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Au goût des autres
Il est loin le temps des galères. Le temps où Sharris Sumputh, 31 ans, devait ouvrir sa première boîte de nuit curepipienne en pleine journée pour ratisser large et amasser quelques sous. Révolue est sa période «mauvais garçon» où il était notamment prêt à ruer dans les brancards car la cassette de ses mixages de musique indienne avait été piratée.
Aujourd?hui propriétaire de deux boîtes de nuit, Xindix et Lake Point, ce jeune homme qui ne fait pas son âge, s?est assagi et s?est transformé en organisateur de grandes soirées dansantes animées par des DJ indiens de renom. «Si Lake Point a fait salle comble à chaque grande soirée animée par des DJ indiens, je n?ai rien gagné dessus. Mais je ne le fais pas pour de l?argent. Pour être connu», avoue-t-il.
Sharris, qui a deux soeurs, est entouré d?enfants depuis sa plus tendre enfance. Son père, Harish, est enseignant de mathématiques. Tous les après-midis, il voit des enfants défiler dans sa cour. Souvent, il joue avec eux. En grandissant, il éprouve toujours ce besoin d?avoir des amis autour de lui. Au collège St-Andrews, c?est Dilshad qui lui fait découvrir la musique, la pop, le rock et bien d?autres choses. Et c?est toujours pour être en vue et entouré qu?il prend la tête du Students? Council.
Responsabilité qui le dope. Il veut faire quelque chose pour l?école. Lui et sa bande d?amis redessinent les survêtements de sport qu?ils font coudre par un tailleur. Le modèle plaît et ils amassent «une petite fortune pour l?époque», dit-il, dont ils reversent le plus gros à l?établissement. A l?issue de son examen de fin d?études, il décide d?organiser une fête pour les élèves. Le peu d?argent ponctionné sur la vente des survêtements et les deux stéréos qu?il emprunte sans rien dire à sa mère, vont l?aider à mettre son projet à exécution. Lui et Dilshad sont les DJ de service. La fête, qui a lieu durant les heures de classe, connaît un succès monstre.
Dans le courant de la soirée et pour la première fois de sa vie, il se rend en discothèque. C?est le Sphinx à Quatre-Bornes. Dès qu?il met les pieds à l?intérieur, il se sent conquis. «J?ai frissonné en regardant les jeux de lumière, l?ambiance». En sus de danser, il bavarde avec le DJ, un dénommé Bruno, qui devient son mentor et lui apprend le b.a-ba du mixage. Comme Sharris n?a que très rarement la permission de minuit, il accompagne ce DJ lors de l?animation de fêtes en pleine journée. Il décroche son premier contrat comme DJ en solo lors du fancy-fair du St-Esprit. Manifestation qui est si réussie qu?il se voit payer plus que la somme préalablement négociée.
Lorsqu?il annonce à ses parents qu?il veut devenir DJ, sa mère qui a un magasin aux Arcades Salaffa, est contre. Son père, plus conciliant, finit par lui prêter Rs 100 000 et profite d?un déplacement à Hong Kong pour lui acheter deux lecteurs CD, appareils encore inexistants à Maurice. Pascal Hoffman, directeur de la boîte Les Enfants Terribles, le sollicite pour animer des fêtes privées. C?est tantôt au Club hippique, tantôt au Domaine Les Pailles, tantôt à Rivière-Noire. Il commence à se faire un nom dans le circuit.
Le vent en poupe</B>
Lorsqu?il apprend qu?une salle est à louer au Joomun Building à Curepipe, il cogite sur la question. Il décide de la prendre en location et la transforme en discothèque. Ses économies et l?argent fourni par son père l?aident à le faire. C?est ainsi que naît Illusions. Ses débuts sont laborieux. Il doit ouvrir la journée pour les étudiants afin d?avoir un peu d?argent. Il est partout à la fois. A la console de mixage, au bar, à la porte.
Illusions commence à se faire un nom et une clientèle de nuit. Un soir, alors qu?il met de la musique européenne, il a l?idée de mixer un disque indien avec. Loin de rebuter les danseurs, ces derniers sont déchaînés. C?est alors que Sharris se dit qu?une boîte de nuit ne jouant que de la musique indienne mixée pourrait faire un tabac. Il en parle à son groupe d?amis qui ont des moyens plus importants que lui.
L?hôtel Mandarin étant en location, ces derniers décident d?investir dans la rénovation des locaux et de laisser Sharris aménager les lieux et agir comme DJ. Xindix voit ainsi le jour. Les six premiers mois sont difficiles mais dès que Sharris se met à faire du marketing, les choses vont nettement mieux. Au fur et à mesure que l?argent rentre, il rachète les parts de ses amis. Ne pouvant être partout à la fois, il embauche un autre DJ.
Il finit par faire des envieux qui viennent pourrir l?ambiance des soirées. A la fin, il est obligé de fermer boutique. Il ferme aussi Illusions mais reprend une salle dans le même bâtiment où il réaménage le nouveau Xindix. La musique indienne qu?il mixe est si populaire qu?il enregistre des cassettes lors des soirées et les vend. «L?argent rentrait à flots», confie-t-il. Son train de vie s?améliore. Il se met à voyager et à s?équiper d?appareils dernier cri. Il s?achète une voiture de sport et devient une personne connue. Mais ce qu?il aime le plus, c?est être connu. «C?était ce que je voulais. Etre populaire». Le film indien Taal, qui marque un tournant dans la musique de films indiens, vient booster sa clientèle.
Sharris a le vent en poupe. Tout lui réussit. Son c?ur bat pour Anu, l?amie de sa s?ur et il finit par l?épouser. Elle lui donne un enfant, Shawn, âgé de 16 mois. Il entend dire qu?une boîte de nuit quatre-bornaise qui avait tenté de le concurrencer en vain, est à vendre. Il rachète le pas de porte et la transforme en Enigma. Pour se démarquer du Xindix, Enigma passe de la musique européenne. Là, encore, la magie de Sharris opère.
Ayant besoin d?un bureau, il loue un des étages de Lake Point qui dispose aussi d?une immense salle. C?est là qu?il décide, avec deux autres amis, d?organiser une grande soirée et de faire venir des DJ de l?Inde dont DJ Rink qui est une fille. On est alors en décembre 2007. Pour les besoins de cette soirée qui s?annonce grandiose, les trois compères créent une compagnie, la 3Events. La soirée est du tonnerre.
Ils embrayent avec un concert de l?artiste jamaïcain, Shawn Paul. Le concert attire 12 000 personnes mais Sharris, qui a aligné son argent, perd beaucoup. Il décide de faire cavalier seul à l?avenir. Lors d?un de ses déplacements à l?étranger, une grosse bagarre éclate à Enigma et fait les choux gras de la presse. A son retour, Sharris préfère fermer cette boîte en attendant des jours meilleurs.
Sa deuxième soirée à Lake Point, animée par le DJ Aqeel, premier DJ à mixer les musiques pour les films indiens, attire une grosse foule. Sharris doit refuser du monde à la porte. Même s?il n?a pas fait de profits, il s?en fiche. Il a créé l?événement. On a parlé de lui. C?est ce qui importe.
Pour l?heure, il se concentre sur ces soirées spéciales. La prochaine qui sera une fois de plus animée par DJ Rink, s?appelle The Divali Bash et aura lieu à la veille de Divali. «La célébration de Divali n?a jamais été fêtée ainsi. Je veux faire une grosse fête dont on parlera pendant longtemps? »
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