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Bidonnage Démocratique

5 février 2005, 00:00

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Cela pourrait paraître saugrenu, voire condamnable aux yeux des zinzins du carnaval politique mais la démission d?Anil Bachoo du gouvernement n?inspire qu?une insouciante curiosité. Cela aurait pu être quelqu?un d?autre que la réaction aurait été la même. En fin de compte, l?affaire se résume à ces rebondissements bidons qui ponctuent chaque épisode d?une télénovela. La scène politique mauricienne reste donc résolument pitoyable.

Pourtant, de part et d?autre, on n?a pas manqué de s?enflammer. C?est le signe que le navire gouvernemental est en train de couler, crient les opposants à la majorité élue. C?est le geste désespéré d?un traître qui ne cherche qu?à protéger ses intérêts, rétorque-t-on du côté du gouvernement. Les analystes et observateurs ajoutent les leurs également.

La fièvre électorale commençant à gagner le pays, il ne faut pas s?étonner que d?autres soient tentés par les mimodrames. Des défections ici, de nouveaux actes d?allégeance là. Des hommes qui rient, d?autres qui pleurent. Certains souffriront d?une épidémie d?optimisme. D?autres d?une overdose d?activisme. Mais il ne faut pas se tromper : il n?y aura pas de vaincus. En politique, il n?y a que des vainqueurs ! Les vaincus, il faudra les chercher ailleurs. C?est du côté des électeurs qu?ils se trouvent. Quant à M. Bachoo, il fait déjà partie de la race des élus politiques mauriciens qui n?ont d?adeptes que parmi les électeurs amateurs de la politique-novela. Ailleurs, ce ne serait que des chefs de tribus opportunistes avec un rôle minimisé. Ici, ce sont des têtes d?affiche de la politique. Ils contrôlent des familles ethniques. Ils font de l?obscure politique dans les ruelles sombres durant cette nuit ténébreuse qui précède le scrutin et où les enchères grimpent pour ce vote monnayable. Bien sûr, nous sommes à Maurice?

Ce sont les électeurs qui nourrissent leurs politiques ici. Et ceux-ci le leur rendent bien. Un «tempo» ici, un téléphone portable par-là. Ça, c?est pour les plus exigeants. Autrement pour les autres, il y a le «briani» et la boisson gazeuse. Et le tour est joué ! Alors, que Bachoo parte ou reste, est-ce vraiment le débat? L?important n?est-il pas de savoir, pour certains agents mercenaires, pour quelques électeurs opportunistes, où ils vont pouvoir monnayer le plus avantageusement possible leurs votes? L?important n?est-il pas de savoir, pour ces respectables chefs d?associations socioculturelles, où ils pourront se garantir une protection ?

La critique du politique est légion. Celle du citoyen-électeur est à construire. Certes, il revient au législateur de fixer les règles du jeu. Mais c?est à l?électeur d?engager sa responsabilité dans ce jeu. Il n?y a pas de corrupteur sans corrompu. A ce chapitre, tout est à refaire. Aujourd?hui, les pires irrégularités sont passées dans la normalité des choses. On invite l?électeur à accepter les fameux «cadeaux» de l?adversaire tout en votant pour soi ! Comprenne qui pourra ! De surcroît, on nous dira que le jeu démocratique a été respecté !

Alors, il ne sert à rien de dire que Bachoo a profité du pouvoir pendant plus de quatre ans avant de donner sa démission. Il ne sert à rien de voter pour X ou contre Y si c?est seulement pour réfléchir à des gains personnels qu?on voudrait immédiats.

Il ne sert à rien non plus de dire des commérages sur les politiques si nous faisons de la politique un commerce où nous n?aspirons qu?à remplir momentanément nos poches de quelques sous clinquants.

Elle est bien contraignante cette réalité. D?un côté, on ne peut se risquer à décrédibiliser les politiques. De l?autre, il importe de porter un regard critique sur l?électeur qu?on est. Dans ce dernier cas, le reflet que renvoie le miroir n?est pas trop attirant. C?est d?une lucidité douloureuse que naît le constat d?un spleen. Alors bouleversement politique ou pas, qu?est-ce que cela change si nous, en tant qu?électeurs, nous restons les mêmes !

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