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Bégaiement : mots à maux

10 août 2007, 00:00

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Bégaiement : mots à maux

Une syllabe prononcée, puis répétée une, deux, voire trois fois. Un délai plus long que celui que prennent, en temps normal, les gens pour s?exprimer... Le bégaiement est un trouble qui touche bon nombre de personnes, que ce soit dans l?enfance, à l?adolescence ou à l?âge adulte. Si d?aucuns y trouvent matière à sourire, c?est bien là la preuve de leur insouciance eu égard au mal être des autres et de leur inconscience face à un phénomène qui nécessite, au contraire, compréhension, patience et traitement.

?Le bégaiement est un trouble de la parole caractérisé par des répétitions (cloniques) et des prolongations (toniques) involontaires ou les deux associées (tonico-cloniques) de l?émission d?un son, syllabe (consonnes et voyelles) ou mot. Au cours d?une existence, l?incidence du bégaiement est de l?ordre de 5 % avec des signes importants dans 1 % des cas?, explique le Professeur Fawzia Aboobaker-Labauge, spécialiste en neuro-sciences.

Le bégaiement touche plus l?homme que la femme. Il est plus souvent rencontré chez l?enfant que chez l?adulte. Le sexe-ratio est de trois garçons pour une fille. L?incidence familiale, et même génétique, est certaine, le bégaiement étant concordant à 90 % chez les jumeaux vrais.

Le bégaiement dit essentiel se singularise du pseudo-bégaiement. Dans le premier cas, on note des troubles de la fluence verbale dans plusieurs domaines. Sur le plan articulatoire, les troubles surviennent le plus souvent au début des phrases ou à la transition entre les sons qui nécessitent une contraction des cordes vocales et ceux qui entraînent leur relâchement. ?Il y a répétition d?une ou plusieurs unités de son ou de la totalité des mots ou de phrases. Les blocages articulatoires se font avec ou sans émission de son, même après une pause tendue. Cette tension entraîne souvent des tremblements. La prolongation est habituelle.?

Sur le plan phonatoire, le patient éprouve de la difficulté, voire une incapacité à maintenir l?émission du son. Sur le plan respiratoire, on remarque que la parole s?effectue avec un petit volume d?air en surpression et le son est alors explosif et de forte tonalité. Le sujet cherche son souffle et finit par un ?laissez tomber?.

Sur le plan comportemental, on note une lutte, une tension musculaire et veineuse, des palpitations, une rougeur du visage et une sudation. ?La face est grimaçante d?effort. Il y a des phénomènes contre-productifs pour sortir du blocage avec mouvement des yeux, tapotement des pieds... Le sujet pleure ou cache souvent son handicap, s?isole.?

Le bégaiement dit essentiel peut débuter dès l?installation de la parole, vers trois ans. Il apparaît aussi chez l?enfant, l?adolescent ou l?adulte. ?Pour ce qui est des enfants et des adolescents, 20 % guériront de façon spontanée. Le phénomène tendrait à se chroniciser avec l?âge. A la vulnérabilité innée de la coordination et de la chronométrie des 100 muscles nécessaires à une fluence verbale normale se surajoutent des facteurs environnementaux (langage accéléré, discours réitérés, peur et anxiété) qui contrarient le morcellement de la parole.?

A l?inverse, les pseudo-bégaiements (acquis) surviennent chez le sujet âgé et s?identifient par des blocages n?importe où dans une phrase. Ils persistent lors de la lecture, la répétition et le chant. L?arrêt du discours lors de l?émission d?un mot, des sons additionnels, des répétitions et des prolongations les caractérisent. ?Ces phénomènes surviennent le plus souvent lors de lésions cérébrales brutales, vasculaires ou traumatiques ou en cas de tumeur ou infection du cerveau.?

?La face est grimaçante d?effort. Il y a des phénomènes contre-productifs pour sortir du blocage avec mouvement des yeux, tapotement des pieds... Le sujet pleure ou cache souvent son handicap, s?isole.?

La règle d?or est de ne jamais considérer que le trouble va disparaître spontanément et s?évacuer par négligence ou omission, même s?il est intermittent. ?Les 20 % d?enfants et d?adolescents qui guérissent ne présentent aucun signe avant-coureur de guérison spontanée et doivent de ce fait être pris en charge comme tout bègue.?

Plus tôt identifié, plus tôt le trouble sera accessible à la rééducation. ?Les attitudes doivent être positives, le trouble devant être expliqué de manière constructive. Le débit verbal, le bégaiement et les aptitudes de communication sont des éléments de base en vue d?élaborer les stratégies de traitement.?

A noter que le bégaiement disparaît lors du chant et de la lecture à haute voix ou encore à l?audition d?un bruit blanc ou de la parole différée du sujet.

Au départ, la thérapie incombera surtout à l?orthophoniste. Psychologue, neuropsychologue, linguiste, pédiatre, neuropédiatre et neurologue complètent l?équipe de thérapeutes tant dans l?élaboration des stratégies de traitement que dans le suivi. Les parents sont incorporés au travail de l?équipe. Il leur est, en outre, conseillé d?adhérer aux associations de parents concernés par ce trouble.

Le bègue n?est pas un être anormal, c?est un être à rééduquer sur le plan de la parole. Churchill, Aristote et Darwin étaient bègues, ce qui ne les a pas empêché de marquer l?histoire. Démosthène surmonta aussi ses difficultés d'élocution (il répétait ses discours avec un caillou dans la bouche) et devint un très grand orateur. D?illustres preuves, s?il en fallait, que le bégaiement n?est pas une fatalité.

<I>Les commentaires scientifiques sont du Professeur Aboobaker-Labauge. </I>

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