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Bilan : la première greffedu visage est un succès

7 juillet 2006, 00:00

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Sept mois plus tard, les controverses sont éteintes et cette transplantation à très haut risque est, pour l’ensemble de la communauté médicale et chirurgicale spécialisée, considérée comme un succès ouvrant la voie à la greffe chez l’homme non plus d’organes mais de tissus dits “composites”. Telle est la conclusion de la première publication scientifique documentée concernant la greffe partielle visage, qui a, été mise avant-hier sur le site Internet de l’hebdomadaire médical britannique “The Lancet”.

Avec un recul de quatre mois – le texte a été soumis pour publication en avril –, l’équipe des professeurs Devauchelle et Dubernard fournit une série d’éléments concernant les techniques chirurgicales mises en œuvre et les résultats obtenus.

Les auteurs de l’article rappellent d’emblée que, compte tenu de l’importance et de la gravité des lésions touchant quatre unités anatomiques (nez, menton, lèvres supérieure et inférieure), les techniques habituellement employées par les spécialistes de chirurgie maxillo-faciale (à partir de tissus prélevés sur la patiente) auraient imposé quatre ou cinq interventions successives sans que le résultat soit satisfaisant tant d’un point de vue esthétique que fonctionnel.

La transplantation du triangle nez-lèvres-menton a été faite à partir d’un greffon prélevé chez une femme de 46 ans décédée d’une “ischémie cérébrale sévère et irréversible”. L’équipe chirurgicale a commencé par suturer les artères et les veines, assurant ainsi la revascularisation du greffon qui aura, au total, été privé d’alimentation sanguine pendant près de quatre heures. Les chirurgiens se sont ensuite attelés à la reconstitution des muqueuses, des masses musculaires et des filets nerveux.

Un traitement immunitaire anti-rejet a été mis en place sur la base de l’expérience acquise par le professeur Dubernard lors des premières tentatives de greffes de mains. La receveuse a très rapidement retrouvé la possibilité de s’alimenter normalement. Elle parvient aujourd’hui de mieux en mieux à s’exprimer oralement et a retrouvé ses fonctions motrices et sensitives ainsi, récemment, qu’un sourire symétrique.

Tout en saluant l’avancée majeure que constitue un tel résultat, le docteur Patrick H. Warnke (département de chirurgie maxillo-faciale, université de Kiel, Allemagne) souligne, dans un article accompagnant la publication du “Lancet”, les risques du traitement immunosuppresseur. Celui-ci doit être administré à vie et toute interruption pourrait avoir des conséquences dévastatrices en entraînant le rejet du greffon. Parallèlement, il n’est pas exclu qu’un tel traitement immunosuppresseur au long cours puisse exposer les patients à des risques de maladies infectieuses ou malignes.

“Nous avons bien évidemment pleinement conscience de ces éléments”, a expliqué au “Monde” le professeur Jean-Michel Dubernard. “Pour autant l’exemple des greffes de mains nous montre, avec plus de six ans de recul, que l’on peut diminuer les doses médicamenteuses et nous disposons d’éléments immunologiques qui nous permettent d’avoir confiance en l’avenir.”

Après celle réalisée en avril en Chine, d’autres greffes de visage sont en préparation à Cleveland et à Londres ainsi, peut-être, qu’aux Pays-Bas. Il faut ajouter que des greffes de genoux, de larynx et de parois abdominales ont d’ores et déjà été tentées avec succès par différentes équipes à travers le monde. Après les greffes d’organes, il semble bien qu’une ère nouvelle et prometteuse s’ouvre aujourd’hui dans la chirurgie de la transplantation.

<B> © Le Monde 2006

Distribué par The New York Times Syndicate</B>

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