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Bruxelles veut réduire les subventions
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Bruxelles veut réduire les subventions
Baisse des prix, réduction des quotas, forte baisse des subventions à l?exportation : Franz Fischler, commissaire européen à l?agriculture, a proposé mercredi 14 juillet de réformer profondément la politique du sucre, la seule à être restée quasi inchangée depuis sa création, en 1968. Cette réforme qui pourrait entrer en vigueur dans un an doit être auparavant approuvée en conseil des ministres, à la majorité qualifiée.
Depuis des décennies, les betteraviers, dont la fortune date de Napo-léon, quand il a fallu trouver un substitut au sucre de canne, vivent dans un marché ultraprotégé. Ils écoulent leur production à un prix garanti de 632 euros la tonne, soit trois fois plus que les cours mondiaux, dans la limite de quotas fixés par l?Union. Ils sont protégés de la concurrence extérieure par des droits de douane prohibitifs : 420 euros la tonne. Enfin, les prix garantis en Europe leur permettent de brader à l?étranger leurs excédents, avec ou sans subventions, faisant une concurrence à la canne ?déloyale? par des associations non gouvernementales comme Oxfam et WWF.
Si les betteraviers ont jusqu?à présent échappé à toute réforme, c?est qu?ils coûtent peu cher au budget européen : 1,7 milliard d?euros, essentiellement des aides à l?exportation, soit moins de 5 % du budget de la politique agricole commune (PAC). En réalité, le système est financé par le consommateur, qui paie son sucre plus cher mais ne s?en aperçoit pas. Aujourd?hui, l?Europe élargie produit entre 19 et 20 millions de tonnes de sucre, soit plus que son quota de production (17,4 millions). Elle en consomme 16,1 millions de tonnes et en exporte 3 millions, au grand dam des pays en voie de développement.
Système protectionniste
Ce système protectionniste est au bord de l?explosion, en raison de la pression des pays du Sud. En 2002, il a été attaqué par l?Australie, le Brésil et la Thaïlande devant l?Organisation mondiale du commerce (OMC), qui rendra son verdict à l?automne. L?Europe a recours en permanence à une clause de sauvegarde agricole admise par l?OMC pour se protéger des importations brésiliennes, mais son usage ne durera pas éternellement. Enfin, en vertu de l?accord ?Tout sauf les armes?, signé en 2001 par le commissaire au Commerce Pascal Lamy, les 50 pays les moins avancés de la planète pourront, à partir de janvier 2008, écouler leur sucre en Europe sans droits de douane ni contingent.
Pour éviter l?effondrement du système, la Commission estime qu?il faut libéraliser en partie le marché et rendre les sucriers européens plus compétitifs. Elle propose de réduire d?un tiers, sur trois ans, le prix de la tonne de sucre, qui tomberait à 421 euros en 2007-2008. Les quotas seraient réduits de 2,4 millions de tonnes sur quatre ans pour atteindre 14,6 millions en 2008-2009. Enfin, les subventions à l?exportation ne concerneraient plus que 400 000 tonnes, contre 2,4 millions à ce jour.
Cette réforme, jugée très insuffisante par Oxfam et WWF, devrait remodeler le paysage européen. Elle devrait mettre un terme à une des conséquences des quotas et des prix élevés, qui ont incité tous les Etats de l?Union à produire de la betterave, y compris sous les latitudes les moins propices, comme la Finlande ou l?Europe méditerranéenne. La Commission espère que la betterave va se concentrer dans les régions plus ?naturelles?, comme la France, l?Allemagne et la Pologne, qui assurent plus de la moitié de la production européenne. Pour faciliter cette redistribution des cartes, Etats et producteurs pourront se céder leurs quotas de production. Des centaines de betteraviers, venus d?Espagne, du Portugal, d?Italie et d?Irlande ont manifesté dès mercredi à Bruxelles. ?Les producteurs irlandais rejettent les baisses des prix et de quotas !?, ?Le Portugal veut continuer à produire des betteraves !?, indiquaient les pancartes.
Les Français, qui sont les premiers producteurs d?Europe avec 5,7 m de tonnes, verront leur rente très réduite. Mais l?entourage de M. Lamy estime qu?ils seront les mieux lotis. Avec un coût de production estimé à 300 euros la tonne, ils resteront compétitifs même après la baisse des prix. Ils devraient même récupérer des quotas d?autres pays et mener la danse dans la restructuration qui s?annonce.
Pour rendre la transition plus douce, la Commission veut compenser la perte de revenu des agriculteurs provoquée par la baisse des prix et des quotas, à hauteur de 60 % en Europe de l?Ouest, à 100 % dans les pays de l?élargissement. Les sucreries de-vraient recevoir des aides à la reconversion à 250 euros la tonne. La réforme devrait faire baisser le prix du kilo de sucre au supermarché, a indiqué M. Fischler. Il est plus douteux qu?elle conduise à la baisse du prix de la canette de Coca-Cola - grande militante de la libéralisation du marché -, le sucre ne représentant selon M. Fischler que 1 % de son prix de vente.
La réforme va bouleverser la politique de l?Union européenne envers les 77 pays dits d?Afrique-Caraïbes-Pacifiques ainsi que l?Inde, qui ont obtenu le droit d?exporter dans l?Union jusqu?à 1,3 million de tonnes de sucre au prix garanti européen. Cette politique d?aide ciblée a eu des effets pervers, conduisant à mettre sous perfusion sucrière certaines économies - comme Maurice, les Fidji, Sainte-Lucie, la Jamaïque. Avec la baisse des prix garantis, ils risquent de subir des pertes de revenu. L?Union entend compenser ce préjudice en lançant des programmes de diversification et d?aide au développement. Elle n?a pas le choix : ce volet de la politique européenne est un des aspects contestés devant l?OMC par le Brésil, l?Australie et la Thaïlande.
?Avec la libéralisation des marchés,? dit un diplomate français, ?les Euro-péens ont davantage de mal à aider les plus pauvres du Sud, sans avoir à aider les plus riches comme le Brésil.?
<B>Les betteraviers français en appellent à Chirac</B>
?Nous nous attendions à l?initiative de la Commission, mais le contenu du projet est à la fois provocateur et trop sévère?, a déclaré Dominique Ducroquet, président de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), qui regroupe 35 000 agriculteurs français. Il devait se rendre à Bruxelles, les 15 et 16 juillet, avec ses collègues de la Confédération internationale des betteraviers européens.
Pour ces agriculteurs, le fait de proposer l?entrée en vigueur de la réforme en 2005, alors que 2006 avait toujours été retenu dans les avant-projets, relève du défi. L?orga-nisation du marché du sucre -- régie par un complexe système de quotas de production à des prix garantis et par des exportations des surplus vers les pays tiers -- est très favorable aux producteurs français. Ceux-ci se situent essentiellement en Haute-Normandie, dans le Bassin parisien, en Bourgogne, dans l?Allier et le Puy-de-Dôme et dans les régions d?outre-mer, comme la Réunion.
Aides spécifiques
Les rendements, la productivité, et donc la rentabilité des exploitations betteravières, sont excellents. Toute modification du régime de marché ne peut que les affaiblir, surtout si les baisses de prix ne sont compensées qu?à 60 %. Dans les DOM-TOM, des aides spécifiques sont versées. Selon Ducroquet, ce sont ?les consommateurs européens uniquement, et pas les contribuables?, qui sont à l?origine de la bonne santé de ce secteur. Selon lui, ce sont d?abord les industriels du sucre, comme les fabricants de boissons ou de chocolats, qui profiteront de la baisse des prix et d?un alignement progressif sur le marché mondial, où les cours sont deux ou trois fois plus bas qu?en Europe.
Des pays comme le Brésil, la Thaïlande ou l?Australie, tous gros producteurs de canne, en conflit permanent avec l?Union européenne, produisent à des coûts très bas et ?des réductions trop fortes des quotas protégés seraient pour nous une catastrophe?, ajoute le président de la CGB. Ceux qui souffriront le plus de la réforme, prévient-il, à part l?Allemagne et la France, leaders européens, sont les pays d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (Maurice, Fidji, Répu-blique dominicaine...), qui, pour la plupart, exportent vers l?Europe au prix européen. ?Nous comptons sur la détermination de Jacques Chirac et de son ministre de l?agriculture, Hervé Gaymard, pour s?opposer à la réforme présentée par Franz Fischler?, conclut M. Ducroquet.
<B>François Grosrichard
© Le Monde News Service
Arnaud Leparmentier
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