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Bienvenue à Ji Peng Fei
Maurice accueille, en ce début de septembre 1980, M. Ji Peng Fei, le vice-Premier ministre de la République populaire de Chine. La presse explique le sens de la visite de cette éminente personnalité de la nomenklatura chinoise. Tout d’abord, Maurice compte parmi les premiers pays non communistes à avoir reconnu le gouvernement de Pékin, au grand dam de la communauté mauricienne d’origine chinoise plus proche du régime de Chiang Kai-Shek, installé sur l’île de Taïwan. Le gouvernement travailliste passe aussi outre aux réticences européennes (France non comprise) et au veto américain. Port Louis savait, à l’époque, défier le gendarme du monde autoproclamé.
La visite de Ji Peng Fei confirme l’intérêt soutenu que Pékin accorde à l’île Maurice et au continent africain. La Chine populaire est une des rares puissances amies à montrer de l’intérêt pour l’Aéroport du Nord, un projet qui ne se matérialisera pas, bien que s’étant transporté de Saint-Antoine à la Plaine-des-Roches. La promesse chinoise de financer la construction de cet important projet aéroportuaire coïncide avec la décision de Pékin de financer le projet ferroviaire Tanzam, en Afrique australe.
Parallèlement le commerce entre Port-Louis et la Chine continentale s’accroît, principalement dans les domaines alimentaires et manufacturés. Les importations de produits chinois s’élèvent à Rs 70 millions en 1979. On espère même que la visite de Ji Peng Fei permettra aux exportateurs mauriciens d’écouler une partie de leurs produits en Chine. Comme quoi, il n’est jamais défendu de rêver tout haut et même dans les colonnes toujours hospitalières d’un journal.
En dehors du projet d’aéroport international sur les cavernes de la Plaine des Roches, les Mauriciens espèrent un accroissement de l’aide technique chinoise en matière de diversification agricole. On fait ressortir que des techniciens chinois font des tests géologiques à la Plaine des Roches et que leur rapport pourrait être favorable au projet aéroportuaire.
Des techniciens n’arrêtent pas de se livrer à toutes sortes d’expérimentations culturales à Belle Vue Albion. Mais les autorités locales veillent au grain (de riz) afin que ces réussites expérimentales ne perturbent pas les activités maraîchères de “my people”.
La presse gouvernementale n’hésite pas à parler de l’ouverture d’un nouveau chapitre dans les relations sino-mauriciennes et de résultats positifs pour l’économie mauricienne. On peut y lire ceci de particulièrement significatif : “A une époque où certaines puissances se livrent à la politique de la canonnière dans l’océan Indien (n’y voyez surtout aucune allusion à Diego Garcia ni aux “55 jours de Pékin”), M. Ji Peng Fei est porteur d’un message d’espoir”.
Dix-huit arcs de triomphe sont dressés pour souhaiter la bienvenue au vice-Premier ministre chinois. A Curepipe, un podium, dressé devant la mairie de Curepipe, attend ce visiteur de marque. Espérons qu’il n’y aura pas d’effondrement de salle verte comme lors de la visite de Michel Debré, scellant l’établissement d’un gouvernement de coalition entre le PTr de Ramgoolam et le PMSD de Gaëtan Duval, les tapeurs de ce dernier s’estimant au-dessus des lois de la gravité.
La presse profite de cette visite pour rappeler la genèse de l’immigration chinoise à Maurice. La communauté locale d’origine chinoise compte environ 30 000 membres en 1980 (3 %). Au début du XXe siècle, elle n’en compte que 3 500 sur environ 350 000 Mauriciens (1 %). On ne compte déjà plus les médecins, les légistes, les ingénieurs, les enseignants d’origine chinoise.
L’immigration chinoise à Maurice progresse au milieu du XIXe siècle, décline vers 1870 pour ensuite rebondir et occuper une place prépondérante. Il y a eu plusieurs tentatives éparses d’introduction à Maurice de travailleurs originaires de Chine dans l’Isle de France du XVIIIe siècle. Le baron Antoine d’Unienville parle de l’existence d’un quartier chinois au Port-Louis pendant le premier tiers du XIXe siècle. On trouve trace d’un dénommé Angonne, un négociant mort à Maurice, le 13 août 1838, à l’âge de 35 ans mais né en Chine en 1803. Il appartiendrait au clan Ng. Il est enterré au cimetière de l’Ouest, à proximité du caveau des Barbé, une famille aisée ayant compté des membres en vue du Mauritius Turf Club.
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