Publicité
Bel-Ombre et ses recalés du développement touristique
Par
Partager cet article
Bel-Ombre et ses recalés du développement touristique
Après les feux d?artifice des inaugurations, Bel-Ombre retombe lourdement sur terre. En l?espace de quelques jours, le petit village du Sud a hérité de trois hôtels de luxe, le Telfair, Voile d?Or et Heritage. Mais seule une poignée des quelque 2 500 habitants du village ont pu y trouver un emploi.
Depuis novembre 2002, date du lancement du projet hôtelier intégré, Bel-Ombre savait ce qui l?attendait. Les promoteurs, le gouvernement, tout le monde avait promis d?importantes créations d?emplois dans la région avec l?arrivée d?un parcours de golf et de cinq hôtels ? dont trois ont finalement vu le jour. Mais le train du développement a finalement pris beaucoup de gens de court.
Les trois établissements emploient environ 900 personnes. De ce nombre, entre 10 et 15 % viennent de Bel-Ombre et ont déjà une expérience dans le tourisme. Mais parmi ceux qui n?avaient pas d?expérience et qui nourrissaient l?espoir d?être embauchés, peu d?élus. «Il y a très peu d?entre nous qui ont pu trouver un emploi à la hauteur des promesses formulées il y a deux ans», n?hésite pas à affirmer Anouchka, qui a, elle, réussi à se faire embaucher dans un des trois établissements.
Des jeunes filles de Bel-Ombre, comme Shirley ou Vanessa, ont tenté de trouver un emploi de baby-sitter. Sans succès malgré une expérience dans les hôtels du Morne et de l?Est. D?autres, telle Samantha, n?ont trouvé qu?un emploi temporaire sur le terrain de golf, en dépit d?une formation. Le golf est finalement le plus gros employeur de Bel-Ombre, puisqu?il a offert du travail à 43 personnes, dont plus de la moitié sont des habitants du village.
<B>HERITAGE RÉCLAME UN PEU PLUS DE TEMPS</B>
Selon un membre des forces vives de Bel-Ombre, seuls quatre des 35 jeunes qui ont suivi des cours de formation, en 2004, ont obtenu un emploi à ce jour. «Certains d?entre eux ont même eu une bonne scolarité dans de bonnes écoles», font ressortir les forces vives.
Les cours suivis pendant six mois à l?Ecole hôtelière s?avèrent aujourd?hui insuffisants. Deux années entières n?auront donc pas suffi aux habitants, aux hôteliers et aux organismes de formation pour se préparer à l?ouverture du marché de l?emploi. Comment expliquer cela ?
«C?est le niveau d?études de ces jeunes qui pose problème», avance un cadre d?un des trois hôtels. Leur niveau serait donc bas, au goût des employeurs. Pire, selon ce cadre qui a effectué un grand nombre d?entretiens d?embauche, «les jeunes ne semblent pas intéressés par les métiers de l?hôtellerie. Et puis, ils s?y sont pris trop tard, sinon ils auraient eu leur chance.» Lors des interviews, très peu d?entre eux réussissaient à faire valoir les qualités qui font un bon employé d?hôtel. Dur, dur les métiers de l?hôtellerie?
Mais globalement, l?ouverture des hôtels de Bel-Ombre a profité aux habitants des villages du Sud. Selon Harmon Chellen, le directeur de l?Ecole hôtelière, l?antenne de Surinam a accueilli 224 étudiants du Sud à la rentrée de septembre 2004. «L?intégration va se faire au fur et à mesure et avec le temps nous finirons par avoir de nombreux cadres du Sud», insiste-t-il.
Sur 257 employés, le Telfair emploie 156 habitants du Sud, dont 13 sont de Bel-Ombre. De son côté, Voile d?Or emploie 300 personnes, dont 44 % résident dans un rayon de 15 km, de Baie-du-Cap à Chemin-Grenier. De ces 300 personnes, 14 % habitent Bel-Ombre et Baie-du-Cap et 30 % Chemin-Grenier.
«Nous pratiquons de la discrimination positive», insiste-t-on au Voile d?Or. Cet établissement emploie des cadres qui sont originaires du Sud, dont un food and beverages manager et une executive housekeeper.
Heritage, lui, réclame un peu plus de temps? En septembre dernier, cet établissement annonçait que 25 % des 312 employés avaient été recrutés dans les villages proches de Bel-Ombre (de Baie-du-Cap à Souillac). Mais le nombre exact de recrutements effectués dans le village de Bel-Ombre à ce jour, ne nous a pas été communiqué. Pour les forces vives de Bel-Ombre, cet établissement n?aurait pas fait ce qu?il fallait pour les jeunes du village.
La déception est palpable à Bel-Ombre. Les heureux élus sont encore peu nombreux. Et les autres veulent faire entendre leur déception, évoquant même la possibilité de la manifester ouvertement dans la rue. Entre-temps, toujours pas d?aménagements sur la plage publique malgré les promesses et l?argent récolté par le Tourism Fund (déjà épuisé, d?ailleurs).
L?impatience gagne donc le village auquel on avait beaucoup promis, depuis 2002 et qui craint de ne pas pouvoir monter dans le train du développement, déjà en marche.
Publicité
Publicité
Les plus récents