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Bonnes résolutions
Noël est passée. Il nous reste le prétexte du Nouvel An pour continuer à nous amuser. Nous nous sommes réveillés ce matin avec un sentiment confus d?une fête bien consacrée. à l?ivresse des cadeaux reçus et offerts se mêle pourtant en ce jour un vague souffle mélancolique. Le Nouvel An sera prétexte à de nouvelles réjouissances. Pour les plus exigeants et pondérés, c?est aussi l?heure des résolutions. Toujours plus éclairées et judicieuses que celles de l?année qui se termine. On va souhaiter bonheur, santé et prospérité à ceux qu?on aime.
Pourtant, il subsiste une impression cafardeuse. On a un peu peur de cette année 2005. Pour soi-même, il y a cette appréhension de faire dans le répétitif.
Car, malgré les résolutions, il y a cette malheureuse intuition que notre vie ne dépend pas de nous-mêmes. Hormis la félicité intime qui relève de l?être privé, la vie professionnelle, elle, occupe une partie de plus en plus importante de notre existence et elle est source de bien de nos heurs et malheurs.
On sent aussi obscurément que c?est bien à travers cette activité professionnelle qu?on contribue au progrès de sa société. Du travailleur manuel au plus haut cadre d?une entreprise, chacun remplit une fonction. Chacun est un maillon de la chaîne.
À l?époque de sir Anerood Jugnauth, on était constamment soumis à un rappel sur les valeurs du travail comme un élan collectif qui crée les conditions de prospérité sociale. Aujourd?hui ce lien est tendu. L?impression de contribuer à un grand dessein s?est estompée. Parce que la société est trop gangrenée. Parce que les affaires, innombrables, nous éclaboussent. Parce qu?une mafia démasquée en cache tant d?autres. Parce que nos dirigeants n?ont pas encore trouvé les bonnes questions à poser alors qu?ils nous assurent qu?ils ont déjà toutes les bonnes réponses. Parce que nos principaux acteurs du monde des affaires ne nous ont pas encore convaincus de leur volonté de faire triompher la transparence et l?équité. Parce que nos hérauts socio-religieux sont trop souvent des zéros en intelligence sociale. Parce que?
La liste serait outrageusement longue.
Soyons donc brefs et concis et revenons aux bonnes résolutions dont la réalisation ne dépend que de nous. Il y a cette faculté de rire de nous-mêmes que nous nous devons de retrouver rapidement. Il s?agit de sortir de cet état d?alerte continuel auquel on se soumet. De la nation d?irrités et irritante, il serait salutaire de faire le saut vers une spontanéité de vie empreinte de générosité et de compréhension. Les hommes trop pressés n?ont pas le temps de regarder autour d?eux. C?est ainsi qu?on devient des atrabilaires. C?est ainsi qu?on devient des enragés parce qu?on a l?impression que l?autre nous a regardés quelque peu longuement dans le blanc des yeux.
Alors on prendra cette bonne décision de rire de soi-même. On ne verra plus dans les moindres allusions à la race ou à la religion une atteinte à ses convictions et à sa foi. Surtout on ne fera plus de concession à la médiocrité?
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