Publicité
Battle de hip-hopdanseurs en guerre
Ils dansent. C?est leur monde, la casquette sur le côté et la musique à fond dans les oreilles. Une culture «street», qui a fait le tour du monde jusqu?à venir trouver un écho à Maurice.
C?est la culture vendue par toutes les radios et toutes les télés. Ces rappeurs qui chantent la misère dans leurs survêtements de luxe.
Au Coco Mango, loin de l?ambiance latino inspirée par les cocotiers lumineux, on se représente plus facilement un faubourg américain. Chacun rivalise de style avec son entourage. Ici un piercing, ici un bandanas, là un tatouage, là encore, le survet? de basket dernier cri, avec collection d?écussons, made in USA (c?est le comble du chic).
Les mots, la musique, les vêtements. Il faut mélanger tous ces éléments, les secouer avec une dose de volonté de ne pas sombrer dans l?alcool ou la drogue, pour obtenir le profil d?un jeune danseur qui se donne corps et âme à une passion libératrice.
Plusieurs groupes sont présents ce samedi. Le North Side Zoo, un collectif de Grand Baie, et les Beach Boys, garçons qui s?entraînent chaque soir sur la plage. Ils arrivent en avance, trop impatients de montrer leurs talents.
La musique qui joue à fond, est un assemblage de rythmes hip hop, des titres connus, plus ou moins vieux, que les danseurs connaissent par c?ur. C?est une musique de la rue, dont le rythme, finalement, peut se calquer sur celui du battement de c?ur de l?un de ces jeunes danseurs prêt à tout pour épater la galerie et relever un défi lancé à lui-même.
Personne dans la salle n?y résiste et les mouvements d?épaules saccadés (tout le monde n?a pas le sens du rythme) encadrent le tableau d?un combat à l?arme légère, l?espoir.
Le parquet rayonne des couleurs diffusées par la boule disco. Cela fait mal aux yeux, paraît-il. C?est du moins ce que dit un jeune qui vient de rater une figure. Il a l?air plutôt énervé. Ses amis le laissent recommencer. Il réussit et affiche un sourire tout en retenue, tout fier de lui.
Chacun y va de sa spécialité, les sauts, les toupies au sol, sur la tête ou sur les mains, le smurf ? Même les tout petits font preuve d?une force inouïe pour leur âge. On espère voir les prodiges qu?ils accompliront plus tard.
On attend Alliance Suprême, les champions, craints et admirés de tous. Parce qu?ils ont gagné des titres, ils se croient permis de faire poireauter les autres pendant une heure, de prendre de leur temps pour se préparer, de ne pas danser quand la musique leur déplaît. Beaucoup les prennent pour des prétentieux. C?est vrai qu?ils se la jouent gros bonnets avec ? leurs gros bonnets.
La «Battle» commence. Tout le monde se tait. Les danseurs provoquent d?entrée. On voit qu?ils ont l?habitude des battles de hip hop. On entend leur nom un peu partout. Alliance suprême est aussi le seul groupe mauricien à tourner à l?étranger, à remporter des titres, notamment celui de champion de l?océan Indien, devant les Réunionnais.
Les groupes se présentent au public, les Beach Boys en noir, l?Alliance Suprême en blanc alors que résonne l?air du combat, un remix de Rocky II, La Revanche. Le combat s?annonce captivant. Les gars de Pereybère sont évidemment plus applaudis par leurs confrères de Grand Baie.
Alliance Suprême au contraire, force un respect dubitatif. Bref, tout le monde attend de les voir à l??uvre.
Doutes envolés dès le premier morceau de la battle et la première prestation d?Alliance. Quelques secondes suffisent. Le public reste scotché aux baskets des danseurs qui n?en finissent plus de virevolter avec une aisance presque insultante. Ils font tout mieux que les autres. Connaissent tous les mouvements, les améliorent, les enchaînent.
Face à eux, les Beach Boys sont en plus mauvaise forme, comme s?ils étaient trop impressionnés pour se laisser aller. Chaque groupe se positionne d?un côté et l?autre de la scène. Chacun son tour, les danseurs de chaque équipe provoquent, se défient... A l?autre équipe d?égaler ou même de surpasser son concurrent dans l?exécution d?un mouvement.
Chez Alliance Suprême, c?est le petit nerveux en caoutchouc, Richard, qui dirige les opérations. Il sait qui envoyer, quelle figure lancer, il connaît les musiques et allie au talent technique, les qualités d?un vrai showman.
La supériorité de l?Alliance Suprême est nette. Ils font le spectacle. Contrairement aux Beach Boys, ils chorégraphient leurs Battles. Pour eux, ce n?est pas qu?un enchaînement de simples figures de danse. Ils se lancent à deux, à trois, à quatre, mouvements aussi spectaculaires que synchronisés.
Les Beach Boys ne désespèrent pas pour autant. Malgré quelques ratés, ils se débrouillent et, avec un peu plus de pratique et d?apprentissage de la scène, ils pourront sûrement inquiéter l?Alliance.
Publicité
Publicité
Les plus récents