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Bush à Londres : une visite sous haute tension 2
19 novembre 2003, 20:00
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Bush à Londres : une visite sous haute tension 2
<B>Malaise</B>
L?appui marqué de la Maison Blanche contrarie Downing Street
- La vive amitié dont George Bush gratifie Tony Blair évoque l?image d?une étreinte trop forte, qui étouffe plus qu?elle ne réconforte. Bien qu?il affirme le contraire en public, le premier ministre britannique préfèrerait sans doute que le président américain le plus impopulaire en Grande-Bretagne depuis des décennies lui décerne moins de lauriers. Lors d?un récent entretien de 40 minutes avec des journalistes britanniques, M. Bush complimenta plus d?une quinzaine de fois ?Tony?, ce leader ?fiable, courageux et intelligent?, un homme ?qui vous dit ce qu?il pense et qui fait ce qu?il dit qu?il fera?. Loin d?aider M. Blair, ces chaudes louanges lui portent préjudice. Nul ne doute que les deux hommes s?entendent bien et qu?une commune adversité - notamment en Irak - les incite à serrer les coudes. Une fois par semaine, ils font ensemble un tour d?horizon au cours d?une vidéoconference. Le problème, aux yeux de la majorité des Britanniques, c?est que la relation Bush-Blair leur semble largement dèséquilibrée, au profit du premier. Le président en tire un bien plus grand avantage que le premier ministre, rarement payé de retour. La visite de M. Bush illustre pleinement le dèséquilibre dont souffre la ?relation speciale?? Londres-Washington. Le principe de cette visite d?Etat - par définition lente à organiser, car dépendante des lourdeurs de la monarchie, puissance invitante - fut retenu dès juin 2002. A l?époque, après la chute du régime des talibans, et alors que l?administration américaine jouissait encore d?une image favorable auprès des Britanniques, cela semblait une bonne idée. La guerre en Irak, la querelle entre Américains et Européens qui s?ensuivit et la multiplication des contentieux entre Washington et l?Union européenne, voire avec le reste du monde, ont modifié radicalement la donne. L?interêt de cette visite pour M. Bush est assez clair, encore qu?il ne faille pas trop le surestimer. Les ?spin doctors? de la Maison Blanche ont en mémoire les images de Ronald Reagan, à cheval au côté de la reine, en 1982, dans le parc de Windsor, et l?effet bénéfique qu?elles eurent dans la campagne pour sa réelection, en contribuant à le présenter comme un homme d?Etat de grand calibre. Après tout, Elizabeth II est, avec le pape, l?une des rares personnalités étrangères connues de tous les Américains (si l?on oublie, bien sûr, ironisait l?hebdomadaire britannique ?The Spectator?, Oussama Ben Laden et Saddam Hussein). La compagnie de Tony Blair ne peut aussi que profiter à George Bush, car le premier ministre est plus populaire aux Etats-Unis que le président lui-même. Il importe donc à M. Bush de montrer à son opinion non seulement qu?il n?est pas isolé internationalement, mais que le tapis rouge royal deployé en son honneur atteste ses mérites. Face aux critiques que la visite suscite (?Elle est aussi appropriée, écrivait le ?Guardian?, que l?apparition d?un nudiste au milieu d?une cérémonie de mariage?), Tony Blair en rajoute dans le contentement : ?Ce voyage ne pouvait arriver à un meilleur moment?, ne cesse-t-il de répéter. Tout en jouant à l?hôte excité a l?idée de réaliser un rêve inesperé - dormir à Buckingham -, George Bush fait mine de ne pas prendre ombrage de la colère populaire qui l?attend, en y voyant seulement le signe de la ?libre expression? chère au royaume. A tous ceux qui, chez lui, accusent M. Blair d?être ? le caniche? de George Bush, ce dernier répond, rassurant, que le premier ministre est un homme ??très indépendant??. Si Tony Blair a pu influencer George Bush au début de la crise irakienne, en l?incitant à emprunter la route des Nations unies - avant de déboucher sur une impasse - et en l?obligeant à proclamer son soutien à la ?feuille de route? pour relancer le processus de paix au Proche-Orient, les signes de son influence se sont raréfiés. A propos de l?Irak, principal souci commun du moment, la Grande-Bretagne ne peut trouver qu?un réconfort limite à la perspective d?une accéleration du transfert des pouvoirs au profit des Irakiens, car elle craint surtout le chaos qu?engendrerait un retrait précipité des forces de la coalition. S?agissant du conflit israélo-palestinien, Londres sait pertinemment que l?horizon électoral américain exclut toute ?percée? sérieuse avant 2005. Par ailleurs, la Grande-Bretagne n?a pas apprecié la vigueur de la réaction américaine à sa volonté de participer au renforcement de la coopération en matière de défense européenne. M. Bush a calmé le jeu en affirmant qu?il ?faisait confiance? à M. Blair sur ce dossier. Le président fera-t-il un geste envers son hôte sur les deux autres grands sujets de désaccord bilatéral, le sort des neuf Britanniques détenus a Guantanamo et le contentieux sur l?acier ? Devant le congrès du patronat, lundi, à Birmingham, M. Blair s?est montré à la fois ferme - ?l?Amerique a enfreint les règles de l?OMC, elle doit répondre de manière appropriée?, à savoir réclamer la levée des surtaxes imposées par Washington sur ses importations d?acier - et optimiste - ?J?espère que le président Bush et moi-même serons dans la possibilité de dire quelque chose à ce sujet au cours des prochains jours.?
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