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BAGDAD : l’armée américaine dresse des murs entre communautés

18 août 2006, 00:00

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Les armées américaine et irakienne ont commencé à construire un mur encerclant Al-Dora, un quartier sud de Bagdad. Des soldats ont posé des barrières de béton préfabriquées afin d’ “empêcher les terroristes d’entrer”, selon l’armée américaine.

Si Al-Dora est un vaste quartier mixte, l’opération consiste, dans ce cas précis, à isoler une zone habitée majoritairement par des sunnites afin de la protéger d’incursions de milices chiites. Depuis que Bagdad est en proie à la guerre civile et que des transferts de populations entre chiites et sunnites s’opèrent, Al-Dora a été l’un des quartiers les plus touchés par les violences intercommunautaires.

Reconnaissant l’échec du plan de sécurité “En avant ensemble” lancé en juin, l’armée américaine et les forces de sécurité irakiennes ont dévoilé une nouvelle stratégie, qui consiste à séparer les quartiers de Bagdad selon des critères communautaires. “Nous allons nous concentrer sur les frontières confessionnelles, aller dans ces secteurs, les nettoyer, installer les forces de sécurité, apporter de l’aide économique et travailler avec les leaders locaux afin que les gens se sentent en confiance”, a expliqué le commandant de la Force multinationale, le général américain George Casey. L’objectif est de “nettoyer Bagdad avant le ramadan”, fin septembre.

Le quartier d’Al-Dora, où sévissent à la fois des combattants sunnites liés à la guérilla irakienne et des milices chiites, a été le premier visé par cette stratégie. Alors que les premières barrières de béton étaient posées, l’armée américaine, qui l’a bouclé, semblait satisfaite du bilan d’une première semaine d’opérations : “Auparavant, on trouvait vingt-cinq engins explosifs par semaine à Dora. Nous n’en avons trouvé que quatre cette semaine. C’est un succès.”

<B>“Comités de défense populaires”</B>

Marquant leur défiance face au plan de sécurité, deux mouvements chiites, le Conseil suprême de la révolution islamique en Irak (CSRII), pilier de la coalition au pouvoir, et la faction de l’imam Moqtada Al-Sadr, opposant à l’alliance américano-irakienne, ont créé, mardi, des “comités de défense populaires” dans la ville sainte chiite de Nadjaf, après un attentat qui a eu lieu devant le mausolée de l’imam Ali.

Les deux mouvements disposent déjà de milices, la Brigade Badr pour le CSRII et l’Armée du Mahdi pour Moqtada Al-Sadr. Ils souhaitent étendre leurs “comités” à Bagdad et à tout l’Irak afin de protéger la population chiite des attaques de la guérilla sunnite.

L’armée américaine a récemment violemment attaqué l’Armée du Mahdi dans le faubourg de Sadr City, à Bagdad, y compris avec un recours à l’aviation. Le premier ministre, Nouri Al-Maliki, opposé à la création de milices, a condamné le raid américain. Impuissant, il semble pris entre deux feux.

Et pendant que le président irakien, Jalal Talabani, continue d’affirmer qu’il “ne croit pas qu’une guerre civile se déroule en Irak”, les gardiens de l’ordre public dressent des murs.

<B>© Le Monde 2006

Distribué par The New York Times Syndicate</B>

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