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Au nom du père et du fils

12 juin 2004, 20:00

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Selon le schéma du complexe d??dipe, les fils, qui sont d?abord en symbiose avec leur mère, s?en détachent pour s?identifier au père. Mais voilà, qu?est-ce qu?être père aujourd?hui, et quel modèle de masculinité ce dernier doit-il offrir à son garçon ? Les pères peinent parfois à trouver leur identité car, avec la révolution féministe, le rôle de l?homme et celui de la femme tendent à se confondre. Aujourd?hui beaucoup de papas donnent le biberon, changent les couches de bébé et beaucoup de mères adorent? regarder un match de foot. On irait donc vers un partage des rôles ? Pas toujours.

Il existe encore des pères qui expriment leur « virilité » tous azimuts. Ils battent leur femme devant les enfants, sous-entendant ainsi que les hommes ont une autorité absolue sur le sexe dit faible. Parfois, ils apprennent à leur fils qu?un homme ne doit pas pleurer, qu?exprimer ses émotions ce n?est pas pour les « mecs » Dans certains pays, des débats ont même lieu sur l?éducation des garçons. Lors des campagnes pour réduire la violence masculine (le viol, la violence conjugale, la criminalité), des experts tentent de comprendre la masculinité et sa transmission.

<B>Montrer les différentes manières d?être un homme</B>

Surtout pas de malentendus. On ne dit pas que les hommes sont forcément mauvais et que les femmes sont meilleures, mais les stéréotypes sociaux (engendrés par les hommes comme par les femmes) tendent toujours à pousser à l?inégalité entre les sexes. Les pères, puisque leurs fils risquent fort de les imiter, sont appelés à leur montrer les différentes manières d?être un homme.

Le psychologue Kurt Barnes avance qu?il faut avant tout effectuer des recher-ches approfondies, avoir des connaissances empiriques pour déterminer le rôle du père et sa place dans la famille. « Aujour-d?hui, dans une société qui bouge avec l?avènement de la famille recomposée et monoparentale, avec des pères qui changent les couches, des mères qui ont aussi une carrière professionnelle et qui sont parfois absentes, il faut redéfinir le rôle du père. » Pour lui, on est loin du rôle traditionnel du père, du « géniteur mâle », celui qui subvient seul aux besoins de la famille, qui doit la protéger et qui occupe seul la position d?autorité en cultivant les « valeurs » machistes.

« Il y a beaucoup de substituts du père biologique. Dans les familles monoparentales, les mères remplissent aussi le rôle de père. Il existe en outre nombre de mères viriles qui font que les attributions du père sont modifiées », souligne le psychologue. De plus, la mère a souvent son mot à dire sur la dimension à attribuer à la paternité. « Le processus d?assimilation du père peut être stimulé par la mère. Elle peut souligner aux fils les qualités réelles ou imaginaires du père, comme elle peut faire que l?enfant déteste ce dernier. C?est elle qui détient le pouvoir quand l?enfant est petit ! » Finalement, puisque le père n?est plus le chef de famille absolu, puisque la souveraineté divine du père n?est plus d?actualité, que lui reste-t-il alors comme rôle particulier ? « Il faudrait déjà analyser l?image que la société projette du père, répond Kurt Barnes. Il n?y qu?à voir combien la fête des pères est minimisée à tous les égards. On ne sait pas si elle est fêtée, quand elle est fêtée? »

Quant aux fils que nous avons interrogés, ils disent tous que l?autorité du père, sans être abusive, reste un élément clé au sein de la famille. Ustad Rajah, par exemple, qui n?a que deux fils, leur a appris de se débrouiller seuls. « Mon père nous encourage à tout faire : la magie, la musique mais aussi à préparer à manger quand les parents ne sont pas là, à faire la lessive, la vaisselle? Ainsi nous savons nous débrouiller seuls », assure son fils Rajah Junior.

Patrick Chui Wan Chong, fils du directeur de la City Clinic, entend bien inculquer à ses fils « le respect envers les plus grands », comme le lui a appris son père. L?avocat Shakeel Mohamed sera à jamais reconnaissant envers son père à qui il doit tout. « Tout ce que je sais sur ma profession, la politique, la société, la religion, je le dois à mon père. Il nous a beaucoup parlé de l?histoire de notre famille. Le fait de connaître notre histoire fait qu?aujourd?hui je sais où je vais. »

S?il y a une leçon que Nicolas Moutien a retenue de son père, c?est qu?il ne faut pas baisser les bras en face des difficultés et qu?il faut garder le sourire. Même le jeune Adil Lauthan, fils du ministre, a gravé dans sa mémoire que s?il y a une chose qu?il ne faut pas faire dans la vie, c?est mentir. Un enseignement de son père !

<B>Tous les fils de ministres ne rêvent pas de le devenir</B>

Il est très courant que de pères en fils, on pratique le même métier et que l?on ait les mêmes passions. Ce phénomène est très présent en politique, dans les entreprises ou dans le monde artistique. « Dans certaines cultures, cette transmission de père en fils fait partie de la tradition. Dans les écoles d?arts martiaux, ceux qui pratiquent ces disciplines appartiennent souvent à une génération de judokas ou de karatékas. Ce détail a une importance non négligeable pour ceux qui fréquentent ces écoles », explique Kurt Barnes.

Pour certaines personnes, la transmission des métiers est une valeur familiale. « Le diplôme ou le fait de devenir médecin va parfois au-delà de la simple réussite. Ce qui compte c?est de perpétuer la tradition. » Il ajoute que la transmission peut se faire de mère en fils, comme pour Indira et Rajiv Gandhi.

« Dans tout ce processus il y a la règle du 80-20 qui prime. Les personnes abusées risquent de devenir, dans 80 % des cas, des abuseurs. Il reste les 20 % de libre arbitre qui peuvent changer leur destin. Toutefois, tous les fils de ministres ne rêvent pas de devenir ministres. »

<I>« Aujourd?hui, dans une société qui bouge, il faut redéfinir le rôle du père »</I>

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