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Carine de Chazal,en pleines formes

13 février 2005, 00:00

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Carine de Chazal expose ses peintures à la Maison de l?Alliance française, à Bell-Village, jusqu?au dimanche 20 février. Composée d?une quarantaine de toiles, de toutes dimensions (du 20 x 20 au 92 x 73), cette expo présente un jeu de pastels et d?acryliques, offrant une certaine cohérence, si l?on fait abstraction de certaines velléités à vouloir exploiter les effets du pinceau et faire de la place à un certain « empâtement » à la Van Gogh, pas toujours heureux d?ailleurs, dans le cas présent.

Elle classe ses toiles en plusieurs catégories ou volets, successivement intitulés Rencontre d?une vie, Au c?ur d?un grand océan, États d?âme, Dérision de l?espérance et Amour du désespoir. Le visiteur demeure libre, toutefois, de concevoir l??uvre ainsi exposée comme un tout et d?aller d?instinct vers les toiles qui l?attirent le plus, sans se soucier de savoir si elles appartiennent à telle ou telle subdivision.

<B>Pesanteur et déformation des formes</B>

Préférence peut ainsi être accordée aux formes humaines et détachées de certaines toiles, pouvant rappeler dans un certain sens les gouaches découpées de Matisse, sauf que notre artiste préfère à l?aplat de ce dernier, le relief que donne à ses bulles Salvador Dali. Carine de Chazal parvient toutefois à éviter le côté glacé de l??uvre du grand maître espagnol du surréalisme, en collant ses formes découpées au fond de la toile.

Les formes qu?elle donne à certaines de ses ?uvres, présentent une certaine pesanteur et même parfois une certaine déformation qui les éloignent d?autant des formes plus graciles et plus éthérées de Matisse. Ses formes peuvent parfois retrouver la profondeur de réflexion d?un Penseur de Rodin ? nous pensons plus particulièrement à la toile N° 21, Dérision de l?espérance. On peut craindre toutefois que l?effet « défiguration », voulu ou non, n?affecte finalement l?effet réflexion ainsi suscité.

Dans la même veine, Rencontre d?une vie (N° 24) séduit davantage en raison, tout d?abord, de la fusion de deux êtres aux formes détachées et donnant moins de prise à la déformation. On a de la peine à comprendre cette volonté d?alourdir des formes humaines si naturellement gracieuses, surtout lorsqu?elles s?efféminent et s?étirent pour notre plus grand plaisir.

L?on souhaite d?autant l?avènement de formes humaines accentuant davantage des courbes et des formes naturellement gracieuses que Carine de Chazal excelle, dans ses marines, à restituer la fragilité et toute la grâce de la faune océane. Qu?on admire ses toiles de petites dimensions, isolant une espèce marine, habilement réinventée, des autres ou que l?on contemple ses fresques sous-marines ? Au c?ur du grand océan, N° 4 et 5 ? on retrouve avec plaisir la même réussite dans sa dissociation des différentes parties d?un mollusque, d?un crustacé ou d?un coquillage, pour mieux souligner leur fragilité, leur délicatesse, leur transparence. Sous ses pinceaux, langouste, bernard l?hermite, hippocampe, ourite, poisson, sont toujours évocateurs d?une splendeur sous-marine qui nous fera de plus en plus rêver, au fur et à mesure que se développera l?exploration des fonds sous-marins, à moins que d?ici là pollution chimique, réchauffement de la planète, transformation des océans en dépotoirs ne réduisent nos fonds marins et nos lagons en mornes cimetières sous-marins.

<B>Une dominante bleue en quantité et en qualité</B>

Il va de soi que l?aspect décoratif et artistique est, ici, indiscutablement présent et nul ne devra s?étonner si, demain, des promoteurs hôteliers, plus intelligents que d?autres, font appel à ses talents pour donner la touche marine qui convient à un restaurant spécialisé en fruits de mer, à déguster autant par les yeux que par les papilles et le palais. Elle le mérite amplement surtout si elle pousse encore plus loin son travail et ses recherches d?épuration.

Carine de Chazal s?essaye aussi avec un certain bonheur au polychrome. Une langouste se voulant agressive et un coq, au plumage toujours découpé, sont autant d?indications qu?elle peut aborder toutes les couleurs avec la même retenue que dans ses toiles monochromes par ailleurs majoritaires. En revanche, elle patauge quelque peu quand elle se met à peindre à la manière des expressionnistes, en permettant aux traces du pinceau de prendre le dessus sur la pureté des formes retenues.

La dominante bleue surclasse largement, tant en quantité qu?en qualité, l?exposition Paradoxe de Carine de Chazal. Elle y est manifestement plus à l?aise que dans le rouge ou encore le sépia. En revanche le jaune ne lui convient guère. Mieux que le rouge et l?ocre, la dominante bleue permet à une artiste plus sereine, plus relaxe, d?esquisser avec plus de légèreté et une grâce aérienne plus éthérée ses sujets préférés, les fruits de la mer, en premier lieu, et, dans une moindre mesure, ses frères et s?urs humains, même si, d?instinct, nous désirons communier plus intensément avec des formes humaines capables de mieux rappeler aux visiteurs que nous sommes les temps forts de toute vie humaine.

Toutes les toiles de Carine de Chazal ne parviennent pas à la perfection épurée de ses meilleures marines ou plus exactement de ses fresques sous-marines. C?est dire qu?elle sait où se diriger pour que les qualités ici manifestées s?étendent à l?ensemble de ses ?uvres. Il n?y a pas de raison qu?elle ne réussisse pas aussi bien sur terre que sous mer. Mais en attendant la réussite tous azimuts, nous devons lui conseiller de prolonger davantage son temps d?immersion. C?est ce que nous pouvons lui souhaiter de mieux, tout en la remerciant de nous avoir servi de guide dans un monde de décomposition des formes pour mieux souligner leur esthétique articulation.

En cela, sa peinture devient une école de philosophie que ne dédaignera certainement pas Christophe Vallée : la vie, notre monde, la société dans laquelle nous devons évoluer, est composée d?éléments épars mais intimement liés entre eux par une connexion spirituelle et mystique pas toujours visible avec nos yeux de chair, même s?ils ont pu se purifier quelque peu au contact de l??uvre picturale de Carine de Chazal.

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