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CAROLINE LENETTE Un pont pour l?emploi
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CAROLINE LENETTE Un pont pour l?emploi
Avec sa coupe à la garçonne, son polo vieux rose, son pantalon beige à fines striures et son sac à dos en cuir noir, Caroline Lenette, 24 ans, incarne cette génération de jeunes professionnelles qui savent ce qu?elles veulent et vers quoi elles tendent dans la vie.
Mais il n?en a pas toujours été ainsi. Adolescente, elle a bien conscience que c?est le social qui l?attire, mais a du mal à définir son orientation professionnelle. Elle tente une première expérience quand elle est encore élève au couvent de Lorette de Curepipe. Elle se joint au centre de développement de l?établissement et essaie d?accompagner une jeune recalée au Certificate of Primary Education. Mais c?est l?échec, et elle est frustrée : «Je faisais de mon mieux, mais je ne voyais aucun progrès tangible. J?ai réalisé par la suite que je n?avais pas la notion de ses besoins réels, et que nous vivions dans deux mondes différents, sans jamais pouvoir nous retrouver.»
Quant vient l?heure des études universitaires, et au vu de ses résultats scolaires, Caroline opte pour l?orthophonie. Elle reçoit même une bourse de l?université du Minnesota (Etats-Unis), mais se rétracte en prenant connaissance du cursus : «Je me suis rendu compte que l?orthophonie incluait trop l?aspect médical pour mon goût».
<B>L?intérêt supérieur de l?enfant</B>
Sa s?ur aînée étant installée à Sydney (Australie), Caroline s?y rend, et s?inscrit à un cours de service communautaire au collège technique TAFE. Elle est conquise dès les premiers cours. «Il s?agissait d?études générales qui nous exposaient aux divers domaines du social, tels les enfants et les jeunes, les consommateurs de drogue par voie intraveineuse, les handicapés, les personnes âgées. Elles étaient sanctionnées par le certificat IV en service communautaire.»
Une précision : dans ce nouveau monde, elle se plaît à prendre ses distances avec la communauté mauricienne de Sydney. «Je n?avais pas quitté Maurice pour ne fréquenter que des Mauriciens en Australie », précise-t-elle?
Le certificat obtenu, elle décide de se spécialiser dans les Human Services à l?université de Griffith, à Brisbane, dans le Queensland. Des différentes filières du travail social, elle choisit le bien-être familial qui comprend un important volet jeunesse. «Cela traitait aussi bien de la violence domestique que des relations inter-culturelles. J?ai pu ainsi me familiariser avec les différentes approches à adopter pour mieux travailler avec les jeunes.» Ses travaux pratiques l?amènent à côtoyer des réfugiés, venant surtout de pays islamiques, tels que l?Irak.
Sa motivation est si forte qu?elle complète son cours en deux ans, au lieu de trois. Elle embraye ensuite sur une maîtrise en développement social sur le plan international, et prend conscience de l?importance de moduler les programmes en fonction des besoins des destinataires.
Quand elle quittait Maurice pour ses études, Caroline ne voulait plus jamais y retourner. Mais après celles-ci, elle réalise pleinement le rôle que peut jouer le pays au sein de la région de l?océan Indien. C?est ainsi que, diplômes en poche, Caroline regagne le pays à la fin de 2003, profondément convaincue qu?elle acquerra un maximum d?expérience dans le service public. Elle postule auprès de trois organismes : le ministère de la Femme, qui recherche un coordonnateur pour la Child Development Unit, le Trust Fund for the Integration of Vulnerable Groups, et la FED.
Le ministère de la Femme décide de l?embaucher, mais Caroline déchante vite. La bureaucratie l?étouffe : «C?était des réunions et des procédures interminables, alors que moi, je rêvais d?être sur le terrain et de prendre des initiatives. Mon objectif, en acceptant ce poste, était de penser en termes de l?intérêt supérieur de l?enfant. Mais je sentais que je n?y arrivais pas, au ministère, en raison de toutes les procédures qu?il fallait suivre».
Après quatre mois, Caroline démissionne. Coïncidence, la FED finalise l?ébauche de son projet Employabilité jeunes. Caroline répond à son appel, séduite par cette idée d?un accompagnement de jeunes de 17 à 20 ans qui ont eu toutes les peines du monde à compléter leur scolarité, tant primaire que secondaire. Cinquante jeunes, dont une majorité de garçons, adhèrent au projet des directeurs des ressources humaines des hôtels Beachcomber implantés dans le Nord. L?objectif est de sonder les besoins de ces jeunes marginalisés, et leur enseigner la bonne attitude à adopter pour avoir toutes les chances de se faire embaucher. Ce sont principalement les formateurs de la Beachcomber Training Academy, sous la houlette de Tiburce Plissonneau-Duquène, qui procèdent à la mise en pratique du projet.
<B> «Personne ne leur a expliqué» </B>
Pour sonder ces besoins, encore faut-il rencontrer ces jeunes. Caroline s?y attelle, à titre individuel, depuis le début du mois. Si elle est déçue par quelques absences aux entretiens (probablement ceux qui s?estiment battus d?avance), et par la faible participation féminine, elle est agréablement surprise par la motivation des autres. «Ils sont prêts à tenter l?aventure et se montrent sérieux. Tellement sérieux qu?ils ont des appréhensions et demandent s?ils doivent passer un examen ou se prêter à une autre forme de contrôle. Ils entrevoient cet accompagnement comme quelque chose de formel, alors que cela ne l?est pas. Il faut sans cesse les rassurer ». En raison de la nature des activités du groupe Beachcomber, ces jeunes expriment le souhait de travailler dans l?hôtellerie. Caroline leur conseille de ne pas se limiter à une seule option, afin d?éviter toute déception future.
Actuellement, l?étape des entretiens est presque terminée. Dès le début du mois prochain, ces jeunes passeront à un autre niveau, celui d?un cours hebdomadaire pour les familiariser au monde du travail. «Le programme est modulable et comprend une introduction au monde du travail, à la courtoisie, au savoir-vivre. Ils seront informés sur la sexualité et outillés pour affronter l?alcool, la drogue. Pour cela, nous inviterons des associations comme Prévention, Information et Lutte contre le Sida et la NATRESA ».
De leur côté, les formateurs de la Beachcomber Training Academy expliqueront à ces jeunes comment se comporter lors d?un entretien d?embauche, comment rechercher un emploi, et les initieront notamment à la législation du travail. Ces cours dureront six mois. «Ce qu?on leur enseignera, ce sont des choses qui peuvent paraître évidentes à d?autres mais qui sont assurément nouvelles pour eux. Personne n?a pris la peine de le leur expliquer. En nous quittant, ils ne seront pas prêts techniquement pour un emploi spécifique, mais ils auront l?attitude correcte pour se faire embaucher.»
Ce projet Employabilité jeunes sera renouvelé en février prochain dans la région du sud-ouest, et vers juillet prochain à Mahébourg.
Caroline ne vit pas enfermée dans son monde. Elle nourrit des craintes à propos du projet du ministre de l?Education, qui devrait rendre l?éducation obligatoire jusqu?à l?âge de 16 ans. Selon elle, tout ce que cette mesure donnera, ce sera des adolescents assis sur les bancs des écoles jusqu?à 15 ans. «A mon sens, c?est encore une fois plaquer un sparadrap sur un mal, sans tenter d?en connaître sa source. Nous savons tous que le système d?éducation n?est pas adapté pour une bonne partie de nos enfants. Mais tenter de remettre à niveau des recalés de 16 ans sera une tâche encore plus difficile pour les associations qui les récupèrent généralement à 11-12 ans. A mon sens, ce n?est certainement pas cette option qui résoudra l?échec scolaire.»
Caroline ne regrette pas de s?être jointe au secteur privé. «Au ministère, j?avais l?impression que tout débouchait sur un cul-de-sac. Maintenant que je côtoie ces jeunes et parviens à identifier leurs besoins, j?entrevois des solutions possibles. Ce que, dans le passé, je n?ai pu faire pour l?adolescente de 11-12 ans, je peux maintenant l?accomplir auprès de ces jeunes.» Comme quoi,la boucle est désormais bouclée?
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