Resorts Mauritius, c?était « business as usual », comme l?explique Fabio Piccirillo, le Regional Executive Director.

Même topo à l?hôtel Le Victoria. « Nous avons fonctionné normalement, et le service-clientèle était continu. Toutes les demandes de congés annuels, de maladie ou de congés spéciaux sont pris en ligne de compte dans notre mode de fonctionnement. Dans l?absolu, on peut affirmer que les congés publics ne nous empêchent pas de fonctionner normalement », explique Kamal Jugmohun, secrétaire au bureau du personnel.

Pourtant, l?octroi d?un jour férié spécial dans de telles circonstances n?est pas nouveau. En effet, en février 1998, Navin Ramgoolam, alors Premier ministre, en avait fait autant. Mais à la différence du Premier ministre actuel, Paul Bérenger, Navin Ramgoolam avait limité le droit à ce congé aux seuls Mauriciens de foi hindoue.

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