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Braquages en série entre janvier et mars 1979

28 mars 2004, 20:00

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LE ?WEEK-END? du 25 mars 1979 titre à la une : ?L?escalade?. Il parle d?une ?valse de hold-up?. La presse de l?époque parle même de montant record puisque le dernier butin frôle le demi-million (Rs 450 743.39 sous, précise-t-elle, en respectant la minutieuse exactitude des comptables pour qui un sou était un sou). Circonstances accablantes : les auteurs du dernier hold-up en date connaissaient non pas la musique, mais le Musique puisqu?ils s?en prennent à Alex Musique, comptable de son état.

Ce dernier raconte volontiers sa mésaventure à Sydney Selvon, à Ismaël Bhugaloo et aux représentants des autres journaux venus aux nouvelles : ?Je suis le comptable de Queen Victoria S.E. Chaque quinzaine, je préside au rite de la sacro-sainte paie des employés de la Queen, de Beau Rivage S.E., de Caroline S.E., de Clémencia et de Gibraltar (des annexes de l?établissement sucrier de F.U.E.L.). Selon les quinzaines, je peux transporter jusqu?à Rs 600 000?. Le rituel est le même. M. Musique se rend à FUEL, prend l?argent, dépose une sacoche dûment approvisionnée dans le coffre avant de sa VW blanche, immatriculée X 342, et commence sa tournée. C?est réglé comme du papier à musique.

Connaissant la ritournelle, les bandits décident, un beau jour, de l?intercepter, de préférence en début de tournée. Ils jettent le dévolu sur la date du vendredi 23 mars 1979. Ils louent une voiture de location, une Mazda 323, et l?affublent d?un faux numéro d?immatriculation, AW 900, emprunté à un van Toyota. La Mazda se gare dans l?enceinte de l?usine de FUEL S.E. pour surveiller les faits et gestes du comptable Musique. L?attention d?un employé de cette sucrerie est même attirée par l?incongruité de cette plaque d?immatriculation. Elle ne correspond pas, estime-t-il, à la date de mise sur route des premières Mazda 323.

Les bandits s?en vont attendre M. Musique quelque part entre le carrefour de Bonne-Mère sur la route de Centre-de-Flacq/Camp-de-Masque et la propriété Queen Victoria. Ils garent leur voiture dans un chemin de cannes, s?arment de fusils à canon lisse, couvrent leur visage d?une cagoule et n?ont plus qu?à attendre le passage du comptable.

?Ils étaient habillés un peu comme des croque-morts?, confie le comptable à Sydney Selvon. Les fusils qu?ils tiennent à la main ont de quoi inquiéter Alex Musique et ses compagnons d?infortune, son assistant Georges Hérisson et le planton Hurrypardas Tacoory. ?Etant chasseur, j?apprécie d?autant plus le danger que représentent ces fusils à canon lisse qu?en l?occurrence je suis le? gibier.? L?obéissance absolue s?impose car le comptable ne tarde pas à ressentir au niveau de la trempe droite la fraîcheur d?un canon de fusil. ?Fou moi la clé ici !?. Alex Musique remet docilement la clé de contact de son véhicule à son agresseur. Ce dernier ouvre le coffre et s?empare de la sacoche au demi-million. Lentement, à reculons, les trois bandits regagnent leur Mazda puis redémarrent à toute vitesse en direction de Centre-de-Flacq. Le tout a duré quelques secondes. Une éternité pour le trio agressé qui s?en remettra difficilement.

Deux minutes plus tard, survient M. Maurice Ribet, le chef de la section de Gibraltar. Il est mis au parfum et essaye, mais en vain, de poursuivre la Mazda. Arrive M. Alain Harel qui confirme avoir tout juste croisé cette voiture. FUEL est averti ainsi que la police. Une demi-heure après, l?hélicoptère survole la région. La Mazda demeure, toutefois, introuvable.

La presse ne se contente pas de rapporter le braquage de Queen Victoria S.E. Elle l?assimile aux précédents hold-up. Parallèlement au compte rendu des événements de Queen Victoria S.E., ?L?Express? du 24 mars 1979 annonce que les dix suspects du vol à main armée du 22 janvier précédent, au Casino de Maurice, comparaîtront en cour le mardi suivant. Cinq sont accusés de participation au braquage, un de complicité (il les a véhiculés dans son taxi), un de recel d?une partie du butin et trois autres de possession illicite d?armes à feu.

Retour en arrière. Le lundi 22 janvier 1979, cinq hommes masqués, dont un en Père Noël, et armés de revolver s?emparent de Rs 200 000. Il est trois heures du matin. Ils font irruption à la rue Teste de Buch, Curepipe. Sous la menace de revolvers et de couteaux, ils forcent le caissier, M. Marc Low, à leur remettre près de Rs 200 000. Il hésite. Ils lui donnent des coups de crosse. Un gardien est blessé au poignet. Ils s?emparent de tout l?argent liquide disponible et s?évanouissent dans la nature. Chose aisée dans le brouillard curepipien. Rapportant ce vol, ?Le Cernéen? fait état d?une tentative de vol à la succursale de la MCB à Grand-Baie.

La presse rapproche aussi le hold-up de Queen Victoria S.E. à une tentative de braquage, commise une semaine plus tôt à Belmont, Goodlands. Un autre comptable, celui de Summit Textile, Ile d?Ambre, Poudre d?Or, revient de Goodlands. Il est intercepté par des hommes masqués et armés. Manque de pot pour ces derniers, il leur présente ses excuses pour une impardonnable bévue. Arrivé en banque, il s?aperçoit qu?il a oublié au bureau le chèque à monnayer et retourne le chercher. Bons princes, les malfaiteurs n?insistent pas.

Mais le rapprochement à faire est avec le hold-up de Clémencia du vendredi 26 janvier 1979. Moins d?une semaine après le spectaculaire hold-up du Casino de Maurice, trois hommes, voyageant à bord d?une voiture, agressent deux employés de FUEL et s?emparent de la paie des laboureurs, soit une somme de Rs 63 000. Il est environ 13 heures 30, ce jour-là, quand M. Jean Rambert, chef de la section de Queen Victoria S.E., et le marqueur M. Gobin se rendent à Clémencia. En route, une Austin Cambridge s?arrête à leur hauteur. Ses occupants, tirent des coups de feu en l?air et leur donnent l?ordre de s?arrêter. Un complice masqué sort d?un champ de cannes et force les deux employés à ouvrir le coffre de leur voiture. Il s?empare de la mallette contenant Rs 63 000 ainsi que le livre de paie. Les bandits reprennent place en voiture et démarrent en trombe. Le braquage a lieu sur un tronçon de route entre les montagnes de Gibraltar et de Clémencia.

?Escalade de vols à mains armées?, ?hold-up en série?, ?butins records? pour l?époque (Rs 200 000 au Casino et Rs 450 000 à Queen Victoria), ?vif émoi à FUEL et dans la région flacquoise?, ?bandes organisées?, la presse de l?époque multiplie les interrogations qui aboutissent généralement à l?ultime question : ?Mais que fait la police ??

Peu d?indices probants

Que fait la police, en effet ? Elle fait ce qu?elle doit faire: elle arrête les bandits. Après le braquage du Casino de Maurice, elle met sur pied une brigade spéciale, dirigée par l?inspecteur Mungroosingh. L?enquête n?est pas facile car les indices probants sont rares. Mais les limiers ont leurs antennes dans la pègre locale et le milieu. La police ne tarde pas à arrêter un jeune de 25 ans, habitant un faubourg portlouisien. Il ne peut, bien sûr, expliquer l?origine de la forte somme en sa possession. La police ?aidant?, il finit par avouer sa participation au hold-up. L?arrestation de ses complices a lieu dans les heures et jours suivants. La police de l?époque est même assez douée pour empêcher qu?un des suspects arrêtés ne se suicide, ou ne ?soit suicidé?, dans sa cellule.

Il en sera de même pour les quatre bandits de Queen Victoria. Trente-six heures (la moitié des 72 heures requises par Navin Ramgoolam pour reprendre ses esprits après le mystérieux décès de Kaya en cellule policière à Alcatraz, Casernes Centrales, Port-Louis), 36 heures suffisent à Ecosse Marcel et à ses collaborateurs pour arrêter les auteurs du hold-up du vendredi 23 mars 1979. Trente-six heures après, en effet, dans la nuit du samedi au dimanche, une équipe de 30 membres du C.I.D. arrête les suspects, à Brisée Verdière. Les limiers retrouvent aussi les trois quarts de la somme dérobée ainsi que deux des fusils du braquage. Une fois n?est pas coutume, des policiers ont pu disposer d?un nombre suffisant de véhicules pour tous les déplacements requis par l?enquête. La location de la Mazda utilisée, à une agence ayant pignon sur route, a facilité d?autant la tâche des policiers. Deux des suspects sont des laboureurs, un est chauffeur de camion et le dernier receveur d?autobus. Ils ont entre 23 et 36 ans. Le commissaire de police par intérim, M. Hyderkhan, a suivi de près le déroulement de cette enquête.

Mais il est dit que cette partie de voleurs et gendarmes ne finira jamais. La police n?a pas sitôt arrêté les agresseurs de MM. Musique, Hérisson et Tacoory, qu?elle se retrouve, nous apprend ?The Nation? du 27 mars 1979, avec deux autres affaires aussi sordides. Un bandit décapite d?un coup de sabre un boutiquier d?Anse Jonchée, Grand-Port. Ce dernier l?avait surpris au milieu de la nuit dans sa boutique. Aux Mariannes, Montagne-Longue, 25 énergumènes, armés de sabres, de gourdins, de gallons d?essence, de flambeaux, de pierres, attaquent une maison occupée par deux couples et enlèvent les deux femmes qui s?y trouvent dont une enceinte de six mois. (La suite à une prochaine chronique.)

?Aux Mariannes, Montagne-Longue, 25 énergumènes, armés de sabres, de gourdins, de gallons d?essence, de flambeaux, de pierres, attaquent une maison occupée par deux couples et enlèvent les deux femmes qui s?y trouvent dont une enceinte de six mois.?

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