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Aux politiques d?agir
Le jugement rendu hier par le ?full bench? de la Cour suprême est une gifle à la République. Il oblige chaque candidat briguant un siège parlementaire de déclarer son appartenance ethnique. On pensait en avoir fini, depuis le jugement Balancy, avec ce rituel qui symbolise le poison de la division. Or, la plus haute instance judiciaire vient déclarer que ce jugement ?was wrongly decided?.
Les brillants juges qui composent le ?full bench? n?ont bien entendu qu?une marge de man?uvre limitée pour agir. Ils ne légifèrent pas. Ils ne font qu?interpréter la loi. A l?intérieur de ce cadre étroit, ils sont arrivés à la conclusion que les formulaires d?inscription des candidats aux élections sont invalides si ceux-ci n?indiquent pas leur groupe ethnique. Sans cette information, expliquent les juges, l?exercice de désignation des ?best losers? n?aura aucun sens.
Sur le plan strictement juridique, les arguments des trois juges sont convaincants. Il n?en demeure pas moins que leur jugement vient frustrer les espérances de ceux qui comptaient sur la voie juridique pour éliminer une pratique qui mêle la religion avec la politique. Comme l?écrivent les juges, la balle est maintenant dans le camp des politiques.
Dans leur jugement, le chef juge et les juges Matadeen et Lam Shang Leen attaquent sans ambages le système existant : ?No doubt there are certain problems inherent in the best loser system?? Ils en citent trois. C?est un système qui inscrit le communalisme dans la Constitution. Il n?est pas facile de déterminer l?ethnie d?un individu par son mode de vie comme le veut le ?First Schedule? de la Constitution. Et, les sièges de meilleurs perdants sont alloués sur la base d?un recensement effectué en 1972.
Une nation qui cherche à se consolider ne peut pas classifier officiellement ses citoyens en fonction de leur origine ethnique ou religieuse. C?est à cette condition que l?on évitera d?ethniciser la vie publique. Une Constitution qui reconnaît des différences basées sur la religion est un texte dépassé. Nous devons rendre hommage à l?action de ces jeunes membres du mouvement Rezistans ek Alternativ qui ont cherché à contester une pratique indigne d?une République qui se veut égalitaire. Ils n?y sont pas parvenus jusqu?ici mais ont sensibilisé la population à cette question.
Les politiciens qui ont promis de dépoussiérer nos lois ont le devoir de se mettre à l??uvre. Certaines lois sont restées figées depuis l?indépendance. Par exemple, ce fameux ?First Schedule? attaché à l?alinéa 31(2) de la Constitution. Il stipule que : ?Every candidate for election at any general election of members of the Assembly shall declare in such manner as may be prescribed which community he belongs to?? Une clause d?apparence si archaïque existe toujours dans nos lois !
L?identification ethnique des candidats procède d?une bonne intention. Les pères de la Constitution voulaient s?assurer que chaque communauté soit représentée équitablement au Parlement. Ce souci était légitime mais il est aujourd?hui possible de résoudre le problème de représentativité autrement. En adoptant la représentation proportionnelle, chaque parti peut constituer une ?party list? bien dosée et atteindre le même objectif que le ?best loser system?. Les principales formations politiques se disent toutes en faveur d?une réforme électorale. Le jugement d?hier pose ces partis devant leurs responsabilités historiques de passer aux actes.
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