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Barroso présente sa nouvelle équipe
José Manuel Durao Barroso a présenté cette semaine dès les premières heures du sommet européen de Bruxelles, sa nouvelle équipe de commissaires remaniée pour obtenir une large majorité au Parlement de Strasbourg. «Nous pouvons dire que nous sommes de nouveau sur la bonne voie», a-t-il déclaré lors d?une conférence de presse alors que les dirigeants européens devaient parler relance de l?économie et coopération judiciaire et policière dans l?Union.
«J?ai effectué les changements nécessaires et suffisants», a-t-il déclaré en exprimant son espoir d?obtenir un «large soutien au Parlement européen» lors du vote d?investiture. Le futur président de la Commission européenne avait été contraint de retirer la composition de son équipe il y a dix jours à Strasbourg devant le risque d?un vote de censure ou d?une majorité obtenue grâce aux votes de l?extrême-droite. La gauche du Parlement européen exigeait notamment la tête de l?Italien Rocco Buttiglione, candidat au poste de commissaire à la Justice, à la Liberté et à la Sécurité, qui avait tenu des propos conservateurs sur l?homosexualité et le mariage. Barroso a obtenu deux sacrifices des gouvernements.
Buttiglione a été remplacé au même poste par le ministre des Affaires étrangères, Franco Frattini, un diplomate très lisse mais totalement dévoué à la cause de Silvio Berlusconi. La Lettonie a retiré la candidature de la libérale Ingrida Udre, pressentie pour le portefeuille de la Fiscalité ? elle avait avoué son euroscepticisme, était éclaboussée par un scandale politico-financier et son gouvernement est tombé. Elle a été remplacée par le diplomate letton Andris Piebalgs, mais pas au même poste pour régler un autre problème. Le socialiste hongrois Lazslo Kovacs, candidat-commissaire à l?Energie, qui a admis s?être mal préparé pour son audition devant le Parlement européen, restera à Bruxelles mais prendra en effet le portefeuille d?Udre pour amadouer le Parlement.
C?est Piebalgs qui hérite donc du dossier de l?Energie. Enfin, la libérale néerlandais Neelie Kroes, dont le passé de femme d?affaires pourrait impliquer des risques de conflits d?intérêts sur les dossiers à traiter, restera à la Concurrence. Barroso estime en effet qu?il n?y a aucun problème depuis l?accord conclu lors de la nomination de Kroes, qui s?est engagée à se retirer des dossiers concernant «ses» entreprises. L?entourage du président minimise d?ailleurs les risques.
Si la libérale néerlandaise, qui a siégé aux conseils de surveillance de 12 entreprises, avait été commissaire à la Concurrence au cours des cinq dernières années, elle n?aurait dû se retirer que dans 0,7 % des cas - trois fusions sur les 1 500 examinées par Mario Monti et neuf aides d?Etat sur 2 000. «Je pense vraiment qu?il n?y a pas de raison de changer Mme Kroes, c?est une excellente candidate pour la concurrence», a expliqué le futur président de la Commission.
Ce dernier a émis l?espoir que les nouveaux commissaires puissent subir rapidement des auditions par les commissions spécialisées du Parlement européen afin que celui-ci accorde son investiture à la Commission dès sa session du 17 novembre. Sa confiance ? ses contacts avec les groupes politiques lui ont laissé une «bonne impression» et il a rencontré dès hier leurs chefs pour organiser la suite - semble être logique.
Les libéraux (88 députés), les socialistes (200 parlementaires) et les conservateurs (268 membres) ont tous des raisons d?être satisfaits à des degrés divers. Les libéraux diront oui, les socialistes approuveront en majorité une Commission dont ils auront affaibli l?aile droite et les conservateurs se satisferont du déplacement de Kovacs vers un autre poste, même s?ils ont perdu des plumes. Ils n?ont d?ailleurs pas tardé à le confirmer. Le chef du groupe socialiste, Martin Schulz, a «salué les choix éclairés et courageux» de Barroso dans un communiqué et, même s?il a regretté que Kroes garde la concurrence, il a annoncé que son groupe le soutiendrait lors du vote.
Les conservateurs, qui ont tenu sommet jeudi à Bruxelles avant le Conseil européen, ont eux aussi applaudi. «Nous soutenons unanimement la Commission remaniée de M. Barroso», a déclaré le président du Parti populaire européen, Wilfried Martens, en promettant le soutien de ses troupes. Jusqu?au bout, certains dirigeants conservateurs, dont Silvio Berlusconi, ont tenté d?obtenir le «scalp» du socialiste Lazslo Kovacs, sans toutefois y parvenir. «Je suis absolument convaincu que l?Europe a fait un pas en avant en termes de démocratie», a estimé jeudi le président du Parlement, Josep Borrell, qui s?est félicité de ce qu?il ne considère pas comme une crise, mais un progrès.
Yves Clarisse
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