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Boeing et Airbus ciblent quatre avions d?Air Mauritius
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Boeing et Airbus ciblent quatre avions d?Air Mauritius
La crispation est palpable. En salle d?attente, Boeing et Airbus suivent des yeux chaque mouvement du Paille-en-queue. Aux étages supérieurs d?Air Mauritius Centre, les techniciens ne se pressent pas car il y va de l?avenir de la compagnie nationale d?aviation. Les constructeurs sont impatients mais ils se frottent les mains. Une superbe cagnotte est à portée de main.
Initialement estimé à Rs 15 milliards, le contrat d?Air Mauritius pourrait valoir le double. La compagnie nationale pourrait effectivement remplacer quatre avions au lieu de deux. Les deux Boeing 767, vieux de 17 ans, quitteront définitivement la flotte. Ils pourront être rejoints à la sortie par deux Airbus A340. Ces derniers n?ont qu?onze ans mais leur crédit-bail arrive à expiration d?ici deux ans. Or, il faut un minimum de 18 mois entre la commande d?un avion et sa livraison. Ce qui signifie qu?il faut d?ores et déjà songer à leur remplacement.
Les constructeurs l?ont bien compris et ont soumis des offres portant sur un total de quatre avions. Airbus propose de remplacer les deux B 767 par des A330-200 et les deux A340-300 par une version améliorée du même appareil, soit l?A340-300E. Boeing estime qu?Air Mauritius devrait faire l?acquisition de B 777-200ER pour remplacer les B 767 et de B 777-300ER pour les A340-300.
S?il est certain que la compagnie nationale d?aviation se débarrassera de ses Boeing 767, elle n?a pris aucun engagement par rapport aux deux A 340 jusqu?ici. Après tout, elle possède les deux Boeing alors que les Airbus sont financés par des crédits-bails.
Plusieurs permutations sont possibles pour l?entrée des nouveaux avions dans la flotte d?Air Mauritius. La compagnie pourrait acheter les avions, les opérer grâce à un crédit-bail ou trouver une solution mixte. Jusqu?ici, ni la direction ni les techniciens d?Air Mauritius ne pipent mot de la stratégie qui sera adoptée.
Pouvoir de négociation
Le rajeunissement de la flotte est une priorité de la compagnie aérienne. Les avions neufs consomment moins de carburant, nécessitent moins de maintenance, sont plus rentables et offrent un meilleur confort. Certains consultants estiment qu?Air Mauritius économiserait des millions de roupies en achetant ses avions d?un seul fabricant. D?autres pensent que cela réduirait le pouvoir de négociation de la compagnie auprès du constructeur choisi.
Air Mauritius opère actuellement cinq Airbus A 340. Le fabricant sélectionné pour remplacer les deux A 340 achetés en 1994 devrait logiquement remporter le contrat pour fournir trois autres avions flambant neufs sur le moyen terme. Ces appareils, qui font les dessertes long-courrier, figurent parmi les avions les plus utilisés de la flotte. Les deux Boeing 767 se focalisent sur le moyen-courrier. Les destinations inter-îles sont desservies par les ATR 42 et 72. Les vols régionaux (Afrique du Sud, Madagascar, Seychelles, Comores et Kenya) sont effectués par deux Airbus A 319-100.
Les nouveaux avions seront acquis à travers un offset deal. Ce concept permettra au pays d?amortir l?importante sortie de devises en recevant des avantages commerciaux des Etats-Unis ou de l?Europe. Les deux constructeurs proposent des débouchés relatifs au commerce, à l?investissement, au transfert technologique et à la création de joint-ventures. Toutes les questions relatives à l?offset sont gérées par le gouvernement.
Soucieux de ne pas offenser un des principaux partenaires commerciaux, l?Etat pourrait fort bien couper la poire en deux. Les moteurs seront achetés d?un continent et les avions d?un autre. Après tout, les réacteurs peuvent représenter jusqu?à 40 % du coût total d?un avion. Le Britannique Rolls-Royce, les Américains General Electric et Pratt & Whitney ont tous soumis leurs offres. Ces deux firmes fabriquent des réacteurs pour l?A 330 aussi bien que les B 777. Toutefois, les A 340-300E n?utilisent que des moteurs CFM, un joint-venture entre General Electric et la société française Snecma. Cet ordre des choses est normal dans l?aviation. Par exemple, les Airbus ont des composants américains ou chinois alors que le logiciel de pilotage et les portes de certains Boeing sont importés de l?Inde et du Pakistan. Comme quoi, même au niveau des constructeurs, il n?existe plus de pur-sang. La mondialisation est passée par là.
La décision qui sera prise dans les prochaines semaines aura un profond impact sur l?avenir d?Air Mauritius. L?investissement est énorme mais nécessaire. La compagnie nationale ne veut pas faire de figuration dans le nouveau paysage aérien qui se dessine. Elle veut s?offrir des armes de choix afin d?être plus compétitive et mater ses rivaux. La préparation ne fait que commencer?
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