Publicité

Au revoir Shalom

25 mars 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

«Nous ne pouvions laisser les enfants vivre dans une telle pagaille », lance, véhémente, la ministre de la Femme, Indira Seebun, jeudi (voir interview ci-dessous). La mort du petit Ferdinand, un nourrisson de cinq mois, dans l?abri géré par l?association Shalom, est la goutte d?eau qui a fait déborder le vase.

Le ministère de la Femme a fait tomber le couperet, et la gestion de l?abri a été confiée à des officiers de ce ministère jusqu?à nouvel ordre. Un nouvel appel d?offres pour l?administration de l?abri a été lancé le 19 mars. Le ministère cherche l?oiseau rare depuis que le contrat de gestion de l?abri par l?ONG Shalom a expiré en août dernier. Entre-temps le contrat avec l?ONG était renouvelé mensuellement.

La reprise de l?abri par le ministère de la Femme, estiment certains, intervient tardivement, au vu des nombreuses plaintes qui ont été déposées contre l?association auprès du ministère, et ce, depuis 2004. Ainsi, Shalom n?est plus responsable de la gestion de l?abri d?Albion qui accueille des enfants et des adolescents maltraités, abandonnés et handicapés ainsi que des femmes battues.

« Le contrat de Shalom avec le ministère de la Femme est terminé depuis août 2006 », explique l?avocat de Sonia Poonoosamy, la directrice de l?association. « La mort de ce bébé, poursuit-il, n?a rien à voir avec le non-renouvellement du contrat. C?est en raison de problèmes internes au sein de l?association qui s?est retrouvée dans une impasse (deadlock) que le contrat a été annulé. Il était devenu difficile de prendre une décision. » Shalom fait actuellement l?objet d?une enquête du Registrar of Associations concernant la légitimité de son comité directeur qui a été renouvelé en janvier.

Ainsi, sous l?administration de l?ONG, des histoires les unes plus bizarres que les autres sont remontées à la surface. Jacqueline Coutet, l?ancienne secrétaire administrative estime qu?il est temps de lever le voile. Mise à la porte en décembre 2006 pour des motifs qu?elle estime non fondés, elle se bat sur plusieurs fronts pour rétablir ses droits. La jeune femme a porté plainte au Registrar of Associations, à la police, au ministère de la Femme et récemment à l?Icac car elle dit détenir des preuves de fraudes pour la période 2005-2006.

Tout a commencé pour elle en février 2006, lorsqu?elle quitte son poste de comptable dans un supermarché de Pointe-aux-Sables pour prendre de l?emploi comme secrétaire administrative au sein de l?association, à la suite des deman-des pressantes de la présidente, Sonia Poonoosamy. « J?avais eu le coup de foudre pour ces enfants », raconte Jacqueline Coutet.

Les choses vont vite. Le 10 juin, à l?assemblée générale de l?ONG, elle est élue vice-présidente de l?association. Et douze jours plus tard, après le départ pour des vacances de Sonia Poonoosamy, Jacqueline Coutet se retrouve à la tête de l?abri, à gérer une soixantaine d?enfants et 19 employés (13 caregivers, deux cuisiniers, une bonne, trois agents de sécurité). « Avant qu?elle ne parte, Mme Poonoosamy m?a demandé de vérifier les comptes pour voir s?il y avait des réclamations à faire au ministère de la Femme. Elle voulait aussi que je donne une lettre de démission à tout le personnel, ce que j?ai refusé. »

<B>Une réunion pour révoquer tout le monde</B>

C?est ainsi, allègue la jeune femme, qu?elle aurait mis le doigt sur ce qu?elle considère être des cas de malversations.

« Plusieurs choses me trottaient à la tête. Je me demandais pourquoi la présidente préférait transporter de grosses sommes d?argent sur elle au lieu de les verser sur un compte bancaire. Et je me suis mise à éplucher tous les comptes? »

Elle réunit en urgence le comité exécutif pour le mettre au courant de ses découvertes. « Mme Poonoosamy étant à l?étranger, le comité a décidé qu?elle devrait fournir des explications à son retour. » Le ministère de tutelle est alors informé de la situation et décision est prise pour que Sonia Poonoosamy n?ait plus accès à l?abri. Le comité décide aussi de confier l?audit des comptes à un expert-comptable.

La vie suit entre-temps son cours. Jacqueline Coutet prend son rôle au sérieux et tente d?apporter un peu de réconfort dans le quotidien des petits pensionnaires. « Nous célébrions toutes les fêtes. On voyait que les enfants étaient épanouis, c?était extraordinaire? » Mais tout va basculer avec le retour de la présidente.

Cette dernière met en place un bouclier juridique pour défendre sa réputation. Refusant de donner des explications au comité, souligne Jacqueline Coutet, la présidente convoque une réunion spéciale où sont absents huit membres du comité exécutif le 30 décembre pour révoquer tout le monde. « Elle en a informé les membres de cette décision et a ajouté qu?elle avait été réélue présidente de l?association », s?offusque Jacqueline Coutet.

« Notre révocation est illégale et nous souhaitons que le Registrar of Associations termine son enquête qu?il a débutée voilà deux mois, pour que nous puissions rétablir nos droits et obtenir les salaires dus », poursuit-elle. En attendant, parce qu?elle tient toujours aux enfants de l?abri d?Albion, Jacqueline Coutet a soumis une offre au ministère de la Femme pour sa gestion. « J?espère qu?elle sera retenue car j?ai promis aux enfants et au personnel que je ne les laisserai pas tomber? »

SONIA POONOOSAMY :

<B> « Vous n?aurez pas ma version » </B>

La voix au bout du fil est affable mais ferme. « C?est le ministère de la Femme qui est le parent de l?abri d?Albion. C?est donc à lui qu?il faut s?adresser et lui qui a le droit de vous faire une déclaration », affirme la présidente de Shalom, Sonia Poonoosamy, contactée pour une déclaration sur le décès d?un nourrisson de cinq mois, mardi à l?abri géré par l?ONG. Elle refusera aussi de donner à l?express-dimanche sa version des faits concernant des allégations de détournement de fonds faites à son encontre : « Vous n?aurez pas ma version. » Possédant une formation pour l?encadrement de personnes âgées et des enfants présentant des retards profonds du développement, Sonia Poonoosamy, née Burch, s?est vu confier la gestion de l?abri d?Albion en septembre 2004 par le ministère de la Femme, et ce, pour une durée de deux ans. D?origine suisse-allemande, la présidente de Shalom avait alors confié à l?express qu?elle se donnait comme mission « d?offrir aux enfants de la chaleur humaine à en revendre pour leur faire surmonter le traumatisme qu?ils ont vécu ».

Publicité