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AUTOMOBILISTES ET DÉRAPAGES

10 septembre 2005, 20:00

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Les accidents de voitures ne cessent de défrayer la chronique. Et l’ampleur des dégâts occasionnés par ces collisions, tant sur le plan humain que matériel, fait toujours froid dans le dos : des gens projetés hors des véhicules, des voitures transformées en amas de ferrailles… Mais la vue et la description d’un accident n’a qu’un effet transitoire sur la conduite. « C’est une histoire de heart and mind. On se rend compte des risques d’une mauvaise conduite, on sait ce qui est bien et mal mais la tête ne suit pas toujours le cœur », tente d’expliquer Manoj Burton, moniteur en defensive driving à l’IVTB.

Certes, après le choc des accidents, nombreux sont ceux qui font comme si cela n’arriverait qu’aux autres. Et nombreux sont les réfractaires au code de la route qui ne se considèrent pas comme des délinquants et sont même persuadés d’être tellement bons au volant qu’ils peuvent pulvériser les limitations de vitesse.

Quel genre de conducteurs sommes-nous ? Comment se fait-il que le cadre bien poli et sérieux au travail ne soit plus le même au volant et se mette à injurier les autres conducteurs ? Comment est-ce possible que la mère très soucieuse de la santé de ses enfants, déroge aux règles et prend des risques, le matin quand elle conduit sa progéniture à l’école ?

<B>La règle des trois « E »</B>

Manoj Burton parle de manque de culture. « Les gens n’ont pas cette culture de l’autre. Ils ne pensent qu’à eux et la sécurité d’autrui est le cadet de leurs soucis.

En plus, ils croient souvent que ce sont les autres qui conduisent mal », explique-t-il.

Il fustige par la même occasion le système actuel d’attribution du permis de conduire qui n’exige pas un certain nombre d’heures de pratique et les moniteurs des auto-écoles qui, selon lui, n’ont souvent pas la pédagogie nécessaire pour inculquer aux chauffeurs le côté psychologique de la conduite.

« Aussi longtemps que les gens ne comprendront pas qu’il faut partager la rue, que celle-ci n’est pas un défouloir, et que, tout comme ils prennent du temps pour manger, ils devraient faire de même au volant, il n’y aura pas de changement dans le comportement des automobilistes. »

Comment arriver à réduire le nombre d’accidents alors ? Le sergent Barlen Munusami de la Road safety Unit met en avant les trois « E » : l’éducation par les campagnes de sensibilisation et de l’info- route, l’enforcement qui est d’appliquer la loi, de punir les contrevenants et l’Engineering qui consiste à améliorer les routes, les éclairages. On sait que l’interdiction de l’utilisation du téléphone portable, le port obligatoire de la ceinture de sécurité pour les conducteurs et les passagers, la majoration des amendes en cas de conduite en état d’ébriété et la sanction des conducteurs de voiture non conformes aux normes essaient de contribuer à plus de sécurité sur la route.

Des recherches ont démontré que l’appréhension perçue (radar, présence de la police) constitue un élément de dissuasion efficace. Ainsi, si les automobilistes croient qu’ils vont probablement se faire prendre, ils font plus attention à ne pas commettre une infraction.

Du côté de la police, on regrette néanmoins cette solidarité entre les automobilistes qui consiste à lancer des appels de phares pour prévenir de la présence d’un barrage policier. « Ce qui se passe, c’est que celui qui fait de la vitesse ralentit à un certain moment, et appuie sur le champignon de plus belle ensuite pour rattraper le retard dû au ralentissement », fait-on ressortir.

Quoi qu’il en soit, à ceux qui croient que rouler vite, permet d’arriver à destination rapidement, Manoj Burton lance la théorie de la perceptive evidence. « Si vous pensez qu’il y aura trente minutes d’écart à l’arrivée entre la voiture qui roule à 80 km et celle qui roule à 120 km, vous avez tout faux. Il y a des obstacles et des feux sur la route, et celui qui roule vite doit freiner plus tôt. Au final, l’écart est de 5 à 7 minutes. Cela ne vaut pas la peine de risquer sa vie pour ces quelques minutes. » Il faut également noter que les excès de vitesse sont la cause principale des accidents et que l’erreur humaine est à 95 % responsable dans ces cas-là.

Bref, s’il vous arrive de slalomer entre les voitures, de coller de près aux véhicules pour qu’elles vous cèdent le passage, de considérer les piétons et les deux-roues comme des obstacles sur votre chemin, il est temps de vous remettre en question.

Après tout, ce n’est pas la route qui est meurtrière, ce sont les conducteurs qui sont les principaux acteurs de l’insécurité routière. Vous êtes peut-être un danger sans le savoir. En passant c’est quoi un bon conducteur ? « C’est celui qui connaît le code de la route, qui peut être assez vif dans les manœuvres, qui sait voir le danger immédiat et éloigné, qui peut faire le bon choix en cas de pépin, qui prévoit les erreurs des autres. L’expérience est un facteur indéniable dans la bonne conduite », résume Manoj Burton.

<B>* 2 178 conducteurs ont été verbalisés pour excès de vitesse.14 ont été trouvés positifs à l’alcotest.31 ont eu une roue bloquée par un sabot pour stationnement interdit.75 ont été pris en contravention pour des véhicules fumigènes.</B>

· Chiffres pour août 2005

<B>Les profils</B>

Le sergent Barlen Munusami, de la Road Safety Unit nous dresse les portraits types de conducteurs dont nous faisons forcément partie.

■ <B>L’agressif</B>

C’est celui qui se défoule sur la route. Il démarre ou freine brusquement. Il appuie furieusement sur le klaxon si quelqu’un gène son passage. Il panique le chauffeur qui est devant lui. Il est vulgaire avec ceux qui font des erreurs ou qui, pense-t-il, ont fait des erreurs. Ce conducteur peut être de nature agressive, a ses mauvais jours, ou encore il a développé cette agressivité au fil de son expérience.

■ <B>L’inquiet</B>

C’est l’anxieux qui méconnaît ses capacités. Il n’a pas l’habitude de rouler dans Port-Louis et le jour où il le fait, il est inquiet, il n’est pas sûr de ses manœuvres et il fait ainsi beaucoup d’erreurs.

■ <B>L’égoïste</B>

Il croit que la route lui appartient. Il ne tient pas en compte les autres usagers. Il va doubler une bicyclette à toute vitesse, peu importe si le coup de vent peut faire tomber le cycliste. Il éclabousse les piétons et s’arrête pour faire la conversation à d’autres.

■ <B>Le distrait</B>

Il est là physiquement, mais il a la tête ailleurs. Il brûle les feux sans s’en rendre compte, il traverse le passage piéton alors que des gens se sont déjà engagés et tourne subitement sans prévenir.

■ <B>L’impatient</B>

Il ne supporte pas d’être bloqué dans les embouteillages. Il n’aime pas traîner sur la route et va donc contourner les obstacles, et même si c’est enfrein-dre la loi, il va klaxonner et devenir agressif.

■ <B>Le cow-boy</B>

Il aime surtout attirer l’attention sur lui. Il démarre en trombe, fait un rodéo sur la route pour impressionner les occupants de sa voiture ou les usagers de la route.

■ <B>Les autres</B>

<B>Le nouveau </B>: il vient d’avoir son permis et n’a pas d’expérience, mais doit montrer qu’il sait conduire.

<B>L’âgé </B>: il a de l’expérience, la vue qui baisse, des problèmes d’ouïe, etc.Le lent : il débouche difficilement, il gêne parfois la circulation.Le je-m’en-foutiste : il ne prend pas le temps de vérifier l’état de sa voiture, il ouvre la portière sans regarder.

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