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Bill Duff :les raisons de son départ

4 juin 2006, 00:00

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L?Alliance sociale a finalement eu la tête de Bill Duff. Elle ne lui revenait pas tout à fait depuis que l?Écossais avait été recruté par l?ancien gouvernement pour revoir notre univers carcéral de plus en plus incontrôlable.

Dans l?opposition, le Parti travailliste et ses différents partenaires n?y sont pas allés de main morte pour vilipender la nomination des étrangers à des postes de responsabilité que ce soit à l?aéroport, à la douane ou à la prison, entre autres. Ils considéraient alors que cet exercice se faisait au détriment des fils du sol.

Les interpellations des backbenchers rouges sur les dépenses du service pénitentiaire en novembre ne sont pas non plus innocentes. On avait alors appris que Bill Duff touchait un salaire mensuel de Rs 150 000, Rs 29 000 pour son loyer et des allocations totalisant Rs 42 000.

L?actuel ministre travailliste, Étienne Sinatambou, a d?ailleurs été l?avocat de l?assistant commissaire des prisons Jensing Sibdoyal, en mars 2005, quand celui-ci a contesté la nomination de Bill Duff en Cour suprême par voie de Judicial Review. Commissaire suppléant au départ du commissaire Ramkrishna Brojmohun, le 30 septembre 2003, Jensing Sibdoyal déplorait qu?il n?ait pas été promu à ce poste.

Parvenue au pouvoir en juillet 2005, l?Alliance sociale a mis de l?eau dans son vin et a laissé les choses telles quelles. Jusqu?à refuser la démission du contrôleur des douanes, le Canadien Bert Cunningham, le priant de rester. Mais vis-à-vis de Bill Duff, la situation est quelque peu différente?

Il ne se passait pas un jour sans que la presse ne fasse état des manquements répétés à la prison centrale, à Beau-Bassin. Au grand déplaisir de l?Alliance sociale qui ne voyait pas, du coup, d?un bon ?il sa politique davantage axée sur la réhabilitation.

Les dérapages à la prison depuis juillet 2005 se comptent à la pelle : un détenu a été sauvagement assassiné par ses camarades à la prison de Grande-Rivière-Nord-Ouest, un autre opérait un réseau régional de trafic de drogue à partir de la prison centrale à l?aide de son téléphone portable tandis que des situations cocasses surabondent, à l?instar des évasions et des femmes détenues qui font leur show sur le toit de la prison.

C?est sans compter les détenus qui manquent à l?appel du soir s?ils ne sont pas en surnombre, l?un qui est libéré à la place de l?autre et, cerise sur le gâteau, le cadavren décomposition d?un prisonnier est découvert six jours après sa mort dans un débarras sans que sa disparition n?ait été signalée !

Trop permissif avec les détenus

Donc, quand Bill Duff a fait sa demande de congé outre-mer pour une durée de quatre semaines, il y a une quinzaine de jours, le bureau du Premier ministre y a apposé son veto.

L?Écossais n?a pas digéré ce refus et a décidé de plier bagage. Il a rédigé sa lettre de démission vendredi et le bureau du Premier ministre n?a pris connaissance du contenu que lundi matin.

L?express-dimanche avait eu vent de la nouvelle dès jeudi dernier. « Des pressions sont exercées par le Prime Minister?s Office pour le pousser à la démission », confiait avec amertume un de ses lieutenants. Cependant, ceux qui sont censés suivre le dossier des prisons au gouvernement et au bureau du Premier ministre n?étaient alors pas en mesure de confirmer la nouvelle.

Selon ceux qui lui sont proches, il voulait simplement se rendre dans son pays natal pour revoir son père de 85 ans qui est souffrant ainsi que sa vieille mère.

C?est d?ailleurs ces points qu?il a avancés dans sa demande de congé.

« Pa ti pu kapav donn li conze dan ene moment ossi critik », lâche un officiel du Bureau du Premier ministre qui rappelle « les manquements » des derniers dix mois. « Line anvi alle et nu pane retenir li ».

Alors que le précédent gouvernement a trouvé en lui l?oiseau rare pour diriger le département pénitentiaire, ayant été à la tête des pires prisons londoniennes, l?Alliance sociale a vite fait de lui trouver des faiblesses pour ce job. « Boug la sak fwa kiena pression terrib lor li, li kumans gagne high blood pressure », déplore notre interlocuteur.

Il résume également les reproches déjà entendus de la bouche de certains subalternes de Bill Duff. Contrairement à ses prédécesseurs, il ne logeait pas dans l?enceinte de la prison centrale, ce qui n?est pas un bon point au cas où les choses tourneraient mal. Il réside au loin dans un bungalow cossu sur la côte Ouest.

D?autres avancent qu?il a donné trop de privilèges aux détenus, « ce qui pourrait donner à penser à ces derniers que tout est possible », explique un membre influent du gouvernement qui veut temporiser la situation. Par rapport à ces « privilèges », un gardien condamne sa décision d?avoir permis aux détenus de se procurer un briquet à gaz? « Taler bane la met dife dans matelas et fout desord », s?exclame-t-il avec véhémence.

Mais pour un officier supérieur, c?était une bonne chose. Les prisonniers se donnant le mot de ne pas « faner » avec les briquets, ces derniers étant considérés « comme un outil de lutte contre le virus du chikungunya », car ils leur permettaient d?allumer leurs serpentins anti-moustique.

D?autres matons déplorent qu?il a ouvert les portes aux ONG, soutenant « ki bane la fine gate nu travaye ». Toutefois beaucoup, ceux également présentés comme des ennemis de l?Écossais, reconnaissent le bien-fondé de ses plans mais regrettent que « la base n?ait pas suivi ses recommandations ni sa philosophie ».

Bill Duff parti, c?est un chapitre qui est clos, selon ses propres termes. Y aurait-il le déluge après lui ?

Un fauteuil pour deux

Bill Duff parti, le gouvernement doit maintenant s?atteler à lui trouver un remplaçant. Son départ est prévu à la fin du mois mais il prend l?avion le 15 juin, avancent ceux qui suivent ce dossier de près. C?est donc après son départ qu?une décision sera prise.

Le choix du futur commissaire se porte sur le conseiller dépêché par l?Inde auprès du bureau du Premier ministre, Vijaya Narayana, et Jensing Sibdoyal. Si l?Indien est vu par des hauts officiers comme étant un bon administrateur, ayant été derrière certains changements à la Prison centrale, d?autres trouvent qu?une prison indienne ne peut être comparée à la poudrière sur laquelle on est assis. Jensing Sibdoyal est bien vu par certains membres du gouvernement car il « sait manier le bâton et la carotte ». Il est partisan de la méthode forte et est très méticuleux sur certains aspects de la vie carcérale.

Le partisan de la méthode « soft »

« Quand j?ai appris qu?il avait été à la tête de six high security prisons à Londres au moment de sa nomination, j?ai eu des appréhensions. Mais, par la suite, j?ai été agréablement surpris par ses méthodes », se rappelle l?ancien ministre responsable des prisons, Sam Lauthan. Travailleur social, il a vite apprécié les mesures prises par l?Écossais, comme celle d?offrir des sessions de formation aux gardiens et d?ouvrir les portes de la prison aux ONG.

Il a aussi initié des programmes pour empêcher le suicide chez les nouveaux détenus, le dépistage des maladies incurables ainsi qu?un test anti-drogue dans les prisons autres que celle de Beau-Bassin.

Bill Duff avait aussi à c?ur une prison ouverte pour les femmes et un centre de désintoxication à leur intention. Il leur a permis deux visites par mois au lieu d?une seule qui ne durait que trente minutes, et a installé des téléphones dans les prisons, pour permettre aux détenus et aux jeunes du centre correctionnel d?être en contact avec leurs proches. La New Wing a déménagé afin que les détenus séropositifs ne soient pas stigmatisés. La cuisine a aussi déménagé pour éviter les rackets et les vols.

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