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Bassin-Blanc : le Dr Boolell écarte la thèse de la noyade
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Bassin-Blanc : le Dr Boolell écarte la thèse de la noyade
par Marie-Annick SAVRIPÈNE
Les rapports d?autopsie des corps d?Anshi Ittoo, 17 ans, et Tagoresingh Sandoram, 39 ans, retrouvés il y a quatre ans à Bassin-Blanc sont précis et concis.
Se fondant sur ses observations, le Chief Police Medical Officer, le Dr Satish Boolell, écarte toute possibilité de noyade.
Il a déposé pendant près de cinq heures mardi au tribunal de Souillac dans le cadre de l?enquête judiciaire sur cette affaire. Dans ses rapports, le médecin légiste a remarqué qu?il n?y avait aucun corps étranger, ni particules de boue ou de végétation dans les poumons des deux cadavres. Ce qui écarte la thèse de la noyade.
Car lorsqu?il y a noyade, l?eau pénètre l?organisme au niveau de la glotte et s?introduit dans les passages respiratoires jusqu?à l?estomac et les poumons. Lors du processus de décomposition, une partie de cette eau quitte l?endroit où elle s?est logée pour être absorbée par les tissus annexes.
Mais des résidus subsistent après cette absorption. Et si les amants de Bassin-Blanc s?étaient noyés, on aurait retrouvé des débris de végétation, de la terre et même des habitants naturels du lac, à savoir des crevrettes dans leurs poumons. Or, les passages pulmonaires de la jeune fille et de son amant étaient totalement secs. Ce qui, selon le Dr Boolell, confirme que «no water from the Bassin-Blanc medium went into these air passages for the purpose of drowning ».
Le médecin légiste n?a, de plus, noté la présence d?aucun gravier, d?aucune particule de boue ou de végétation provenant de Bassin-Blanc sur les vêtements de deux amants ou sur leurs corps. Cette absence d?éléments indique que ceux-ci auraient pu avoir été lavés durant l?immersion.
Plusieurs blessures
Plusieurs blessures ont également été décelées sur les deux cadavres. Le Dr Satish Boolell a expliqué que celles que portaient les deux cadavres ne pouvaient être issues d?une chute car elles proviennent de plusieurs impacts. Tout comme elles ne peuvent résulter d?une dégringolade, a-t-il spécifié, car autrement, il y aurait eu des égratignures et blessures collatérales précises.
Si les deux cadavres présentaient des blessures, celles-ci ne se ressemblaient pas. Sur le cadavre de la jeune fille, des hématomes ou bleus provoqués par des saignements sous-cutanées et des abrasions qui sont des blessures externes cicatrisant généralement sans laisser de traces ont été notés.
Selon le médecin légiste, les hématomes figurant sur les bras des deux amants, surtout sur ceux de Tagoresingh Sandoram, laissent penser qu?ils ont été maintenus de force. Il a aussi souligné que les blessures décelées sont beaucoup plus nombreuses sur le cadavre de Tagoresingh Sandoram.
Anshi Ittoo présentait un bleu au milieu de sa lèvre inférieure, avait une tache de pâleur causée par une pression sur la joue droite, des hématomes sur le rein droit, sur la partie supérieure du front droit, sur la cuisse droite et sur le haut du bras droit.
Des abrasions ont été relevées par le Dr Boolell sur le haut du bras gauche, sur son avant-bras gauche et sur son menton. Il y avait trois hématomes à différentes régions de son cuir chevelu, de même qu?un hématome profond sur la partie gauche de la nuque.
Tagoresingh Sandoram présentait pour sa part quatre lacérations sur la lèvre supérieure, des hématomes sur le cuir chevelu, le front, l?occiput, sous la clavicule droite et au niveau des troisième et quatrième côtes à droite du sternum. Plusieurs bleus ont aussi été notés sur son biceps gauche, à la jointure des coudes gauche et droit, à l?intérieur du haut du bras gauche.
Entre la quatrième et huitième côte, à gauche du buste se trouvaient aussi de larges hématomes. D?autres bleus figuraient sur son cuir chevelu, notamment au niveau de l?occiput.
Une certaine quantité de nourriture non digérée comprenant du riz et des légumes a aussi été relévée dans l?estomac de Tagoresingh Sandoram. Ce qui indiquerait que la mort serait intervenue approximativement deux heures après la prise du dernier repas. Cette nourriture était sèche. Ce qui laisserait présager qu?aucune eau n?a été avalée.
Des ?ufs de mouche ont été trouvés sur la partie gauche du polo de Tagoresingh Sandoram, de même que dans son cuir chevelu du côté droit et sur la partie supérieure droite de son buste. Ce qui impliquerait la possibilité d?un temps d?immersion de trois jours à l?opposé du traditionnel quatre jours. En effet, dans un contexte tropical comme Maurice, un corps immergé remonte à la surface au bout de quatre jours en raison de la décomposition intra-abdominale. La présence d??ufs de mouche sur l?homme laisse présager que les corps ont pu rester un certain temps hors de l?eau avant d?être immergés.
Végétation épaisse
Le Dr Boolell a aussi déclaré en cour qu?il est impossible que les deux amants aient pu se jeter du haut du cratère pour tomber dans le lac car l?environnement de Bassin-Blanc ne le permettrait pas. Si cela avait été le cas, les corps se seraient arrêtés au bout de quelques mètres, freinés dans leur élan par la végétation épaisse à l?intérieur du cratère. Le Dr Boolell a aussi précisé qu?il ne pensait pas que les deux amants soient volontairement entrés dans l?eau.
En cour, le Dr Boolell s?est montré formel : la mort a été induite par des coups. Car si le point commun entre les deux cadavres est une cause de décès similaire, soit une hémorragie intracrânienne, celle de Tagoresing Sandoram est de nature plus violente. Cela dit, le médecin légiste a préféré laisser aux enquêteurs le soin de déterminer s?il y a eu acte délibéré ou non.
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